ISABELLE, CRÈVECŒUR
CRÈVECOEUR
Voilà, belle cousine, un accueil un peu brusque, pour votre retourau pays natal ; mais les princesses errantes doivent s'attendre à de pareilles aventures.
ISABELLE, blessée.
Monsieur !.. (se coBtenant.) Avant tout, veuillez m'appreiidre si je dois me regarder aussi comme prisonnière.
CRÈVECŒUR
Oui, certes, et l'usage que vous avez fait de vos ailes ne justifie que trop les ordres que j'ai reçus.
Mon départ du Plessis-lès-Tours n'a pas été une fuite volontaire. J'ai quitté la cour d'après l'ordre du roi, avec une suite choisie par lui et sous la protection d'un officier de sa garde.
CRÈVtCŒUR.
Un noble champion, vraiment!
ISABELLE
J'espère, seigneur comte, que sa personne sera respectée.
CRÈVECOEUR
Vous lui portez un intérêt...
ISABELLE
Qu'il a su mériter en s'acquittant de son devoir avec autanî d(î courage que de délicatesse.
CRÈVECOEUR, raillant.
Oui ! nous savons là-dessus ce qu'il faut croire !
ISABELLE, indignée.
Que voulez- VOUS dire^.
Accomplissez votre tâche ci uelle, Soumettez-vous en serviteur fidèle Aux volontés d'un maître que je hais!
Soyez pour lui le bourreau d'une femme. Livrez sans honte et mon cœur et mon âme ku désespoir, au malheur pour jamais!
Que la haine et l'envie
Suivent partout mes pas!
Prenez, prenez ma vie.
Mais ne m'outragez pas!
Séparez-moi du seul ami que j'aime.
Et, plus cruel que la mort elle-même.
Punissez-le d'avoir sauvé mes jours!
Chargez de fer le bras qui me protège. Que vos soldats le tiennent pris au piège Et contre lui vous prêtent leur secours!
Pour m'avoir bien servie
Faites qu'il meure, hélas!
Prenez, prenez sa vie.
Mais ne l'outragez pas !
CRÈVECŒUR
Isabelle!., pardon!., j'ai cédé à un mouvement que je regrette et dont vous n'aurez plus à souffrir. Mais vous ne pouvez rester ici plus longtemps. Ce faubourg est au pouvoir de nos troupes; le couvent des Ursulines est à peu de distance, c'est là que je dois vous faire conduire.
ISABELLE
Hàtez-vous donc!.. Et puissé-je ne plus quitter ce saint
asile.
CRÈVECœUR, à Danaien qui paraît au fond.
Damien!.. va conduire Madame, et préviens monseigneur le duc. (a isaBeiie.) C'est lui qui décidera de votre sort.
Je n'ai plus qu'une grâce à vous demander : d'infâmes ravisseurs m'ont séparée de ma tante, la comtesse Hameline :j j)nis-je espérer que vous tenterez un effort pour sa délivrance?!
CRÈVECOEUR
Je VOUS ie promets! (Eiies'iuciine, etva pour sVioigner.) Isabelle!., ah!., si vousïe vouliez encore !..
ISABELLE, froidement.
Partons! (Elle sort, accompagnée par Damien. — Lo comte se jette tout pensif sur un siège. — Pavillon soulève la trappe avec précaution.)