RÉSERVISTE ALBERT-LÉON
citoyen français, péba Parisien 1850. Son père et sa mère étaient /} de petits boutiquiers à leur aise.
Leursaffaires,qui | \ prospéraientdou- . cement, leur per- AN mirent de donner | LÉ Z | à leur fils Albert une instruction
| assez convenable.
A quinze ans, Ibert sortit de pension et fut placé dans une maison importante de Paris afin d’y apprendre le
Commerce.
Les parents d'Albert n'étaient pas de mauvaises gens. Honnêtes, laborieux, simples, ils vivaient en travaillant, mettant chaque année une dizaine de mille francs de côté ‘pour pouvoir se retirer un jour après avoir établi leur fils ; mais le père d'Albert, tout en étant ce que l on appelle un. |
citoyen honorable et tranquille, n’en avait pas moins pris
place At cette nombreuse catégorie d'hommes satisfaits } A de leur sort particulier et indifférents aux choses publi- | ques, qui constituent bientôt une grosse masse passive sous tous les gouvernements despotiques; et cela explique suffisamment la quiétude dans laquelle il -avait vécu si
élevé son fils. a Albert non plus n'était pas une mauvaise nature, mais naturellement cette éducation molle qu'il avait recue n’a-
vai pu faire de lui un homme.
1 avait grandi sous l'Éihpire: Il avait vu ses parents s'enrichir tranquillement sous l’Empire. Jamais, au foyer
paternel, il n’avait assisté à une conversation politique. ‘|
Au contraire, son père, avec cette prévoyance de convention qui distingue les chefs de famille de son espèce, lui avait toujours soigneusement recommandé, sous peine de compromettre son avenir, de ne jamais se méler des
choses publiques.
Travailler honnêtement, gagner de l’argent, élever sa famille, payer régulièrement son terme, ne pas se faire remarquer par le commissaire de police de son quartier, donner vingt francs par an au bureau de bienfaisance, illuminer convenablement le 15 août, souscrire aux em-
prunts à gros lots, ne jamais assister à une réunion élec-.
, voter sans passion, se contenter de tout, ou tout au à s ne se plaindre de rien, ÉtGrs etCLe
Tels furent les principes dont Albert fut nourri Jusqu'à majorité. #5! | De Ce cours d’égoïsme et d’indifférence politique ‘en oo leçons fut tellement nourri, persistant et soutenu, ue facilement raison des enthousiasmes naissants Bert. Re spbier à;
our du beau, les sentiments de révolte contre l’ar-
s de morale bourgeoise et facile desquels fut compo-
ée son ! éducation.
: mais comme à cette époque les
és
4 Han: « « Voilà une journée qui me coûte deux mille cinq
cents francs !.… » et ce fut tout.
| Libéré de l'obligation de servir son pays pendant sept | | F 4 È années à l’aide d’une somme que son père gagnait en trois | * | mois, Albert continua son existence rangée et insou- | BD ciante. | | | |;
La guerre de 1870 arriva. Lorsque les Prussiens furent
sur le point de mettre le siège devant Paris, le père et la mère d’Albert mirent leur patriotisme au fond d’un grand |
4 sac de voyage et leurs valeurs de portefeuille par-dessus. Ils
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‘remplirent le sac avec ce qu'ils avaient de plus précieux et
de plus portatif : bijoux, argenterie, etc., etc., et prirent
un des trains qui emportaient à cette époque dans les départements du Midi les bouches inutiles et les cœurs légers. AE
Albert fit partie de cette sainte caravane d’envolés volontaires. Sa mère prétendit qu'il avait la poitrine trop délicate pour affronter les privations du siège, et son
père, suivant toujours la filière de son raisonnement
étroit et débile, prononça également qu’Albert avait payé
sa dette à la patrie en versant 2,500 francs pour son remplacement.
Albert, lui, avait bien au tond quelques scrupules. On n’a pas vingt ans, bon pied, bon bras et bon œil pour se croire quitte envers son pays à si bon compte. Quelque chose lui disait qu’il commettait là une vilaine
action de laquelle il rougirait plus tard; mais, nous Pa-
vons vu, tous les sentiments élevés avaient été étouffés
dans l’œuf par l’éducation qu’Albert avait recue. Ces velléités d'honneur s’évanouirent vite, et, trois Jours
après, Albert était confortablement installé avec sa famille
à Tarbes, chez un oncle de sa mère, rentier à son aïse, qui
avait un excellent potager, une très bonne basse-cour, et
qui, pendant six mois, les consola tous, au moyen de cinq repas par jour, des souffrances et des privations aux douceurs desquelles ils s'étaient soustraits.
En mai 1871, Albert revint à Paris avec son père et sa mère. [ls retrouvèrent leur maison et leur établissement intacts, et n’eurent qu'à reprendre tranquillement leurs
affaires.
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Quant à Albert, un peu honteux de sa fugue, surtout en apprenant qu'un de ses camarades de collège avait eu le bras cassé à Buzenval, il n’en menait pas large, et changeait de trottoir quand il voyait venir à lui un de ses amis,
dans la crainte ‘de s’entendre demander : « Tiens! je ne t'ai pas vu depuis le siège! Dans quel bataillon de mo-
bilisés étais-tu donc? »
Trois ans après, Albert se maria et prit lui-même une maison de commerce qu’il dirigea avec intelligence. Vers la fin de 1874 il eut un joli bébé, et, en 1875, un autre.
Jeune, actif, bien portant, d’aplomb dans ses affaires,
Albert était un homme heureux.
Pendant qu'il savourait sa lune de miel, on vota la loi militaire qui faisait soldats tous les citoyens et les divi-
sait en différents bans.
Albert ne prêta à cette loi qu'une médiocre attention. Il avait bien entendu parler de « réserve, d'exercices annuels », etc., etc.; mais, dans sa quiétude héréditaire, il se disait : « Bah! tout cela, c’est pour la forme! J’ai payé
mes. deux mille cinq cents francs, on ne m'appellera
jamais. »
C'était une profonde erreur. Vers la fin d'août 1878, 1l (OE | recut un ordre de service qui l’envoyait pour vingt-huit jours à Nantes, au 57° de ligne.
D'abord, il crut qu'il y avait erreur. « Ce n’est pas possible! s’écria-t-il, j’ai payé mes 2,500 francs en 1870!» Quand il se fut convaincu qu’il était bien le destinataire
de ce billet doux, il réfléchit qu’il pouvait aisément s’exo-
nérer de cette corvée par la protection d’un de ses clients qui avait accès près du ministre de la guerre.
Il fit immédiatement des démarches; elles furent vaines. On lui répondit qu’il ne serait fait aucune exception.
Malgré la mollesse de son éducation, Albert n’était niun imbécile ni un homme sans cœur. Le souvenir de sa dé: sertion lui revint; il rentra en lui-même et quitta Sa femme | et ses enfants en se disant : «Après tout, c’est juste! » Et RP Cilarriva au 57° de ligne absolument résolu à faire de son ‘ mieux son métier d’apprenti soldat. |
Il y a cela de bon dans notre caractère, c’est qu'une fois 10 lé premier mouvement d’humeur surmonté, les choses %
vont comme sur des roulettes. 4 108
Ld
Du citoyen le plus indifférent, une bonne pensée fait un héros en trois secondes ; c’est bien heureux pour nous.
Albert laissa donc là ‘sa femme, ses enfants, ses FE fairéss et-s'en alla. "delasmertenwre grâce du monde, apprendre l’escrime à la baïonnette et autres choses desquelles il s'était longtemps cru quitte avec ses 2,500 fr.
Il revint dans ses foyers complètement transformé. Ces vingt-huit jours passés sous les drapeaux lui avaient fait |
voir beaucoup de choses sous un aspect tout nouveau.
Depuis, il est retourné faire différents congés, et,
LA
l'heure présente, il aligne ses derniers treize jours Vannes. | Et La plus précieuse moon qui s’est introduite dans ses idées, c’est qu’il ne considère plus l’armée comme une réunion de mercenaires voués à l’abrutissement perpétuel, mais bien comme l’âme de la France elle-même, sans
cesse renouvelée, sans cesse rajeunie. RUN
T id < | 2 pateurs on renoncer à se servir.
Au physique, Albert RÉSERVISTE est un beau ‘garçon, au teint frais, à l'œil brillant, à la barbe soyeuse, un peu ge is pour son âge; mais il va revenir de son régiment lérement amaigri, et a juré de se conserver souple en fréentañt régulièrement, à l'avenir, le gymnase Paz. :
| Signe particulier. à beaucoup de réservistes : Quand bert est parti pour le 57° de ligne, sans être absolument ireux de revoir les bonapartistes de l'avenir, il n’était suffisamment écœuré d’avoir vu ceux du passé, Elest revenu du service tout à fait dégoûté d’un régime . qui employait en achat d'accessoires pour le cotillon tout F le budget de la guerre, et qui ne gardait que le nombre | de soldats suffisant pour protéger les Tuileries et mitrailler
“ les ouvriers du Creusot.
rss | Septembre 1881.
nor TIR a D —————
NOTICE COMPLÉMENTAIRE
Dates à remplir
__ PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE
Albert nur tout à a remis dans le bon chemin-par sa DFA épreuve virile du réservat, devient un adepte fervent du nouveau système militaire. Il fait tour à tour partie, et avec beaucoup dé: zèle, de la réserve, de la territoriale, de la garde nationale, des NÉPCELRS, etc. etc. et il élève ses enfants dans les principes de la grande solidarité nationale. Le... 18. ., il est envoyé, comme territorial, à la place forte. de... — tais-toi, mon cœur! — pendant que son fils ainé, sous-officier dans l’armée active, fait partie du corps opérant sur... — tais-toi, mon cœur! — Ils reviennent tous deux bras dessus bras dessous, le... 18.., après la victoire qui nous a rendu... —retais-toi, mon cœur! Enfin, FH iNeutt es 19; sredevenu citoyen libre d’un pays redevenu grand. |
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