LÉONORE, INÈS
INÈS
Qui vous arrête ? il est temps, hâtons-nous, La reine vous réclame, C'egl rheure.
LÉONORE, à part.
0 rêve de mon âme, Rêve si doux, Ne viens-tu pas?...
INÈS
Ah ! quel malheur, madame.
Nous menace ! funeste flamme !...
Maudit le jour Où naquit un tel amour.
LÉONORE
Dans la lice, superbe.
Sous son haubert à?, noir acier, Il m'apparut... puis, bondissant dans Therbe, Vint arrêter sous mes yeux son coursier; De ses rivaux il hâta la défaite, Et par ipa main fut couronné vainqueur ! Ah l J'ai depuis ce jour de fête La mort au cœur!...
Comme un rayon céleste.
Sa douce image en vain me reste.
. £o)ute...
INÈS
Achevez!
LÉONORE
Sort funeste! ! — La nuit calme et sereine Couvrait l'immense plaine.
La lune encor lointaine Au ciel montait à peine...
Soudain léclio soupire ^nr l'aile du zéphyre, yui semble me ledire
10 tE TROUVÈRE.
Les plainies d""ne lyre Et les refrains d'amour D'un jeune troubadour.
Pour moi céleste ivresse!,..
Ce chant plein de tendresse Disait avec tristesse Mon nom... mon nom... sans cessé»
A cet accent suprême.
J'accours... ô joie extrême!
C'est le héros que j'aime!...
Mes sens ravis, mes yeux Voyaient s'ouvrir les deux!!
INÈS
Pour vous, madame ! oh ! que de peiiM3 Oui je frémis! ma crainte...
LÉONORE
est vaine F
INES.
Ah !^ je redoute un noir présage Qui 'nous annonce un long orage.
Cédez aux vœux de l'amitié !
Oubliez tout.
LÉONORE
Lepuis-je encore?
INES.
De grâce!
LÉONORE
. ' L'oublier, lui que mon cœur adore!..
De moi n'as-tu donc pas' pitié !
L'amour ardent, l'amour sublime et tendre A des accents que tu ne peux comprendre... Ma voix Rappelle... au loin je crois l'entendre... Divin transport! mon cœur est enivré. Je lui donnai mon âme tout entière.
Je l'aimerai jusqu'à l'heure dernière.
Si je ne puis être à lui sur la terre ' Heureuse au ciel du moins je le suivrai.
INÈS. . -
Que le ciel nous délivre D'un malheur assuré !
Pourrais-je lui survivre?.,.
Comme elle je mourrai.