TABLEAUX MODERNES
Los maîtres victimes des plagiaires. — Charles Jacqne. — Sa ])lainte au National. — Histoire d'une copie. — Un faux Jean Béraud. — Vernon et Diaz. — Pata et Courbet. — Victor Dupré et Jules Dupré. — Esquisses devenant des tableaux après décès. — Incident Trouillebert-Corot-Petit. — Moyens préservatifs contre la fraude. — Fondation d'un bureau de garantie.
Pour les tableaux modernes, tout dépend du plus ou moins de sûreté de coup d'oeil et de main du plagiaire. S'il ne sait pas bien son métier, le maître dont il a usurpé le nom hausse les épaules. « Cet homme, pcnse-t-il, n'arrivera jamais à ma cheville. »
Si, au contraire, le peintre masqué s'est approprié quelques-unes des qualités essentielles de ce même maître, tout autre est l'impression que ressent celuici. Il se flattait d'avoir, à force de réflexions, d'études etdetravail,acquis un talentayant son caractère propre, ses allures indépendantes ; et voilà qu'un inconnu est parvenu, dans l'ombre, à lui ravir la plupart des secrets de son pinceau, à rendre possible une méprise, à la justifier aux yeux de beaucoup de connaisseurs. On se figure facilement le dépit et la colère de la victime de celte spéculation mêlée do gaminerie.
Qu'un élève ou un chercheur en passe d'arriver à
IIG LE TRUQUAGE
la célébrité et à la fortune s'inspire de la manière de tel ou tel peintre éminent, qu'il subisse l'influence d'un chef d'école, et suive la forte trace de ses pas sur la route du succès, rien de mieux! Il n'y a là qu'un hommage rendu à ce maitre ; on a le droit de tout imiter, excepté la signature. C'est en définitive le fait de cette imitation ([ui change l'hommage en vol. J'ai voulu connaître là-dessus le sentiment de l'un des représentants les plus autorisés et les plus expérimentés, sans conteste, de l'art français, et j'ai prié un ami commun d'interroger pour moi M. Charles Jacque. Voici en quels termes cet ami ponctuel et complaisant m'a rendu compte des résultats vraiment caractéristiques de sa mission :
« Paris, 9 août 1883.
« Mon cher Eudel,
« Vous m'aviez prié de me rendre chez mon voisin et ancien ami l'émment peintre Charles Jacque, pour obtenir de lui quelques renseignements se rattachant aux fraudes dont s'est ému le monde des artistes et des collectionneurs. Dans votre retraite de Villed'Avray, vous prépariez un travail là-dessus, en homme qui ne perd jamais son temps; et vous pensiez que le vieux maitre devait avoir eu plus d'une fois personnellement à se plaindre des faussaires qui exploitent tous les noms célèbres, comme les escrocs de haute volée exploitent la confiance des fournisseurs crédules, en se parant de titres d'emprunt. Vous ne vous trompiez pas; Charles Jacque connaît bien ces gens. « J'arrive, je trouve le grand artiste sur le trottoir, longeant l'hôtel qu'il s'est fait construire boulevard de Clichy, 73. Il attendait la voiture qui devait leçon-
(luire à sa maison des champs. Vous devez croire qu'il n'est pas de ceux qui s'arrachent volontiers au spectacle de la nature. Tout ce qu'elle offre de merveilles se reflète dans ce cerveau puissant; la mainet le pinceau font ensuite leur œuvre... Et c'est ainsi que Charles Jacque est resté fort parmi les forts, sincère et dédaigneux des procédés faciles qui, sous prétexte de réalisme, enlèvent aux choses leur aspect véritahle.
« — Je venais vous faire une visite intéressée, cher maître, lui dis-je; je vois que je tomhe mal, vous sortiez... Mais d'abord, comment allez-vous?
« — Je ne suis pas encore mort et n'en vaux guère mieux; quand on arrive à mon àye... soixante-dix ans ! Que voulez-vous? s'il faut partir, je partirai. Me voilà prêt.
« — Allons donc, vous avez une mine superbe; une voix excellente, et votre talent a plus de vigueur que jamais.
« — Je sais, je sais ! on dit toujours cela...
« — Mais je ne puis pourtant pas mentir pour abonder dans votre sens, cher mailre; ce serait de la courtisanerie.
«Le fait est que l'inCnti gable auteur de tant d'oeuvres aimées me semblait en pleine possession de l'énergie que je lui avais toujours connue; droit, ferme, l'ceil vif et la bouche spirituelle. 11 sourit avec sa bonne grâce ordinaire, et voulut bien relarder son départ en ma faveur.
« Un inslant après, nous étions dans cet atelier où, dès qu'un tableau terminé occupe le chevalet devant lequel a travaillé le mailre, les offres affluent à ce point (ju'il ne tiendrait qu'à Charles Jacque de mettre la
toile aux enchères. Je n'y ai vu, cette fois encore, que des compositions inachevées, une cour de ferme, par exemple, avec des chevaux et des paysans admirables. On parle invariablement des moutons de Jacque ; certes, ils sont d'une vitalité surprenante, d'un dessin et d'une couleur irréprochables; mais ses chevaux, ses chaumières, ses arbres, ses prairies, ses p.âtres, ses forgerons, ses filles rustiques, ses horizons variés, si pleins de lumière et de profondeur, valent bien aussi la peine qu'on les contemple et qu'on les loue.
« L'entretien est repris; je présente ma requête,
« — Je connais les écrits de M. Paul Eudel, répond le vieux maitre, et je ne suis pas surpris de voir un homme tel que votre ami prendre en main la cause de l'honnêteté dans les arts. Ce rôle lui convient à merveille. Il peut donc compter sur toute ma sympathie; j'ai, il y a quelques années, adressé au Natioïial une lettre pour me plaindre des abus qui, un peu tardivement, attirent aujourd'hui l'attention publique. Je voudrais pouvoir vous indiquer la date de cette lettre; ce serait un document; malheureusement, au milieu de mes travaux journaliers, j'ai tout oublié, et je ne saurais même pas, à l'heure actuelle, où retrouver le numéro du National dans lequel a paru ma plainte.
« — Au moins, pouvc/-vous me dire quels faits particuliers l'avaient motivée alors?
« — Oui ! à peu près... En voici un, entre autres. Gomme j'étais en train de peindre je ne sais plus quoi, un particulier dont, jusque-là, je n'avais eu aucun motif de me défier arrive. On cause, et le visiteur me dit insidieusement :
« — Vous savez que j'ai eu tout récemment le Ijoiiheur d'acheter un tableau de vous?
« — Je l'ignorais, mais j'en suis fort aise.
« — Il m'i! bien coûté 2,500 francs.
K — C'est moins cher qu'ici, s'il est, par exemjjle, de la grandeur de celui que je termine...
((. — Justement !
« — Parbleu! vous piquez ma curiosité, et je ne serais pas fâché de le voir.
« — Qu'à cela ne tienne; je vais vous l'apporter tout à l'heure.
« Ce qui est dit est fait; l'acheteur apporte l'œuvre en question. Du premier coup d'œil, je vois la fraude.
c< — J'ai vendu, il y a six semaines, un tableau que l'on m'a payé 5,000 francs. On n'a pas perdu de temps pour en faire faire une copie. La voilà! Je dois reconnaître qu'elle est bonne ; mais ce n'est qu'une copie.
a — Alors, je suis volé?
« — Parfaitement.
« — Et j'ai pu l'être d'autant plus aisément que le tableau est signé en toutes lettres : Charles Jacque.
« -- J'avoue que la signature est encore ce qu'il y a de mieux peint...
« — Je cours chez la marchande qui a surpris ma bonne foi, pour me faire rembourser les 2,500 francs.
« — Et je vous approuve!
« Mon homme part en continuant de manifester l'indignation la i)lus violente; je le plaignais encore, à part moi, le lemlemain, lorsque je vis apparaître une dame à l'allure honnête et timide. Elle portait quelque chose, un tableau... la fameuse copie si bien signée Charles Jacque.
a — Mon Dieu, monsieur, me riit-elle, vous allez
trouver ma visite indiscrète... C'est moi qui ai vendu ce tableau... je viens d'en rembourser le prix...
« — Il me semble que vous ne pouviez pas faire autrement, et (jue...
« — Mais j'ai été trompée moi-même; j'ai cru que ce tableau était de vous.
« — Et qui vous l'a vendu?
« — Un voyageur, un Belge...
« — En admettant tout cela, je ne vois pas comment je puis vous être utile à présent!
« — Pardon, monsieur Jacque, il y a un moyen... si vous vouliez...
« — Quoi donc?
« — Si vous vouliez ajouter à cette copie quelques coups de pinceaux et substituer votre signature à la signature fausse, tout serait réparé. On reconnaîtrait la griffe du maître !
« — Ce serait, en effet, un moyen, comme vous dites, et ingénieux encore; mais je refuse absolument de donner un cachet d'authenticité au travail de mon copiste inconnu.
« — Il y aurait cependant pour vous une belle indemnité!
« — Je n'en veux pas...
(c La dame s'en va piteusement, et je m'imagine que je n'entendrai plus parler de cette alfaire. Erreur! prolonde erreur ! L'acheteur revient. Il a revu la dame plaintive; elle lui a tout raconté.
(c — Je crois, me dit-il, qu'elle n'a pas su s'y prendre, et que si elle vous avait offert un billet de 1,000 francs vous eussiez consenti...
« Je flaire le compérage, et je réponds aussitôt :
« — Je n'aurais consenti à rien du tout : est-ce que
VOUS pensez que je n'ai pas deviné le calcul de celle dame? Elle a payé la copie 200 francs; elle m'eût donné 1,000 francs pour la transformer en original, total, 1,200 francs. Après quoi elle eût vendu ledit tableau 5,000 francs, bénéfice, 3,800 francs. Vous comprenez que le vieux Jacque n'est pas assez naïf pour faciliter ce petit commerce ?
(c L'honnête monsieur comprit si bien qu'il s'esquiva et ne reparut plus chez moi.
« Démon côté, je donnai l'ordre de ne plus laisser pénétrer dans mon atelier aucun marchand ni aucune marchande portant des t.djleaux attribués à votre serviteur. Leur seule vue m'irrite trop!
« Dans l'opinion de Charles Jaoïpie, il faudrait, pour remédier, en partie, à de tels abus, assimiler le faux en matière artistique, au faux en matière commerciale. Je dis 671 partie ; car il existe à l'étranger de véritables fabriques de tableaux de maîtres dont les chefs, les employés et les agents sont insaisissables. Tout au moins pourrait-on légiférer à l'effet de punir sévèrement le fraudeur français qui serait surpris en flagrant délit de tromperie sur l'origine véritable de l'œuvre vendue.
« Le cas s'est présenté plus d'une fois publiquement, vous le savez bien. J'ajoute, conformément à l'avis de Charles Jacque,(|u'il est triste de penser qu'une sorte d'impunité puisse être acquise aux manœuvres des faussaires qui, à l'insu même d'un imitateur ou d'un copiste, volent la plus sacrée des propriétés, le nom d'un maître, et en font souvent un usage préjudiciable à la réputation de celui-ci. »
« Votre dévoué,
« EVARISTE MaNGIN. »
122 LE TRUQUACtE
M. Charles Jacque et son ami sont certainement sntrés dans le vif de la question. Je crois comme eux qu'il y a peut-êlre une loi à faire ; mais mon zèle ne va pointjusqu'à légiférer. La tâche, en l'espèce, serait un peu an-dessus de mes forces. Tout au plus puisje prendre acte de l'opinion de l'éminent paysagiste et animalier, en exprimant le désir de voiries artistes intéressés à la solution du problème posé prendre la peine de l'étudier, et formuler des vœux précis. S'ils ne s'aidaient pas un peu, pourquoi, je vous le demande, les cliambres et les tribunaux les aideraient-ils ?
Constatons au surplus que, même avec l'état imparfait de la législation, la plainte de ceux qu'on se permet de traiter, de leur vivant, comme on a traité Corot après sa mort, ne reste pas toujours sans effet. Dans une affaire oià figurait encore une femme, et qui rappelle par plusd'un côté, en dépit de quelques variantes, l'histoire inventée pour tromper Gliarles Jacque, un artiste de beaucoup de mérite aussi, M.Jean Béraud, a su obtenir de légitimes satisfactions. Il est vrai que celte affaire-là a eu pour origine une liaison de caserne, et que M. Béraud a mené les clioses militairement.
La scène première se passe dans un régiment de la garnison de Paris où l'auteur de la Prière et de V Intérieur d'une brasserie de femmes faisait ses treize jours. Il n'y avait pas de quoi le mettre en belle humeur. Et puis, M. Béraud était sous l'impression fâcheuse de certaines fraudes récentes conmiises avec l'emploi audacieux de son nom. Un quidam prit donc bien mal son temps pour opérer pi esjue sous les yeux du jeune peintre. C'était au mois de mai 1882. Parmi les compagnons d'armes de M. Béraud figui'aient
deux Parisiens comme lui : M. Aiidouin, tils de l'honorable agréé du Triijunal de commerce, et un M. Raux, marchand de tableaux, d'après ses dires.
Le premier exprima au second le désir parfaitement naturel de posséder un Béraud. Le lendemain même, M. Raux meltnit sous les yeux de M. Audouin une toile signée J. B ^ . Elle plut à l'acheteur, qui, cependant, s'autorisa de ses relations soldatesques avec le peintre, pour lui [lOrter le tableau et pour le prier de compléter la signature.
M. Jean Béraud regarda l'œuvre qu'on lui présentait, et vit que c'était une reproduction partielle de son Retour du cimetière.
— De qui tenez-vous cela ? dit-il à M. Audouin.
— De M. Raux!
— Entin, j'en tiens un !
— Que voulez- vous dire ?
■ — Que ce tableau n'est pas de moi, et que je vais faire un procès à votre vendeur.
— Je suis persuadé qu'il a été de bonne foi. On l'aura trompé.
— C'est ce que nous verrons.
Quelques jours après, M. Raux se présente chez lo peintre, mais non pas seul ; une femme l'accompagne ; une femme voilée, tremblante, assez semblable à la pénitente chargée de péchés qui s'approche d'un confessionnal.
Il s'agit bien, en effet, des révélations d'une conscience alarmée. . .
La dame est seule coupable ; elle vient faire éclater l'innocence de M. Raux.
C'est le contraire de ce qui arrive ordinairement dans les drames de l'Ambigu, où un homme généreux
atteste au dénouement la vertu d' une femme calomniée.
Un monsieur marié a fait cadeau à l'inconnue, moins voilée, alors, sans doute, qu'elle nel'estmaintonant, de la toile dont on se met en peine. Il y a des hauts et des bas, dans l'existence des dames d'un certain quart de monde. Des bas surtout ! Bref, une heure est venue où la dame s'est vue contrainte de vendre à M. Raux,pourla somme de 600 francs, le tableau de l'homme marié.
— Et comment s'appelait cet homme ? demanda' impérieusement M.Béraud.
La femme voilée s'abstint de répondre. Invoquat-elle l'obligation du secret professionnel ? Je l'ignore; toujours est-il qu'on ne put jamais savoir si l'amant prétendu de l'héroïne de ce petit roman anacréonticjue avait péché par excès de naïveté, en croyant donner à sa maîtresse un Béraud véritable, ou par excès d'économie, en lui en offrant un faux?
Une si admirable discrétion kissa le peintre absolument froid. Il n'essaya de lever aucun voile, déclara qu'il ne connaissait et ne voulait connaître en tout cela que M. Baux, l'assigna à comparaître devant la première chambre de la Seine, où la dame mystérieuse n'eut garde de suivre x*.e client, et fit prononcer un arrêt entièrement conforme à ce qu'il y avait lieu d'attendre de la justice, et complètement basé sur les principes dont je me suis constitué le défenseur.
« Attendu, disait le jugemeiU, que la mise en vente d'une toile sans valeur, attribuéeàunartistedetalent, nuit à sa réputalion, » M. Baux se vit condamné à 800 francs de dommages et intérèlsenvors M. Béi'aud. Le tribunalordonna,enoutre,lacontîscation du tableau contrefait.
Voilà une bonne et salutaire jurisprudence.
Nous espérons qu'elle prévaudra invariablement, et que, dans le cas mênrie où la toile faussement attribuée à un peintre de talent aurait une valeur incontestable, la tromperie serait réprimée; car, alors, si cette mise en vente peut ne pas nuire à la réputation du maître, elle est à coup sûr nuisible à ses intérêts.
Il y a lieu de signaler un autre inconvénient ; il cause un préjudice à la réputation d'hommes très honorables, en appelant sur eux des soupçons injustes.
Deux artistes fort connus et fort estimés, MM. Vernon et Pata, peignent, l'un dans la manière de Diaz, l'autre dans celle de Courbet, des tableaux nombreux, et les signentloyalement.
Des gens moins scrupuleux recherchent ces compositions pour substituer aux noms des véritables auteurs celui de Diaz ou de Courbet, comme ils mettent à la place du nom de Victor Dupré, mort récemment, la signature de Jules Dupré, son frère. Or, si celui-ci possédait un mérite sérieux, il était loin d'avoir toutes les grandes qualités de l'illustre paysagiste.
Je ne veux pas abuser ici des anecdotes ; mais l'éclat de la rentrée de Jules Dupré au Palais de l'Industrie, où ses derniers tableaux ont tant contribué à justifier la création d'un salon triennal, me décide à citer le mot final d'un dialogue fort curieux qui s'engagea autrefois entre le grand artiste et un fallacieux marchand.
Celui-ci avait mis en vente une toile de Victor
Dupré, signée, en vue d'un profit mcÀUeur , Jules Dupré . Le maître passa par hnsard devant la boutique du brocanteur, entra, marchanda le tableau et émit des doutes sur l'origine.
— Pour ce qui est de celui-là, dit le brocanteur, je n'affirme rien.
Notre homme se fût bien gardé de donner une garantie...
— Vous avez raison, reprit le peintre; je puis vous l'affirmer, puisque Jules Dupré, c'est moi.
Le marchand s'inchna.
— C'est égal, dit-il ensuite. Si vous n'étiez pas vous, je vous assurerais bien qu'il est de vous.
Pour un peu plus, l'impudent personnage eût ajouté :
— Êtes-vous sûr de ne pas l'avoir peint ?
En cela, il n'eût fait qu'imiter un amateur de ma connaissance. Ayant attribué à Diaz une œuvre qu'un expert refusait d'admettre avec cette désignation positive et ayant reçu un démenti de Diaz lui-même, il soutint dédaigneusement que Diaz ne savait plus co qu'il disait.
Citons des abus plus tristes, et contre lesquels les intéressés ne pouvaient rien. J'ai assisté à des ventes après décès, dans lesquelles on livrait forcément aux acheteurs, et des oeuvres terminées, et des ébauches ainsi que des études inachevées, avec des parties blanches. Chose bizarre ! Celles-là étaient payées fort cher, en apparence, mais l'acquéreur savait bien ce qu'il faisait. Il s'armait d'un pinceau, ou confiait les
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fahloanx inach(3vësà un truqueur à sa solde. Quelques jours s'écoulaient, et l'on entendait parler des magnifiques compositions du peintre X..., mort récemment. Des marchands heureux étaient parvenus à les acheter à la salle Drouot, malgré les offres de concurrents nombreux, mais plus timides etmoinsbienavisés. Tout était rempli, fini, fondu, piqué. Et pas de doute possible sur la provenance, le cachet rouge apposé au bas de la toile, estampille officielle, défiait les contestations. On regardait et on hsait les mots rassurants : « Vente X. »
Beaucoup de marchands agissent ainsi par esprit de spéculation, d'autres le font par simple monomanie. On a cité un amateur toqué dont le plus grand bonheur était de retoucher les tableaux de maîtres tombés entre ses mains peu sûres. Le travail sacrilège auquel il se livrait avait un grand rapport avec celui des pudibonds personnages dont la mission est de rendre possible la représentation d'une pièce de Molière dans un pensionnat. Ces honnêtes censeurs font disparaître tout ce qui leur paraît froisser la décence et la morale ; notre homme se plaisait, lui, à réparer les fautes que, dans le feu de la composition, Couture ou Troyon, Français ou Rousseau, avaient pu commettre contre le dessin ou le bel art de peindre.
Histoire de leur rendre service !
Et voyez comme il est vrai qu'un sacrifice généreux rencontre rarement sa récomijense, les admirateurs aveugles de ces maîtres trouvaient à redire à ces rectifications, qu'ils noiiiniaient des profanations. Si
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bien que la valeur vénale des tableaux de la collection du correcteur en peintures devenait peu à peu tout à fait nulle.
C'était décourageant ; mais les moyens — financiers s'entend — de ce personnage lui permettaient de passer outre.
— Je laisserai à mes héritiers, disait-il naguère encore, une collection unique en son genre.
C'était vrai, et même consolant dans un sens...
L'histoire véridique du faux Corot, mis à une place d'honneur dans la collection de M. Alexandre Dumas, puis outrageusement décroché et rendu au vendeur, trouve naturellement sa place ici.
On n'en connaît guère de plus compliquée. C'est tout simple : chez un dramaturge de la valeur de M. Dumas, les choses ne pouvaient se passer simplement; influence du milieu.
Je l'ai subie moi-même, et j'ai eu l'idée de diviser mon récit en petits chapitres, comme une nouvelle ou comme l'esquisse d'un grand roman. Il n'y perdra rien en clarté, je l'espère.