‹ Le trombinoscopeChapitre 94 sur 307 · CASSAGNAC · texte numérisé non relu

CASSAGNAC

PauL GRANIER DE

journaliste et homme poli...

ah non! pardon! homme tique français, né en 1841.

FToutyeune,

= À, Mn, RE ii | M. Paul de Cas-

sagnac montra de grandes dispositions pour le genre de polémique qui a depuis faitsaréputation.

Quand il avait une discussion avec un de ses camarades de classe, il commençait par l’appeler «espèce de mufle!.…. » et sil Jugeait son adversaire d’une force inférieure à la sienne, il lui offrait, comme réparation de l’offense, une partie de chausson vive et animée, dans laquelle il était presque toujours vainqueur, ayant pratiqué ad hoc ce noble éxercice,

Cependant, il ne faudrait pas croire que cette ardeur

fût aveugle. En dépit de son âge tendre, le jeune Paul dissimulait, sous les apparènces d’une fougue très raisonnée, au fond, un sang-froid remarquable. ‘à

La partie de chausson, il la proposait bien et l’acceptait même volontiers, mais seulement quand cela lui plaisait et avec qui lui plaisait.

Déjà le petit Paul se montrait — nous ne dirons pas 1e grec du combat singulier, — mais il en était certainement l'opportuniste. | ”

M. Paul de Cassagnac débuta dans la presse légère par” un duel assez retentissant avec M. Aurélien Scholl (1866), « puis il entra au Pays, dont il devint bientôt le rédacteur En Chef. |

Là, il se fit assez vite une réputation très bruyante : un

peu comme polémiste — car il avait du trait et de la vigueur, — mais surtout comme Jean Gigon de limpérialisme.

Emile de Girardin se vantait d’avoir une idée par jour. M. Paul de Cassagnac pensa que ce serait un peu fort pour lui; il résolut d’avoir un duel tous les matins.

Et il l’eut pendant quelque temps. OR

Flourens, Rochefort, Lockroy, Lissagaray et d’autres défilèrent tour à tour — avec un égal insuccès d’ailleurs, — devant la Durandal du turbulent écrivain. |

Il y avait bien, de temps en temps, un matin où Durandal faisait chou blanc.

Quelquefois, il faut être juste, ce n’était pas de la faute à Roland ; comme le jour, par exemple, où Vermorel, alors rédacteur du Courrier français (1867) refusa de croiser avec le rédacteur du Pays autre chose que des documents judiciaires et nobiliaires, pensant qu'il serait beaucoup moins désagréable à M. Paul de Cassagnac qu'on lui fit sauter son épée que sa particule. |

D’autres fois, Durandal rentrait bredouille du fait même de Roland; témoin, encore, le jour où le lieutenant de vaisseau Lullier fit en vain à la noble larme des avances sur le caractère desquelles il était difficile de se méprendre (août 1808). LR |

Ce jour-là, le dieu des combats se fouilla profondément, et Thémis fut seule invoquée par M. Paul de Cassagnac.

L'affaire eut lieu au pré-aux-clercs de la S° ou 9° chambre correctionnelle, où le lieutenant Lullier fut vaincu. |

Ce qui prouve que l’homme sage ne doit pas s’obstiner à jouer continuellement au piquet, quand il a des jours où il se sent plus en train à l’écarté. | |

Le 15 août 1868, Napoléon III — (couvrez-vous!...)— décora M. Paul de Cassagnac: mais cette faveur recut très peu de temps après le sévère correctif d’un désaveu

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assez brutal que lui infligea l’Officiel. Le jeune chevalier s'était emballé outre mesure en traitant fort durement le prince Napoléon à propos d’un discours libre-penseur

prononcé par lui au Sénat; et l’on trouva aux Tuileries

que M. Paul de Cassagnac avait eu le tort d'oublier qu’il

parlait d’un prince du 100.

Nous avons dit : « emballé », nous retirons le mot; car, nous le répétons, en dépit de toutes les apparences, nous persistons à croire que M. Paul de Cassagnac ne « s'em-

alle » pas tant que ça. | | |

Il fait de grands gestes et il lâche de gros mots, mais

seulement quand il le juge à propos; c’est un faux violent qui sait parfaitement être calme lorsqu'il le veut.

S'il m'avait pas cru avoir, en cette occasion, de bonnes raisons pour se faire gronder par l’empereur (couvrezvous!) en engueulant le prince Napoléon, il fût parfaitement resté dans les bonnes limites.

Et tout porte à penser que M. Paul de Cassagnac aura

préalablement pesé : d’une part, le malin plaisir qu'’allait causer à Napoléon III (couvrez-vous !...) l’éreintement de son cousin; et, d'autre part, les conséquences que pouvait

avoir pour lui le semblant de savon qu’on allait lui admi-

nistrer pour la forme. :

Des emballés de cet acabit ne sont que des emballés à régulateur.

En 1870, M. Paul de Cassagnac, qui avait le grade de commandant de la garde mobile du Gers, préféra partir comme simple soldat dans le 1* régiment de zouaves. C'était crâne. | . Fait prisonnier à Sedan, ce qui aurait pourtant dû le

dégoûter un peu de l'Empire, il revint à Paris et reprit en

1872 la direction du Pays.

Alors recommencça dans cette feuille une nouvelle série d'articles d’une prose si spéci-halle, que plusieurs fois Île parquet s’en émut ou feignit de s’en émouvoir, car les condamnations dont M. Paul de Cassagnac était l’objet furent généralement beaucoup moins exécutées que Rossel.

. Nommé député d’un des maquis du Gers — cette Corse interne de la France — M. Paul de Cassagnac apporta à la tribune ces qualités de premier ordre qui avaient fait sa réputation dans le journalisme et qui lui valurent quelques douzaines de rappels à l’ordre.

En 1876, M. Paul de Cassagnac eut avec M. Clémenceau, député de Montmartre, une altercation grave et qui menaçait d’avoir une issue fatale.

Heureusement, M. Clémenceau arriva un peu trop tard. M. Paul de Cassagnac déclara publiquement avoir fermé

Uri

la veille le bureau de location pour les matinées des

« phases de la fougue. » | En effet, M. Clémenceau put lire au-dessus du guichet

où il s'était présenté :

RELACHE pour les répétitions générales de « LA PHASE DU TRAVAIL »

Ce qui n’empêcha pas plus tard M. Paul de Cassagnac de reprendre à l’occasion — et avec succès comme toujours — la phase de la fougue au bénéfice notamment de M.Thomson, député, avec qui il'avait échangé quelques mots vifs (mars 1878).

Ce qui prouve en passant que M. Paul de Cassagnac eût fait un excellent directeur de théâtre sachant varier son affiche selonle public auquelil aurait eu affaire etn’hésitant même pas à mettre une bande dessus les jours où il aurait flairé une mauvaise recette. ;

En novembre 1875, M. Paul de Cassagnac résolut d'affronter Belleville. Il y organisa une réunion dans laquelle il développa aux Bellevillois — un peu triés à la porte, a-t-on dit, — les splendeurs que leur promettait le troisième empire. |

Il leur dit, entre choses très engageantes, que « l'Empire « libéral ne leur donnerait pas de libertés vaines, mais ces « libertés utiles de boire, manger et dormir à bon « marché. »

On raconte que plusieurs auditeurs disaient en sortant:

— Mais ce n’est pas un homme politique !.. c'est un envoyé de Potin et de la Ménagère !.…

Lorsque, après la dissolution, la France eut renvoyé à M. Mac Mahon les mêmes députés que celui-ci avait congédiés, M. Paul de Cassagnac, avec une ardeur peu commune, fit qsss... qsss... au maréchal pour l’exciter à sallandrouzer un peuple aussi obstiné.

Mais sa fureur devint aussi grande que son enthousiasme avait été vif, quand il vit le maréchal, honnête — comme le médecin de Molière peut-être — se soumettre d’abord et se démettre ensuite. |

Il n’est pas de femme inviolée capable de trouver, pour flétrir son... invioleur, un choix de termes méprisants comparable à la série d’injures dont M. Paul de Cassagnac inonda M. de Mac Mahon, coupable à ses yeux d’avoir eu les scrupules de la dernière heure.

Ce qui rendait plus amer encore pour M. Paul de Cas-

sagnac la défaillance du maréchal, c’est qu’il avait cru voir un instant dans les yeux de celui-ci « comme un rayon du 18 brumaire » (sic).

Le fait est que l’on n’enfonce pas les gens à ce point-là... Quand on leur laisse voir dans son œil un rayon de bri- LR on ne se conduit pas ensuite comme un vulgaire

onnête homme. |

Après la dissolution, M. Paul de Cassagnac fut réélu D A eTS par 10,05 VOIX, Cl. neue ar rence 10.915 .__ Son élection, considérée comme ayant été légèrement pipée, fut annulée, et il fut élu de nouveau par ce département, mais cette fois par

0 CU NeNt, 6 ,.........,.... 9.626

Soit une différence de 1,289 voix, ci...... 1.280

que cette nouvelle opération fit tomber des manchettes de l’escamoteur.

En rentrant à la Chambre, M. Paul de Cassagnac se fit remarquer pendant quelque temps par un calme exemplaire, qui le rendit méconnaissable. Plus une interruption !.… plus une invective !.…

C'était encore une nouvelle phase; et nous ne sommes pas fâchés de la signaler, parce qu’elle prouve combien nous devons avoir raison en nous entêtant à considérer M. Paul de Cassagnac comme un emporté très réfléchi, fort capable de se demander le matin en se débarbouillant s'il doit être calme ou violent pendant la journée.

La mort imprévue du jeune VÉLoCcIPÈDE IV fut un coup terrible pour M. Paul de Cassagnac, qui se trouvait ainsi fort décalé, n'ayant plus pour contenance que le prince Napoléon, le nouveau chef de la dynastie impériale, qu’il avait, à différentes reprises, traité comme une cheminée (1).

En vain il fit la coquette devant le prince, se déclarant prêt à lui rendre ses faveurs à certaines conditions. Le prince ne répondit pas à ses avances.

Ce fut alors que M. Paul de Cassagnac, à qui il fallait absolumentun prétendant pour ne plus avoir cet air ridicule auquel ne peut guère échapper un homme qui monte la garde d’un air farouche devant un trône sur lequel il n’a personne à mettre, inventa la candidature du petit Victor, un des fils du prince fertilisateur de la Crimée.

Depuis ce temps, l'affaire en est là. M. Paul de Cassagnac, qui tient pour son Totor, se horionne dur et ferme tous les matins avec les plonplonistes. Il les traite de vieilles buses; ceux-ci l’appellent : jeune timbré.

(1) Pour les lecteurs du Pays (pardon!) : du haut en bas.

En somme, c’est très gai. Nous dirons même que cest beaucoup plus gai qu'il y a quinze ans, parce qu'il est bien préférable pour nous d’avoir beaucoup de Bonapartes bourdonnant au-dessus d’un trône vide, que d’en avoir qu’un seul et qu’il soit assis dessus. |

Quand s’agita la question du retour des Chambres à Paris, M. Paul de Cassagnac se prononça pour ce retour ; mais il motiva son vote en disant qu'il était sûr d'avancer ainsi la mort de la République.

Notre bonne foi nous fait un devoir de déclarer que si M. Paul de Cassagnac persévère dans l’application de ce système, il sera à nos yeux, tout bonapartiste qu'il soit, beaucoup plus utile à la République que bon nombre de députés républicains opportunistes. me

Lui au moins, — touten croyant nous faire crever d’indigestion — il nous donne quelque chose à manger. |

Eux, ils nous laissent mourir d’inanition sous prétexte qu'un bouillon pourrait nous donner des crampes d'estomac.

Au physique, M. Paul de Cassagnac, très grand, très fort, l’œil noir, la moustache hérissée, le cheveu abondant, estce qu’on appelle, dans le quartier des abattoirs, un très bel homme. |

Sa démarche lourde, son balancement massif d’épaules,

rappellent peut-être un peu le mouvement galbeux des mariniers qui remorquent à bras leurs bateaux sur les chemins de halage ; mais quand il est en voiture cela ne se voit presque pas.

M. Paul de Cassagnac, en somme, est très faussement jugé; nous avons démontré que c'était un simili-violent, un emporté garni de son serre-frein, nous n’y reviendrons pas.

Quant à ses opinions politiques, elles sont également fort mal connues. On le croit généralement bonapartiste jusqu’à l’épilepsie ; c’est une grande erreur. Beaucoup trop jeune et beaucoup trop intelligent pour n'être pas républicain au fond, il est beaucoup trop engagé pour en convenir maintenant, voilà tout.

Il est certain que si la carrière politique de M. Paul de Cassagnac était à recommencer, il ne partirait pas du même pied. [Il sait aussi bien que nous que l'Empire a failli perdre la France, que Napoléon IIT (couvrez-vous !) était un sinistre Bobêche, et que son entourage était un ramassis de Tricoches galonnés et de Cacolets en rabat.

Il sait aussi bien que nous que, seule, la République peut remettre la France sur pied en lui refaisant un sang neuf et pur.

Mais M. Paul de Cassagnac a mis son tout sur un

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