‹ Le trompette de M. le Prince, opéra-comique en un acteChapitre 8 sur 37 · DUETTO · texte numérisé non relu

DUETTO

FANCHETTE, pOUSSaUt Ufl cH,

Qu'est-ce donc ?

LE MARQUIS, à demi-voîXj un pied sur une chaise. Du silence !

FANCHETTE

Juste ciel !...

LE MARQUIS

Pas un mot!

FANCHETTE, tremblante.

Vous voulez !...

LE MARQUIS

Assistance '.

FANCHETTE

Mais me taire!...

LE MARQUIS, remontant vers le fond.

Il le faut!

FANCHETTE, à part, et fuyant à gauche.

C'est un voleur ! je le vois bien !

D'une voix tremblante.

Ah ! monsieur... ne me prenez rien !

LE MARQUIS, souHant.

Non, mon enfant, ne craignez rien !

FANCHETTE, d^unc VOIX CU- LE MARQUIS,

trecoupée, riant.

Ah ! ah ! je frissonne ! Mais elle frissonne !

12 SCENK IV.

Afi ! je meurs de peur! Calmez votre peur ! Ayez l'âme bonne, J'ai l'âme trop bonne

Monsieur le voleur! Pour être voleur !

LE MARQUIS, voulaut aller à elle.

Pour dissiper votre épouvante...

FANCHETTE, s^échappant à droite, N'approchez pas, monsieur... non... non!

LE MARQUIS, à part. D'honneur! elle paraît charmante...

Si l'on était un peu fripon !

(Reprise de l'Ensemble.) LE MARQUIS, élevaïit la voix.

Rassurez-vous, mon enfant, je ne suis point ce que vous croyez!

FANCHETTE, frappée.

Ah! mon Dieu !... Cette voix!... serait-il possible!... Elle court prendre la lampe qui est dans sa chambre, LE MARQUIS, pendant ce mouvement, Qu'a-t-elle donc?... pauvre petite!.... est-ce qu'elle perd la tête?...

FANCHETTE , revenant vers lui avec la lampe et le reconnaissant.

Je ne m'étais pas trompé !... {Avec joie.) Le marquis de Brassac !... mon parrain !...

Elle pose la lampe sur la table. — Grand jour, LE MARQUIS, de même.

Fanchette!... ma jolie filleule!... Je suis sauvé !...

FANCHETTE, courant à lui.

Je crois bien ! ah! que je suis heureuse!... — Mais vous ici, mon parrain... un des chefs de l'armée royale! au milieu des Frondeurs!... vous ne savez donc pas les dangers que vous courez?

LE MARQUIS, gaîmcnt.

Si fait, parbleu! Je sais que, sans me connaître, ces

honnêtes bourgeois me détestent cordialement !... mais

je n'y tenais plus... quinze jours sans avoir vu ma

charmante Louise... la présidente de Lorges... cette

SCKNE IV. iô

jeune veuve que j'adore... et que j'épouserai, bien certainement... dès que la paix sera signée... Car c'est terrible que cette guerre de la Fronde !... On se bat contre ses amis... on assiège sa maîtresse... et au lieu de billets doux, on lui envoie des coups de canon. FANCHETTE, souriaut.

Ce n'est pas très-galant!

LE MARQUIS

Ma fois, dévoré d'impatience... et sûr que l'on n'attaquerait pas avant le lendemain , je me couvre de cet habit de simple lansquenet... Et à la nuit close, je m'introduis dans Etampes!

FAINCHETTE.

Quelle imprudence !

LE MARQUIS

Je ne voulais qu'entrevoir ma Louise, couvrir sa main de mille baisers!... .Je vole à son hôtel... mais , dans l'obscurité, je me trompe d'escalier. ..JJ'entre chez une de ses femmes, une petite sotte, qui pousse les hauts-cris! On monte, on accourt... la retraite m'était fermée!... je m'échappe par la lucarne, je me trouve sur le toit !... On m'y poursuit!... (iîmn^) Alors commence une course aérienne à travers les goulières... tournant les chemines... m'accrochantaux girouettes... saulant d'une maison sur l'autre... et riant comme un fou!... Enfin, arrivé à l'extrémité d'un toit, sur les bords d'une ruelle assez large, j'allais être saisi... je m'élance... je franchis le détroit...

FANCHETTE, frémissant.

Bonté divine!...

LE MARQUIS

Et tandis que mes ennemis s'arrêtent devant l'abime, je m'esquive... je vois cette fenêtre, je casse un carreau, j'entre... et... tu sais le reste.

FANCHETTE, yo/pnan^ les mains. Sainte Vierge î si vous aviez roulé !

LE MARQUIS, souHant, Ah! ca m'aurait contrarie!...

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