ACTE II, SCÈNE II
GASTON
Peur de contempler encore ces traits charmants, que quelques instants avaient suffi pour graver dans mon cœur...
HÉLÈNE
Un colonel devrait être plus brave!...
GASTON
D'abord, Mademoiselle, je n'avais pas encore co grade... et mon courage n'eût servi qu'à me rendre plus malheureux, car tout m'éloignait de vous... Et, pourtant, parfois, je faisais un si beau rôve...
HÉLÈNE
Et ce rêve me montrait reconnaissante envers vous , n'est-ce pas, colonel?..
GASTON
Jugez- en vous-même. Mademoiselle...
1" Couplet,
Chaque nuit, je voyais eu songe Un ange, au regard enchanteur, Qui me disait... divin mensonge!.., € Altcnds-inoi, je suis le bonlieur !
> De ton cœur bannis la sontTrancc ,
> Par l'absence il fut éprouvé ;
> L'amour t'en doit la récompenoo. »
— ■ Ah 1 répondez, ai-je rêvé ?
Ai-je rêvé ?
2'^ Coiiplet. '
A trét anjc plein d'innoceuco ,
64 LA FANGHONNETTE,
Je jurais éternel amour,
Et lui répondait : « Confiance I
» Va, nous serons heureux un jour...
> Ce jour, puisriue tu m'as revue ,
> Ne le crois-tu pas arrivé...
> Quand je suis là, tremblante, émue !.. > — Ah ! répondez, ai-je rêvé ?
Ai-je rêvé ?
HÉLÈNE, avec embarras.
Certainement , il y a bien un peu de vrai dans ce songe-là.
GASTON , avec joie..
Qu'entends-je!...
HÉLÈNE
Mais quand on croit aux bons anges , on ne se contente pas d'en rêver, on les prie, on les implore... de près...
GASTON, vivement.
Et mon bon ange m'aurait écouté?..
HÉLÈNE , tristement.
Mais pourquoi avez-vous tant tardé à vous présenter à mon oncle?..
GASTON , avec crainte.
N'cst-il pas encore temps?...
Non, Monsieur, il est trop tard... car mon oncle m'a déclaré, ce matin même, que j'allais épouser un grand seigneur espagnol I don José... son ami!..