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avec un nouveau programme d'administration que lui avait remis l’empereur.
. Le maréchal Mac Mahon exécuta si bien les ordres de son maître, qu’au bout de six mois le séjour de l’Algérie était devenu tellement agréable aux colons, qu'ils émigraient tous au Brésil.
Nous n'insisterons pas Sur ce point; on reconnaît aisément les hauts talents de l’homme qui, après avoir laissé tranquille M. de Bismarck qui le menaçait à sa porte, et bouleversé le Mexique qui ne lui disait rien à 3,000 lieues, devait encore, par un trait de génie, s’arranger de façon à ce que l’Algérie, qui nous avait coûté si cher, ne nous rapportât jamais rien. Le . Quand éclata la guerre de Prusse, le maréchal Mac Mahon fut chargé du commandement d’un corps d'armée, Brave, comme toujours, il fit des prodiges et fut dangereusement blessé après avoir essayé encore une fois, mais
vainement, de réparer les imbécillités du plan de campagne
de son empereur.
A peine le maréchal Mac Mahon fut-il guéri de sa blessure, qu'un triste travail l’attendait. Nommé commandant des troupes de la prémière division, il dut faire le second siège de Paris; et l’on prétend qu'il craint bien d’avoir, dans la chaleur de l'improvisation, fait fusiller sommaire-
ment, et nonobstant appel, beaucoup de communards parmi lesquels 1l y en avait pas mal qui ne l’étaient pas. Bref, le maréchal vainquit la Commune, et sa proclamation en entrant à Paris débuta par ces mots qui se sont gravés dans notre esprit: Habitants de Paris... l’armée de Versailles vient de vous sauver.
Ces mots firent un instant craindre aux Parisiens d’avoir -été sauvés plus qu’ils ne l’eussent désiré ; et déjà, on commençait à se demander si le maréchal n’allait pas être un
de ces sauveurs tenaces, dont on ne tarde pas à avoir beaucoup de peine à se sauver soi-même.
C’est avec ce que l’on ne connaît pas de la vie du maréchal, que l’on ferait certainement la partie la plus curieuse de sa biographie.
Pendant l’année qui suivit l’écrasement de la Commune, le maréchal Mac Mahon fut le point de mire de tous les gens qui faisaient l’essai loyal de la République, en essayant de nous préparer la restauration d’un mannequin quelconque. | Chacun l’adulait, le cajolait, le tâtait et le sondait, et il serait intéressant de savoir combien de fois, pendant ces
. quinze mois, il lui fut proposé, plus ou moins directement,
de remettre à neuf la chaise percée des Bourbons, des d'Orléans et des Bonapartes.
7 1 n’était pas de câlineries qu’on ne lui prodiguât ; c'était
surtout à son épée que l’on semblait en vouloir. On tournait autour, on la regardait en souriant, on lui demandait la permission d’y toucher, on attachait délicatement à la garde des faveurs bleues, des nœuds blancs, des rubans verts.
Le maréchal souriait ; il détachait tranquillement toutes ces fanfreluches, et les jetait dans un coin; il paraissait ne vouloir porter que l’épée de la France.
En 1872, nous terminions le Trombinoscope de Mac Mahon par ces mots:
« La bravoure du maréchal est proverbiale ; son hon- « nêteté est en train de le devenir. »
Ne nous trompions-nous pas dans cette prédiction bien intentionnée ? s
Est-ce vraiment l'honnêteté du maréchal qui est devenue proverbiale ?
Ne serait-ce pas plutôt l’impossibilité de devenir vicieux qui l’a conservé vertueux ?
Grave problème que nos lecteurs résoudront eux-mêmes en examinant la phase suivante de la vie de notre héros.
Le 24 mai 1873, les monarchistes réunis, voyant que M. Thiers commençait à trouver bonne une République dans laquelle on lui avait fait une place dont il n’eût pas trouvé l'équivalent sous un autre régime, le remplacèrent par M. Mac Mahon qu'ils espéraient trouver plus malléable le cas échéant.
Et le 19 novembre suivant, le maréchal futélu pour sept années Président de la République. |
Sept ans! c'était de la part des Versaillais une bonne farce de fumiste; car ils pensaient bien que la République n’en avait pas pour sept mois.
Mais en attendant qu’ils se fussent mis d'accord sur le choix du derrière couronné qu’ils poseraient sur le trône vacant, il fallait bien que quelqu’un occupât provisoirement la place.
Et les monarchistes d’alors avaient — paraît-il — en assez grande estime le maréchal, pour ne pas douter un seul instant qu’au premier signe de leur part il ne s’empressât de tenir les mains de la République pendant qu’ils la violeraient.
Ce fut sans doute la besogne honnête que ces braves gens destinaient au maréchal, qui leur inspira l’idée joyeuse de le surnommer : la «/loyale épée » et le « Bayard des temps modernes, » sobriquets qui pendant un an ou deux, firent plus de six mille fois le tour de la presse bien pensante. | |
Mais les choses ne tournèrent pas comme ils l'avaient espéré. |
De même que M. Thiers avait pris goût à une République dont il était le roi, le maréchal prit goût à son septennat.
En vain les monarchistes qui l’avaient mis là sous le titre occulte de GRAND-TNEZ-NOUSSAH-OCHOD, essayaient-ils de lui faire comprendre qu'au premier moment, on comptait bien sur lui pour céder la place à un autre, il répondait : J’y suis, jy reste.
Le premier usage qu'il fit du pouvoir, fut de gracier le maréchal Bazaine condamné à mort comme traître.
Ce mouvement de sensibilité donnait exactement la note de ce que l’on devait attendre du « Bayard » de ces messieurs de l’ordre moral et bonapartiste.
En effet, pendant trois années le septennat du maréchal de Mac Mahon ne fut qu’une succession de crachats jetés à la face de l’opinion publique.
Choisissant imperturbablement comme premiers ministres les hommes les plus discrédités, il tomba tour à
tour de Buffet en Dufaure, de Dufaure en Broglie, de
Broglie en Jules Simon.
Jusqu'au jour où ayant enfin exaspéré la Chambre (4 mai 1877), il prit le parti de la dissoudre.
e pays — mené en laisse par M. Gambetta, qui avait pris position contre le maréchal à la suite du fameux dilemme : Se soumettre ou se démettre — renomma les mêmes députés. | | =
Le pays eut tort. Cette farce imbécile des célèbres 363 fut une des gribouilleries les plus navrantes de notre histoire contemporaine.
Les 563 s'étaient conduits pendant trois ans comme 363 solives, et parce qu’ils s’étaient enfin grouillés un peu à la dernière heure, dans le but unique de sauver leur réélection, ce n’était pas une raison pour les conserver à un poste où ils n’avaient rien su faire.
Le maréchal trouvait ces 563 députés trop avancés et les congédiait; le pays n’avait qu’une chose à faire : saisir la balle au bond et lui en renvoyer 363 meilleurs.
Il eût ainsi gagné quatre ans, puisque — on ne l’a que trop vu — ces fameux 363 ne furent pas plutôt revenus sur leurs sièges qu’il recommencèrent à dormir comme des souches sur leurs pupitres.
Vexé, pourtant, de la réélection des 363, M. de Mac Mahon bouda visiblement. |
Pendant un an, il signa sans les lire — et avec-un certain dépit — tous les décrets communards (!!!) que lui
. présentait M. Dufaure.
Il avait l'air de se dire.
« La France veut courir aux abîmes, je m'en lave les mains. »
Le bruit courut qu’il ne s’en lavait pas les mains comme il voulait bien le dire.
Vers la fin de 1878, des bruits de coup d'Etat imminent coururent, et l’on raconté même qu'il ne s’en manqua guère que d’un ou deux colonels et de l’Æistotre d'un crime publiée à propos par Victor Hugo, que la République se réveillât un vilain matin de décembre, le pied d’un Morny sur la gorge et le sabre d’un Canrobert dans le ventre. " as
On baptisa même cette période critique — et l’histoire a l’air de vouloir consacrer l’épithète — de : coup d'Etat
fotreux. : ei à
Quoi qu’il en soit de ces racontars, le crime ne fut pas consommé et le maréchal de Mac Mahon, qui donna sa démission quelques jours après (30 janvier 1879), rendit son tablier taché seulement du sang de mai 1871, mais, heureusement pour lui, vierge de celui d’un nouveau 2 décembre. | |
Au résumé, que le maréchal de Mac Mahon ait caressé un instant l’idée— comme Napoléon III (couvrez-vous !...) — de fonder sa dynastie sur le rebombardement de la maison Sallandrouze, et qu’il n’en ait été empêché que par le mauvais vouloir du commandant Labordère. |
Ou bien qu'il soit descendu du pouvoir sans jamais avoir eu cette magnifique et grandiose pensée. : Les
Le fait est qu’il rendit loyalement les clefs du bahut sans avoir essayé — devant le monde — d’en forcer la serrure.
Sa réputation dans ce monde et sa mémoire dans l’autre bénéficieront, en somme, de cet acte d’honnêteté apparente ou réelle. ( nes
Il en est des coups d'Etat comme des incongruités qui échappent en société. HE
Si c’est un pet retentissant, on sait qui l’a lâché, l’auteur est dénoncé; si c’est une vesse, tout le monde peut la nier.
Le 2 décembre 1851, Napoléon IIT (couvrez-vous !...) avait peté.. et ferme... I] n’y avait pas d’erreur.
Le 2 décembre 1878, Mac Mahon, en voulant faire, lui aussi, un gros pet, n'a-t-il — trahi par un haricot troué — lâché qu’une honteuse vesse ?.… |
Dieu et d’'Harcourt seuls le savent, et il serait presque inutile de le leur demander, ils ne nous le diraient pas.
On emplirait dix colonnes avec les bons mots et les traits d'esprit attribués au maréchal pendant son septennat de cinq ans et demi. L’espace nous manque. Rappelons seu-
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lement le fameux « Que d’eau !... que d’eau! » cornélien qu'il prononça en face d’une inondation de la Loire que
cette interjection sublime arrêta net, les côtes de ce fleuve
s’en étant tordues de rire. | C’est aussi le maréchal qui — dit-on — s’opposa à ce que l’on donnât la croix d'honneur à Lafontaine comme
comédien et proposa de tourner la difficulté en le déco-
rant comme fabuliste.
Depuis sa démission, M. Mac Mahon n’a pas fait parler de lui. Il y gagne. |
Sa distraction favorite est la chasse. |
Un soir qu’il commençait ainsi la narration d’un de ses exploits de la journée : ras
— J'avais une buse au bout de mon fusil.
Un assistant dit:
— Naturellement !.…
… Au physique, le maréchal de Mac Mahon est un homme de moyenne taille. Le regard a une grande expression. d’insignifiance. Née Der
Un pli mélancolique fronce son sourcil et donne à sa physionomie un accent de tristesse vague que l’on attribue indifféremment au remords d’avoir été fait sénateur par l'Empire ou au regret de n'avoir pas, plus tard, été fait empereur par le Sénat.
Octobre 1831.