SCÈNE IV
PAVILLON, à la fenêtre, TRISTAN.
PAVILLON
Il fait, pardieu, grand jour, et, qui plus est, la matinée est superbe !
TRISTAN, à part.
Notre homme sans doute.
PAVILLON
L'ami, n'est-ce pas le château du roi Louis XI dont j'aperçois les tourelles par-dessusce bouquet d'arbres?
ACÏEI. 9
TRISTAN
C'est possible!
PAVILLON
Je m'en croyais plus loin, rar lu unit était ch'ijà noire cpiand je siîis arrivé. Combien fant-il de temps pour s'y rendre^ sans s'essouffler?
TRISTAN
C'est selon !
PAVILLON
Mettons une petite heure, j'aime à prendre mes aises, (iieuirant et criant.) Holà I quelqu'un! l'aubergisle! bougez donc, mordieu, quand j'appelle !
TRISTAN, seul.
La voix haute, une tête d'imbécile... ce doit être quelque marchand...
PAVILLON, sur le seuil de l'auberge.
Et que tout soit prêt pour mon retour. Je n'aime à attendre ni mes repas, ni mon argent, quand on m'en doit.
TRISTAN, à part.
C*est bien cela.
PAVILLON, à Tristan.
Merci du renseignement, mon brave homme,
TRISTAN
A votre service, noble, étranger.
PAVILLON, s'arrêtant.
Qui vous a dit..?
TRISTAN
Comment ne pas reconnaître un habitant de la bonne vi41e de Liège, à cette face réjouie et intelligente !
PAVILLON
C'est vrai, et je n'ai nulle raison de le cacher. Je suis citoyen de Liège, syndic de la corporation des cordiers.
TRISTAN
Ah bah! vous seriez.. ?
PAVILLON
Marchand de cord^. Et vous ?
TRISTAN
Oh! moi... je n'en vends pas; mais j'en emploie beaucoup.
jO QUENTIN DURWARD.
PAVILLON
Si vous voulez m'honorcr de votre confiance, nia nfiaison est avantageusement connue : Célestin Pavillon, rue des Trois-Pendus... ainsi nommée à cause du grand nombre de marchands de cordes qui l'habitent... c'est une plaisanterie liégeoise...
TRISTAIS.
Je comprends; mais ce n'est pas, je suppose, pour chercher des pratiques que vous avez quitté votre paisible comptoir.
PAVILLON
Paisible... pas trop, pour l'instant, grâce aux agitations politiques.
TRISTAN
En effet, j'ai entendu dire qu'il se préparait de grands événements dans votre belle ville.
PAVILLON
Ah! ah!... Si le duc de Bourgogne n'y prend garde, c'est une hague au doigt qui pourrait bien lui échapper et passer à un autre... qui n'est pas loin d'ici.
TRISTAN
Vraiment 1
PAVILLON
Or, vous comprenez, quand on est une des plus fortes têtes de la ville, la popularité vous entraîne; si bien qu'un beau jour, malgré soi, sans qu'on l'ait cherché, les destinées du monde, la paix ou la guerre viennent se débattre autour du comptoir d'un simple marchand.
De la rue des Trois-Pendus?
PAVILLON
Comme vous dites. Mais, pardon, j'oublie ma promenade; par ainsi, bonsoir.
TRISTAN
OÙ allez- vous donc, par là ? ^
PAVILLON, avec importance.
Au cliâteau, où mes affaires m'appellent, mon cher.
TiaSTAN.
Vous lui tournez le dos. ^
PAVILLON
Ah ! vraiment?.. Je croyais.,.