SCHISME GREC
La question religieuse joue un rôle trop important dans le conllit oriental, sinon comme cause efficiente, du moins comme prétexte d’action, pour qu'on ne soit pas curieux de remonter aux causes de la séparation des Églises latine et grecque.
Cette scission date du neuvième siècle ; elle se produisit sous le règne de Michel lit, dit l’ Ivrogne. Bardas, oncle de l'empereur, ayant épousé sa belle-sœur, restée veuve, le patriarche de Constantinople, Ignace (saint Ignace), favorable à la suprématie de l’Église latine, attaqua ce mariage avec violence. L'empereur, irrité, l’exila dans une île de la Propontide. — Photius, neveu de Bardas, ancien ambassadeur en Perse, et premier secrétaire de l’empereur, — que son savoir avait rendu célèbre, et dont le dévouement à l’Église grecque (Hait connu, fut, bien que laïque, porté au patriarcat de Constantinople en 857, après avoir reçu tous les ordres en six jours.
Cette substitution donna lieu à une vive querelle.
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Le pape Nicolas I*' se déclara pour Ignace el anathémaiisa Pholius.
De son côté, Pliotius assembla un concile des évêques d’Orient (858), qui excommunia le pape et prononça sa déchéance.
Un autre concile œcuménique publia les chefs d'accusation de l’Église grecque contre l’Église latine. Le principal s’appliquait au dogme: — Que le Saint Esprit procède du Père et du Fils.
L’empereur Michel étant mort, Basile 1 er , son successeur, déposa Photrus et rétablit Ignace sur le siège pontifical. Ce dernier l’occupa jusqu’à sa mort (877.) Condamné par plusieurs conciles, Photius déclara une guerre ouverte à l’Église latine; on l’excommunia de nouveau, et ses livres furent brûlés.
Les entreprises des rois de France contre l’empire d’Orient contraignirent Basile à se montrer moins hostile à la faction grecque. La réaction alla jusqu’au rétablissement de Photius sur le siège pontifical. Dans un concile detrois-cent quatre-vingts évêques, qu’il présida, en qualité de chef de l’Église grecque, — indépendante de 1 Église latine, — on confirma la profession de foi, conforme au symbole de Nieée et de Constantinople. L’anathème fut déversé sur ceux qui en retrancheraient ou y ajouteraient quelque chose, — ce qui impliquait la condamnation de l’Église latine, qui avait inséré dans ce symbole : — Filioque, — pour marquer que le Saint Esprit procède du Père et du Fils.
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A l'avénement de Léon le Philosophe, fils de Basile, Photius fut déposé. Il mourut en exil, dans un couvent d’Arménie, en 891 .
Ses écrits furent publiés après sa mort par le patriarche Sisinnius.
Gerularius, archevêque de Constantinople, réalisa, au onzième siècle, la pensée devéloppée par Photius au neuvième. Il consomma, par la fermeture des églises catholiques, le schisme d’Orient.
L’excommunication dont Cerularius fut frappé par le pape Léon IX. en 1054, ne modifia point cet état de choses.
Des efforts, tendant à la réunion des deux communions, furent tentés à diverses reprises, et sans succès, par l’empereur Michel Poléologue, au treizième siècle.
En 1458, sous le règne de Vassili III, surnommé Temnoï (l 'aveugle), le concile de Florence, à l’instigation de l’empereur de Constantinople, reprit l’œuvre de conciliation, entreprise parMichel Paléologue. Isidore, métropolitain de Moscou, se rendit à ce concile, reçut du pape Eugène IV la pourpre romaine, le titre de légat a latere des Églises du Nord, et, à son retour à Moscou, proclama l’union dans la cathédrale Ouspenski, (1459). Mais ni le clergé russe, ni le grand prince ne voulurent sanctionner cette réconciliation. Isidore fut déposé, et renfermé dans le couvent de Tchoudoff, d’où il parvint à s’échapper quelques années plus tard, pour se rendre à Borne.
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Les malheurs dont l’Église grecque fut accablée au quinziéme siècle, la prise de Constantinople par Mahomet Il et la chute de l’empire chrétien n’éteignirent pas cette longue querelle; elle survécut et survit encore dans la séparation complète des deux Églises.
En s’isolant de l'Église romaine, le schisme grec n’avait emporté que la tradition : privé de l’esprit, desséché par les formes, il ne sut pas nourrir les peuples; il ne s'occupa ni de la raison, ni de la conscience de son troupeau; il n’eut ni théologie, ni prédication :son rôle fut pernicieux souvent, stérile toujours. Les vices de ses ministres déshonorèrent l’épiscopat. Nous empruntons à M. Golovine le fait suivant, qu’il a emprunté lui-même au Voyage d'Oléarius.
A Novvgorod, un prêtre, sortant du cabaret, s’approcha du logis de cet ambassadeur, et voulut donner la bénédiction aux strélitz de garde à la porte; mais, en levant la main et en faisant l’inclination, sa tête, chargée des fumées du vin, se trouva si pesante, qu’elle emporta le reste du corps. Le prêtre» roula dans la houe ; les strélitz le relevèrent avec respect, et ne laissèrent pas de recevoir cette bénédiction crottée comme une chose fort ordinaire.
Les Grecs font le signe de la croix de droite à gauche; leurs prières publiques sont (dus longues que celles des catholiques. — Ils observent quatre carêmes. En temps ordinaire, on n’officie qu’une fois dans les églises russes, deux fois les jours de fêle. Les images, la musique, les cloches en sont exclues.
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Toutefois, dans la forme de culte, comme dans le fond de la doctrine, — les différences entre les deux communions sont peu sensibles. — Elles ne motivaient nullement une séparation, et si les patriarches de Constantinople s’en servirent pour l’effectuer, c’est que leur ambition aspirait déjà au patriarcat universel.
L’Église grecque fut punie de son orgueilleuse défection par un abaissement horrible.
Ce cadavre, orné de barbes et de chasubles, qui ne savait que murmurer, d’une voix monotone, son éternel Gospodi pamiloni (Dieu, ayez pitié de nous), tomba sous la main de Pierre I", qui remplaça le patriarche de Moscou, — un homme qui jouait au lama, — par une confrérie de muets, appelée le Saint-Synode, et plaça, comme intermédiaire entre cette assemblée et le tzar, un officier de cavalerie.
Aujourd’hui cette malheureuse Église, — privée de foi, de dignité, d’onction, de force, de liberté, de prédication, — se pose ouvertement comme l’héritière de l’Eglise romaine, dont l’enseignement fut si longtemps l’honneur de l’esprit humain. Elle prétend réaliser l’unité catholique, que cette dernière a été impuissante à accomplir. Elle répète, à qui veut les entendre, ces paroles du maître : « Venez à moi, et je vous délivrerai. »
Le clergé russe, qui n’existe pas chez lui. veut régner chez les autres; qu'il commence d’abord par vivre!
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