SCÈNE V
ÜN PAGE, puis BUCKINGHAM, puis LE L.VIKD D’ES- TOURBICKY, et LE MARQUIS DENTO-GENCIVAL, puis DICKSON, puis MOUTON, puis JULIA GOOD- MORNING.
(Buckingham a une paire de bottes vernies d’un éclat particulier.)
le page, entrant de la gauche , deuxième plan , et annonçant.
Celui qui marche à ma suite est très-haut et très-galant seigneur, Sa Grâce, mylord, duc de Buckingham, qui chasse avec sa société!... Holà! manants, que l’on se range!
Buckingham, entrant par la gauche , deuxième plan. Buckingham I... c’est moi!... (Il remonte .) Par ici.
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LE T K ONE D'ECOSSE
messieurs! ( Entrent du même côté le laird d’Estourbicky et le marquis Dento-Gencival. Le laird a un fusil et Dento-Gencival deux. — Au Page*.) C’est bien; va me r'annoncer cent cinquante pas plus loin! (Le Page sort par la droite. — Appelant.) Holà! tavernierl... ( D’Es tuurbicky est tombé assis près de la table. Dickson sort de la taverne, suivi de deux Servantes.)
DICKSON
Voilà !... voilà!... Que faut-il servira Vos Seigneuries?...
BUCKINGHAM
Ce que tu voudras... et fais reposer nos fusils... Ils sont bien fatigués... ( Dickson prend les trois fusils et les remet aux deux Servantes, qui rentrent.) Ah ! Tu n’as pas vu passer un daim par ici? ( Une Servante revient avec un pot et trois verres, qu’elle met sur la table.)
DICKSON
Un daim?... Attendez donc?... Il me semble qu’avanlhier...
BUCKINGHAM
Il y a cinq minutes... animal !
DICKSON
Non... excepté vous...
BUCKINGHAM
Hein!... Sais-tu bien à qui tu parles?... Je suis le duc de Buckingham, le fils du seul, du vrai, du grand, surnommé le duc aux ferrets.
DICKSON
Le duc aux ferrets?
d’estourbickï, se levant.
Le duc aux ferrets !... (Il se rassied.)
DENTO-GENCIVAL.
Le duc aux ferrets!...
(Dickson fait signe qu’il ne comprend pas,)
* Dento-Gencival, Buckingham, d’Estourbicky.
*• Dento-Gencival, Buckingham. Dickson, d’Estourbicky.
22 LE TKOiNE D’ECOSSE
BUCKINGHAM
Celui qui a été tué par Felton, malgré trois mousquetaires dont tu as sans doute entendu parler!... Enfin, qu’il te suffise de savoir que nous avons pris pour devise : « Tout par les reines! » Je pensais donc à la reine, lorsqu’un daim débouche par Piccadi lly !... Mes deux amis et moi, nous nous élançons... Le daim fait une pointe sur Hav-Market... nous faisons une pointe sur Hav-Market. Il entre dans le Strand... nous entrons dans le Strand. Nous le visons tous les trois dans l’œil... Nous le manquons... mais nous cassons trois lanternes... Il se sauve... nous aussi... et... Où sommes- nous, présentement?
DICKSON
A deux lieues du Ben-Levis, en Écosse. (Il rentre dans l’auberge.) *
BUCKINGHAM
En Écosse!... Quelle battue, messieurs!... ( Dento-Gen cival va s’asseoir à la table, en face de d' Eslourbickij .) d’estourbicky, se levant.
En Écosse, où doit arriver notre gracieuse reine!...
BUCKINGHAM
Jane!... Comment! Jane va venir!... Oh! la petite entêtée! Je le lui avais défendu...
DENTO-GENCIVAL.
C’est étonnant.
BUCKINGHAM
Ordinairement, elle fait tout ce que je veux.
ENSEMBLE
Ah ! vous êtes un heureux coquin, monsieur le duc 1
BUCKINGHAM
Ah ! on en dit plus qu’il n’y en a, allez !...
d’estourbicky.
Joli!... et modeste!... (Il se rassied.)
* Buckingham, d’Kstourbicky, Dento-Gencival.
LE TRONE R’ÉCOSSE
DENTO-GENC1VAL, buVaili.
Voyons... là... entre nous... entre deux pots, comment faites-vous pour séduire ainsi toutes les femmes? Môme les reines !
d’estourbicky.
Oui... à quoi attribuez-vous ce don, cet attrait invincible...
bückingham, * allant derrière la table .
Vous voulez le savoir ?... Cbut 1 c’est entre nous! entre deux pots... à mes bottes !...
ENSEMBLE
A vos bottes ? ( Ils viennent en scène.)
BUCKINGHAM
Faut pas le dire !... Faut pas le dire !...
On a, dans ma famille Le secret d’un verni,
Par qui la botte brille D’un éclat infini !
N’espérez que je dise Le mot d’un tel secret,
Milords, qu’il vous suffise D’en constater l’efifet.
Alouettes, linotes,
Lorsque je me fais voir,
Se prennent à mes bottes,
Ainsi qu’en un miroir !
O merveille des bottes,
J’admire ton pouvoir !
O merveille des bottes.
Nier ton pouvoir
C’est dire que le ciel bleu... est noir !
(Parlé.) Ah ! si l’on n’avait pas tant chanté les bottes, quelle jolie occasion l’on aurait là de s’écrier:
D’Estourbiky, Ruckingliam, Dcnto-Genciva!.
LE TRONE D’ECOSSE
Vivent les bottes, les bottes,
Etc.
( Pendant ce temps quelques highlanders passent dans le fond sur la montagne en chantant : « Les Montagnards sont réunis, » puis disparaissent. D' Estourbicky se retourne à la fin du refrain et s'adresse à Buckingham.)
d’estourbicky.
Est-ce que vous attendez du monde ?
BUCKINGHAM
Du tout ; je ne connais pas ces gens-là.
Beau, séduisant et riche,
Mon père, m’a-t-on dit.
Auprès d’Anne d’Autriche Naguère s’en servit.
Et le roi Louis treize Eut bien de la peine à Parer la botte anglaise Que portait mon papa.
Alouettes, linottes,
Quand nous nous faisons voir,
Se prennent à nos bottes,
Ainsi qu’cn un miroir !
O merveille des bottes,
Etc.
( Même jeu que ci-dessus, avec les Montagnards qui disparaissent après le chant.)
DENTO-GENCIVAL.
Ah! je le répète, parce que je l’ai déjà dit, vous êtes un heureux coquin!
BUCKINGHAM
Pas tant que vous croyez, allez !... Les reines ne font pas toujours le bonheur !
d’estourbicky.
Est-ce qu’elle est jalouse ?
LE TRONE IJ’ ÉCOSSE 2.'
BUCKINGHAM
Non... mais elle est coquette en diable !... Accoutumée à ce que rien ne lui résiste, ne s’est-elle pas mis en tête de conquérir l’Ecosse au feu de sa prunelle?... De l’œil? allons donc!... des mousquets !... Qu’en pensez-vous, mon cher laird d’Estourbickv.
( Dickson sort de sa taverne, et écoule sans être vu.) d’estourbicky. *
Les Écossais sont de bons enfants.
DENTO-GENCIVAL.
Oh ! de bons enfants !...
d’estourbicky.
Mes rapports sont exacts... Quand ils verront leur reine, ils béniront leurs impôts... Ils en redemanderont môme... Mes rapports sont exacts...
BUCKINGHAM
Mais enfin, ils conspirent avec Louis NIV, en faveur de je ne sais quel descendant de Robert Bruce.
d’estourbicky.
Il n’existe pas... 11 y a trois cents ans qu’ils font cette plaisanterie-là... C’est pour rire... Mes rapports...
dickson, ** s'approchant.
Sont faux, monsieur le laird.
BUCKINGHAM
Hein? Quoi ? Qu’est-ce qu’il dit celui-là ?
DICKSON
Que Robert XX est arrivé !
TOUS
Arrivé !
* D’Estourbicky, Buckingham, Dcnto-Gcnciv&l, Dickson.
** D’Estourbicky, Dickson, Buckingham, Dento-Gencival.
LE THONE D’ECOSSE
DICKSON
U y a dix minutes. ». U est là! [Il montre son auberge.)
Lkt
TOUS
DICKSON
Ils l’ont salué roi... La route est coupée par un fossé... La voiture de la reine doit y tomber.
TOUS
Grands dieux 1
DICKSON
Et ils doivent s’emparer de Sa Majesté Jane.
d’estourbicky.
Ce n’est pas possible... Mes rapports...
TOUS
Écoutez... ( Bruit de grelots en dehors. Ils remontent.)
buckingham, * regardant à gauche.
Quel est ce bruit? Ces grelots... Cette voiture... Ces hallebardes... C’est la reine! Messieurs! c’est la reine!...
mouton, ** sortant de l'auberge , sur la galerie.
Hein ? Quoi donc? Qu’est-ce qu’il y a ?... La reine va passer?...
dickson, aux Seigneurs.
C’est lui... le prétendant I...
BUCKINGHAM
D’Estourbicky, arrêtons-le.
MOUTON
La reine... où ça, la reine?
dickson, montrant la gauche.
Là-bas !...
* Dickson, Buckingham, Dcnto-GencivaL, d’Estourbicky.
** Dickson, Buckingham, Dento-Genci val, d’Estourbicky, Mouton.
LE TftOiNE D’ÉCOSiSE
MOUTON
Ah ! mon Dieu !< Et le tjjou pour 1» brasseur 1 EUe va se faire du mal... Courons !... [Il descend rapidement.)
Arrêtez... ( Ilveut lui barrer le chemin , il le bouscule , et sort en courant par la montagne , à gauche .)
DENTO-GENCIVAL.
Saperlotte ! quelle affaire 1
d’estourbicky.
Saperlotte I quelle affaire !
BUCKINGHAM
Saperlotte ! quelle affaire !
[Ils arpentent le théâtre.) d’estourbicky.
Il fallait le tenir.
BUCKINGHAM
Vous êtes bon... Il fallait m’aider!