‹ Le tzar Nicolas et la sainte RussieChapitre 35 sur 42 · LA RUSSIE JUGÉ& PAR DES RUSSES · texte numérisé non relu

LA RUSSIE JUGÉ& PAR DES RUSSES

Un n^voluiiohnaire russe, M. fiâkoufiine, a peint en

quelques iraits, avec la plume atiière du proscrit, 1 elat actuel de son pays. Celte esquisse, empreinte de passion et de colère, renferme néaiinioias des appréciations trèsjustes, contre lesquelles ne s'inscrira en faux aucun dos hommes qui connaissent la Russie officielle.

a Nous ^onimcÀ encore un peuple esclave, dit M. Bakounine; chez nous point de liberté, point de respect pour la dignité humaine. C'esl le despotisme hideux, sans frein dans ses caprices, sahsiiomes dans son action. — Nuls droits, nulle justice^ nuls recours contre Tarbitraire. Mous n'avons rien de ce qui constitue la dignit4' et Torgueil dés nations. — Il est impossible d'imaginer une position plus malheureuse et plU6 humilianie. A lextérionr, notre [xisitioii n'est pas môins déplorable. — Exécuteurs passifs d une p<'nsee qui nous est étrangère,

APPENDICE. m

<runc volonté qui est aussi contraire à nos intérêts qu'à

notre lionneur, nous sommes craints, haïs, j'allais dire méprisés, — car on nous regarde comme les ennemis di* la civilisation et de l'humanité. Nos maîtres se servent de

nos bras pour encliainer le monde et pour asservir les peuples, et chacun de leurs succès est une nouvelle honte ajoutée à notre histoire.

c Depuis 181e*), \ a-t-il uqe seule cause noble que nous ayons appuyée, uiie seule grande iniiiuité politique dont nous n'ayons été les instigateurs et les compliiet?

« On f-roit généralement, eu Kiirope, que nous formons avec notre gouvernement un tout indivisible } que nous nous sentons fort heureux sous le régime de Nicolas ; que lui et son système» oppresseur au dedans et envahisseur au dehors, sont l'expression parfaite de notre génie national.

« Il n'en est rien ; — non, le peuple russe ne se sent pas heureux; nous sommes gouvernés par une main étrangère, par un souverain d'origine allemande, qui ne comprendra jamais ni les besoins , ni le caractère du peuple russe, et dont le gouvernement, mélange singulier de brutalité mongole et de pédantisme prussien, exclut complètement rèlément national ; — de sorte que, privé de droits politiques, nous n'avons pas mémo cette liberté naturelle, patriarcale, pour ainsi dire, dont jouissent les peuples civilisés, et qui permet du moins à l'homme de reposer son cœur dans un m^ieu indigène, et de s abandonner pleinement aux ipstincts de sa race.

'âlU APPfiNPiOli/

. « AucuB mouveuieut ne nous esl permiâ ; il nous est presque défendu de vivre,* car toute vie implique une certaine indépendance, et nous ne sommes (]ue de^ Touages inanimés de cette monstrueuse machine d!oppression et de cuuquèle qu'un appelle Tempire russe. Aucune honte, aucune torture ne uous.est épargnée, et nous avons tous les malheurs de la Pologne, moins Thon* neur; l'honneur, du moins, pour tout ce qui eslgouver- ^ nemental, officiel et politique en Russie.

a Une nation faible, épuisée, pourrait avoir besoin de. mensonges pour soutenir les miséraUes restes d'une intelligence qui s'éteint : mais la Russie n'en est pas là. Dieu merci 1 La nature de ce peuple n'est corrompue qu'a la surface. Vigoureuse, puissante et^jeune, elle n*a qu'à renverser les obstacles dont on ose l'entourer, pour se manifester dans sa beauté primitive.

. ^ « \a\ Russie n'osl pas seuleuieiit niallioureuse, mais elle est mécontente aussi ^ elle est à bout de patience. Savez-vous ce qu'on se dit à Toreflle à la cour même de . Pétersbourg? — Savez-vous ce que pensent les intimes, les favoris, les mini>tres de l'empereur? ^ Que le régne de Nicolas est celui de Louis XV. Tout le monde pressent • « Terage, un orage profond, terrible 1

M Les affaires du pays vont horriblement mal; — c'est, unp complète anarchie avec les semblants de l'ordre. Sôusies dehors d*un formalisma hiérarchique excessivement ri^^oureux, se cachent des plaies hideuses. Notre * administvalion, notre justiice, nos finances, sont autant

do inensoilges ; — r'esl l'organisalion ci» grand, iukî orjganisalioli pour ainsi dire étudiée el savante, de Tini* quîté, (le la barbarie et du pillage, car tous les serviteurs du tzar, depuis ceux qui occupent les plus hautes fonctions, jusqu'aux plus petits employés de districts, ruinent, volent le pays, cominetlent les injustices les plus criantes, les plus détestables violences, sans la nH>indre honte, publiquement, au grand jour.

« L'empereur Nicolas se donne bien quelquefois les airs de vouloir arrêter les progrés de cette affreuse corruption ; mais comment supprimerait-il ce mal, dont la cause principale est en lui, — dans le principe de son gouvernement. Et voilà le secret de sa profonde impuissance pour le bien ! Rien ne lui réussit. — Toutes les réformes quMI entreprend sont è l'instant frappées de nullité. N'ayant pour fondement que les deux passions les plus viles du. cœur humain, la vénalité et la petir, — le pouvoir en Uus»ie s'affaiblit chaque jour par sa propre action ; il s'agite, il se démène, il change à chaque instant de projets et d'idées. Il entreprend beaucoup de choses à la fois; mais, seule, la puissance du mal ne. lui manque pas, et il en use largement. Étranger et hostile au pays, dans le pays même, il est marqué pour une chute prochaine. » ' •

l«e discours dont nous venons de donner la snli>iaiic(', ayant été communiqtié par le prince duc do — (nous ne citerons ''pas les noms, Hfiaii

nous pouvons aiQrmer qu'il s'agit de xleux personnes

consiilérableî», Tune Italienne , — celle qui lait les que^ilioDs, — Laulie Uusso, — celle qui fournit les réponses), cotte communication» dis-je, ayant (^te fiiito par le prince' au duc de ce dernier formula les ques-

tions suivantes, que nous publions avec les réponses, — comme un curieux appendice aux appréciations de Bakounine.

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