GÉOGRAPHIE DE LA CRIMINALITÉ
Les atteintes nombreuses à l’autorité de famille, constatées par les relevés judiciaires, semblent annoncer la destruction prochaine de cet esprit patriarcal , qui fut longtemps l’égide et l’honneur de la commune russe. Il est vrai que l’administration, — immobilisée dans son égoïsme, — ne fait rien pour prévenir le danger. Elle continue à classer les actions de ce genre parmi les simples délits, au lieu de les juger comme des crimes, et de les frapper des peines sévères dont elle est armée, et qu’elle applique en d’autres cas, avec une si terrible légèreté.
La géographie de la criminalité offre, d’ailleurs, des détails curieux. Elle démontre que les gouvernements où il se commet le plus d’homicides sont ceux de Tamboff, de Koursk, de Simbirsck, d’Orembourg et surtout de Perm ; — que les suicides sont très-fréquents dans les provinces de Minsk et de Tver; — que la contrebande
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s'exerce avec activité dans les gouvernements de Vilna et de Volhynie ; — que tous les individus qui s’y livrent sont juifs; — que les brigands choisissent de préférence le terrain de Koursk, d’Orel, de Jaroslaw et de Bessarabie, et que les vols sont surtout fréquents à Perm, à Saint-Pétersbourg, à Vilna. Elle constate également que les délits sont plus nombreux parmi les paysans de la e.ouronne que parmi ceux de la noblesse, — ce qui s’explique, chez les premiers, par l’absence de toute surveillance directe.
Les cas de récidive sont rares dans ce pays. Cette particularité peut être attribuée à deux causes : la rigueur extrême de la pénalité, et l’envoi en Sibérie de tous les grands criminels. La Sibérie, comme lieu de déportation, joue, en Russie, le rôle que Botany-Bev remplit pour l’Angleterre : c’est le réceptacle de toute la population corrompue et dégradée de l’empire, — population dans laquelle on déverse, — par un courant continu. — une multitude de malheureux, — polonais ou russes, — appartenant à la noblesse, à l’armée, à la bourgeoisie, porteurs de noms honorés, souvent illustres, — mais coupables d’avoir rêvé la liberté, défendu leur foi et leur sol, — ou déplu au tzar.
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