CREVETTE
de son vrai nom :
Marie Michu, marchande d’a-
mour en gros Ge
en détail,’née |
dans un petit vil- | lage de la Normanpdie. lers3
août 1890. |
Ses parents |
étaient de pau-
vres cultivateurs
chargés d’enfants qui tous, à partir de sept ou huit ans,
| | étaient obligés de travailler aux champs pour gagner une | partie de leur pain; car, à cette époque, la société n’avait |
pas encore poussé la sollicitude } jusqu’ à confectionner uñes:>" 10
terdit ne les enfants, Quant à la seconde, qui doit à
blées législatives.
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loi pour défendre aux parents de fre travailler leurs $ 1
E à tre enfants trop jeunes. + + : d
La même société n'avait pas non \ plus pensé à faire une. autre loi pour faciliter aux père et mère de huit enfants E AN
SRE de les élever.
sk donner aux parents la facilité de les nourrir, il paraît qu’ on. ne l’a pas trouvée aussi pressée que l’autre, car elle ne
figure pas beaucoup dans les ordres du jour de nos assem-
La petite Marie Michu fut donc, comme ses frères et sœurs, occupée jusqu’à quinze ans aux durs travaux de la: terre ; mais, comme elle était fort gentille et. d’une com-
plexion assez délicate, le papa Michu ne se fit pas ap
tirer l’oreille quand on lui proposa d'envoyer la petite à à Paris, où elle devait entrer en service dans une famille de gens aisés du Marais, la famille de M. Prosper Lenrrvé, gros quincaillier enrichi, que nous trombinoscoperons à
son tour.
La famille Michu, très heureuse de cette occasion qui devait procurer à leur petite Marie une existence plus
douce, la mit en chemin de fer avec un petit paquet et
pièce de cent sous.
Une vieille cousine des Michu, qui habitait Paris et rt était justement concierge de la maison qu’habitaient les LENTRIPÉ, avait donné, sur cet intérieur bourgeois et
cossu, les meilleurs renseignements.
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) Ce Haient - — avait-elle écrit au se — it ae très
le r cœur. Cette nouvelle vie lui plut. Très bien douée,
Date jHEetipente aporieuse, elle eut bientôt dépouillé ses
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On raconte même qu’un jour, le père LenrriPé, après È Bi. un copieux verre d’excellent bordeaux, daigna s’apercevoir |: de tant de charmes et essaya, après le dîner, de donner à “x sa domestique, dans le couloir de service qui conduisait
dela cuisine à la salle à Peer quelques à instructions
bee D. du Don Juan mastodontefut d’ailleurs £ ci par un éclat de rire-à trente-deux belles dents,
‘4 £t Falstalf Prudhomme se le tint pour dit.
Ë | Malheureusement, un autre danger plus sérieux mena- Ni la petite Marie. M. Lenrriré avait un fils de inst ans: Angénor Gommeux, dont le portrait paraîtra ici au plus prochain jour.
La pauvre Marie Michu n y échappa pas, ct dix mois après, elle était obligée de quitter cet intérieur honorable,
Mme LeENTRIPÉ ayant déclaré avec indignation que son
La a petite Marie s'installa et se mit au travail du meil-
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toit ne pouvait abriter une inconduite qui était un
scandale.
‘ On renvoya Marie en fouillant ses paquets, selon l'usage,
pour s'assurer qu’elle n’emportait rien de la maison;
Mme Lenrriré jeta même un coup d’œil défiant sur la
taille arrondie de la jeune fille et regarda ensuite son mari comme pour lui dire: Sz c'était une frime pour nous emporter du linge ?.….
M. LenrriPé, plus généreux, répondit tout bas: Non, bobonne !.…. ne crains rien... elle est bien enceinte... Angénor me l’a confié... le gaillard !..
Mme LenrriPé reprit d’un air supérieur : « Dieu veuille » que vous ne vous trompiez pas, Prosper !.. Mais vous
» êtes si bonasse !... Enfin !... »
Marie Michu, abandonnée, eut un instant l'idée de retourner dans son pays; la honte la retint. Sa position ne lui permettant pas de se replacer, elle essaya de faire de la lingerie, puis de la couture, puis des boutons.
En dépit de tous ses efforts, il lui fut impossible de découvrir un métier dans lequel une femme pût gagner plus de dix-huit sous par jour.
Lorsqu'elle eut déduit de cette somme vingt francs pour le mois de nourrice de son enfant, elle s’aperçut que dans les sociétés aussi civilisées que la nôtre les femmes n’ont que deux choses à faire : mourir de faim ou vivre de honte.
Elle résolut de vivre.
Elle rencontra sur sa route un jeune homme d'assez mauvaises manières, mais qui gagnait largement et malhonnêtement sa vie dans un métier devenu fort à la mode et que nous classerons, à l'échelle de la dignité humaine, bon 34° au-dessous de celui d'agent matrimonial. En un mot, c'était un reporter de coulisses d’un de nos journaux aussi honteux que puissants.
Grâce à cette excellente protection, Marie Michu put être admise en qualité de troisième suspension d’apothéose dans un théâtre de féeries dont le directeur était l’obligé (la morale ne nous permet pas de dire à quel titre) du courriériste théâtral.
Aussi la jeune fille fut-elle reçue au pair, c’est-à-dire sans redevance mensuelle à payer au directeur, contrairement au règlement et aux habitudes du... gérant de ce
trottoir dramatique.
Les prévisions du reporter ne tardèrent pas à se réaliser. Un soir, en sortant de son théâtre, Marie Michu, qui avait obtenu un succès de maillot étourdissant dans le tableau des fleurs animées d’un -Rothomago quelconque, reçut un billet ainsi conçu et accompagné d’un bracelet de 2,000 francs : « Ravissante Jasminta ! — Marie Michu avait pris ce nom au théâtre — Mon cœur el 1,500 francs par » mois sont à vos pieds. Un mot, el mon coupé vous emporte » 26, rue de Navarin, où un petit entresol rose vous attend.
» Prince GROUINSKOFF. »
Marie Michu monta dans le coupé, et qu'est-ce qu’elle vit arriver le soir dans son petit entresol de la rue de Navarin ?... son ancien bourgeois, Prosper LENTRIPÉ, qui n'avait pas reconnu son ancienne petite bonne et s'était russifié pour faire ses fredaines avec l’enivrante J asminta du
théâtre des Délacements dramatiques.
Marie Michu laissa ce gros fût dans son erreur et lui
croqua trente-cinq mille francs en six semaines.
Désormais lancée, Marie Michu, que nous appellerons maintenant Pastella CREVETTE, ne tarda pas à jouir d’une certaine vogue. Ses chignons roux firent une assez vive sensation dans la gomme parisienne, et une brillante campagne qu’elle alla faire en 1871, pendant l’armistice, à Saint-Germain-en-Laye, au milieu des officiers de l’armée prussienne, acheva de lui donner beaucoup de relief aux yeux de nos jeunes esvolés volontaires qui revinrent après
la paix reprendre possession de leur Paris.
Depuis, il faut renoncer à énumérer les nombreux travaux de Pastella Creverre. Ce qu’elle a recu de diamants n’a d’égal que ce qu’elle en a revendu. BEA
Elle a dévoré dans l'œuf cinq études de notaire de pro= vince ; elle a envoyé quatre caissiers au bagne, rendu | phtisiques huit mineurs, récolté sur son paillasson la cervelle de trois interdits, et par dessus le marché gratifié les
cent quatre-vingt-cinq citoyens bien constitués qui s'étaient
qe op
Au physique, Pastella Creverte est aujourd’ hui, en dépit de ses trente ans, une créature repoussante.
a : L'œilest mort, la lèvre blémie, le teint Ha la tête hauve, la voix rauque.
à Elle crache comme un charretier.
Un de ces soirs, on la ramassera sur le boulevard Mont- martre avec deux ou trois cents de ses pareilles, comme cela se fait tous les six mois, et le lendemain, Angénor
TRE sh PÉSRE “éstiul ui un- dei He au
mots : «A Saint-Lagare 5e
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NOTICE COMPLÉMENTAIRE
Dates à remplir
PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE
| Pastella Crevette, vieille à trente-cinq ans, se fait marchande à la Poilemenle... 10., "Un jour, elle a quelques désagréments avec la Justice parce que, dans un lot de vieux vêtements qu elle a vendus, se trouvait une. Jeune fille de quinze ans « qu’elle n'avait pas aperçue dans les plis », dit-elle. — Enfin, après avoir éprouvé plusieurs malheurs du même genre, elle meurt le... 19..., ignoble, flétrie, méprisée, le jour même où Angénor GomMEUx, devenu obèse comme Prosper Lentripé, son père, bon époux, bon garde national, citoyen de mœurs irréprochables, toujours comme son père, reçoit sa nomination d’officier de la Légion d honneur.
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Cette nouvelle édition du Trombinoscope, qui paraît deux fois par semaine, composera des volumes de 100 biographies chacun, du même format et du même aspect que les autres ouvrages de TOUCHATOUT. |
ONT DÉJA PARU
1. Jules Grévy 8. La Canicule 15. Pr. Napoléon 2. Clémenceau 9. duc d’Aumale 16. Don Carlos