JUL1A, FLORA
flora, à Julia, lui donnant la main.
Bonjour. Comment ça va?
JULIA
Pas mal... et vous?
FLORA
Moi, très-bien... Vous voyez... toujours grosse et grasse. — Rien de nouveau ?
Non, miss Flora.
Mon père?...
JULIA
FLORA
JULIA
Est toujours souffrant...
FLORA
Je lui avais dit : Papa, vous prenez trop de places, ça vous fera du mal...
JULIA
Vous avez raison, miss Flora. Depuis la folie de la reine... à la suite de cette esclandre... votre illustre père s’est fait nommer, par les Ecossais, régent... gérant de l’Écosse; l’amirauté, l’échiquier, les houblonnières, il a tout pris.
FLORA
Parfaitement. C’est vrai, il a tout pris. Mais c’est un très brave homme, papa... il rendra tout. Je ne lui connais qu’un défaut : il change trop souvent d’idée fixe. Aussi, je lui disais : Papa, c’est trop! .. Il me répondait : Quand on prend du galon... Et depuis huit jours, c’est lui qui dérange... non, qui dirige toutes les affaires de l’État... et pafl... le voilà malade... Ah! pauvre Écosse!... quel déchirement dans ton sein!... comme dans le mien!... (A Ju-
LE TRONE J)’ ÉCOSSE
Mi
lia.) Sortez! (Julia sort par le fond. Au public.) Buckingham!... Savez-vous ce que c’est que Buckingham?... Pas de poésie pour deux sous... C’est un vulgaire ambitieux... Il était le favori de la reine, et moi, je n'étais pour lui qu’un instrument... Mais je me suis vengée... et cruellement! Devinez ce que j’en ai fait... J’en ai fait mon domestique, ni y most obedienl servant... Il a la livrée, il fait tout le gros ouvrage... En l’humiliant, me disais-je, je l’arracherai de mon cœur!... Eh bien! je suis faible, je suis lâche... je sens que... malgré moi... Oh I mais j’étoufferai cet amour sous sa honte!.., ( Elle agite la sonnette qui est sur le guéridon.)