‹ Le tzar Nicolas et la sainte RussieChapitre 40 sur 42 · SECTES DISSIDENTES · texte numérisé non relu

SECTES DISSIDENTES

Ces sectes, ont une importance réelle, mais difficile à

constater, l'administration affectant de ne ()as la reconnaître, et les sectaires se montrant eux-mêmes fort

réservés sui' leurs doctrines et leur but. Le baron

de Uaxtkausen, — dans ses savantes études touchant la

vie intérieure et les institutions rurales de la Ru^e, —

a donné des reubeigneaient^ curieux sur ce schisme, — à nuances variées, — dont, le développement extraordinaire nienace i'Ki^lise ofûcielle, et, — par I figlise, — le pouvoir. Nous extrairons de ces documents et de ceux (jue nous avons [)orsonncllement recueillis, quelques données dignes de fixer Tatlentiou. Après l'essor du Slavisme, — formule politique et sociale de l'opposition, — nous ne savons rien de plus dangereux [kour le gouveroement russe, que le mouvement ascendant du schisme, qui en repré.-enlc la formule religieuse. Parmi les sectes dissidentes, — les unes sont d'origine

288 APPRiSMCE.

ancienne, — les autres d'origine moderne, — séparées,

d'ailleurs, de tendaûces et de vues, — el personniliant dans la croyance, celles-ci, le moscovitisme, celles-là, le

libéralisme.

Au nombre des sectes anciennes iigurenl les MoreUtschiki, les ScoptzK les Bogomiles, les SabomiUzy, ^ — (sur lesquels les détails nous manquent encore), ~ les Cbliêti, les Beuhwestniéy les Sabatmki, les Staro- . vievtù ou llaskolniks.

Les sectea, de loriiidtion récente, nous olïrent les Ma- Iakani et les Do(tcholm'%i :

Les JiorelsUiclUki s immolent, partielleateut ou en entier. Une fosse profonde est creusée par eux, dans lin lieu di'sert, et entourée de matières comhustibles. Ceux «les sectaires qui se vouent à ia mort s'y rendent processionnellcment, et s'y laissent brûler avec un courage stoïque. Les Morels^cliiki appellent ce saeriiicj le baptême de feu. Le fond de leur doctrine est inconnu.

« Si un mmbre voim porte au pcché, détacher^ le de voire corps, » Ces paix>les de T Évangile forment la base de. la doctrine des Scoptzi i< j<//mj«(^S'. Ces derniers paraissent être les continuateurs des Moutanintes et des Valésiens, dont parle saint Augustin.

Les Scoptzi révoquent eu doute la vérité des saiuté$ Kcritures ; ils prétendent que l'Évangile et la Bible/^nt été falsifiés. Le seul exemplaire véritable, encore e\i.stint, aurait été muré dans la coupole de l'église de Saint- Aii li ' du \Vasili-<Utroff, par ordre de Pierre 11^, leur

APPENDICE. m

chef suprême, et la plus récente émanation du Dieu fait bomme. Suivant eux, le Christ n est pas mort, et ne roouiTa jamais. Il pérégrine sur la terre, depuis dix-huit siècles, sous la forme d'un pur esprit, d un houime sans sexe. Cette forme est celle de Pierre 111. Ce prince n'a été ni empoisonné, ni étranglé, comme on le rapporte, danslepalaisdeBobscbak. LeiBorps, expo^àPétershourg, était celui d*un soldat, mis à sa place. Pierre III se sauva à Irkoutsk, où il est encore. — Touteiois, le moment de sa manifestation est proche. Elle aura lieu dans le Krem* lin de Moscou, — au son de la cloclie de la cathédrale de TAssomption. Les Scoptzi, ses vrais disciples, accourus de tous les points du globe, formeront son cortège, et entreront, ce jour-là, dans leur règne.

La plupart des vendeurs d'objets en or et en argent, et surtout les cliangeurs de Saint-Pt'tersbourg, de Moscou et d'Odessa, font partie de cette secte, qui compte plus de trente mille affiliés. Ils sont enclins au prosélytisme, et ne reculent devant aucuns sacrifices, même pécuniaires, pour 'conquërir des adeptes. Dans certains gou» vernements, on trouve des villages entiers eximpost^ de Scaphi mariés, et qui ne sont passés à l'état de purs <?«pn/6' qu'après la naissance d'un enfant. Le gouvernement exerce sur cette secte une surveillance active ; mais cofbme ses membres sont fort riches, la police met plus facilement la main sur leurs biens que sur leur per* * sonne.

Les Bogomile^ ont recueilli l'héritage des manichéens,

m. APPRNDtDB.

qui, au iMttvième siècle, se répaàdifènt de TAsie Mi-»

iieure en Thrace, dans l«^s vallées du mont Hémus. Au onzième siècle, ik prirent les noms de BesuUien» et i'Èùchêtes (efUhmimfêes). On les appeiàit, en Italie, où ils parurent vers Tau 1000, Passagini et Btdgares^ parce qu'ils étaient originaires de la* -Bu^^rie. Lés Bogàmiles se considèrent comme plus purs que les autres hommes. Leur cûlle parait repeser sur cette théologie :

« Deux royaumes éternels, gouvernés par deux forces, dont Tune supérieure a Tautre; dan». l'homme ddux natures, Tuneiplus élevée, l'autre -inférieure, dont la première, r-^ originairement plu6 puissante,' -^^a perdu son empire, dans le gâiéDafion, par la voliiptë t b - '

Cette doctrine est tirée du Zend-Avesta *. ■ ■

Les CldisU {fUigeUanU) se réunissent daûs àfis chambres, où ils sautent et dansent, en se frappant, jusqu'à ce qu'ils tombent de lassitude, Â.un certain jour de Tannée, après les évolutions ordinaires, les 'lumières s'éteignent tout à coup, et, alors, commence une scène, nommée par euxSvalniigrech {péché de la chute)^ et que la [»lume se refuse à décrire.

Upe secle, plus mystérieuse encore, estx^Ue des&^/o* westnié (muets). Ses membres font vœu de silence complet jusqu'à la lin de leurs jours. Aucune persécution -n'a po, jusqu'ici, les décider à Tenir^iidre. Sôus Catherine, un gouverneur de la Sibérie tenta, dans ce

' Livre sacré des i'atsù». '

Oigitized by

biit, (Plusieurs expériences cruelles. Il ordonna Ae les

obâtouiliei' sous la plante do? pied.s et do verser sui" leurs corps nus des gouttes d'huile |M>uàllante ; mai^ les Beuloivestnié etidurèrent ce suppUce sans proooncer une parole, ui proférer une plainte. Le .saint suaire est l'objet unique de leur culte. Ils s'absorba dans la-contemplatipn, clierclient et troaveul la joie dans l'extase. . Un juif de Nowgorod, nommé Zacliarie, lui, ^ d'après Kâramzine, — le fondateur do la secte des SabatJiiki, {eb^ervatewrs du mbbai), dont l'origine remonte au quinzième siècle. La loi de Moïse est, suivant eux, ta seule base véritable de la religion. Ils attendent un Bfessie, et rejettent la résurreêtioB. Leur nombre est considërablei; on les reiieontre surtout en Sibérie.

Ifi scliisme qui éclata au dix-septième siècle» dans le sein de VÉglise russe, a donné naissance aux Staroviertzi (vieiix croyants).

. La tfiaduction des saintes Écritures fut faite, au neuvième siècle, par Methodius et Cyrille. Les manuscrits de cette époque» d'une belle et correcte écriture, présentaient toutes les garanties d'exactitude. Mais la domination tartare jeta la perturbation dans l'Église; les moines en vinrent à ne plus comprendre même la langue ecclésiastique. Les liturgies se remplirent d'erreurs grossières, et les titres de la reli^n restèrent livrés aux fluctuations des opinions contiadicloires. Cet élal de choses dura jusqu'à la résurrection de l'unité politique, effectuée par les grands princes de Moscou. Les patriarches eurent mis-

Oigitized

m APPENDICE.

sion'de rétablir l'ancien rite, en purgeant le texte des fri-

sificalions introduites par Tignorance. Philarète, de la maison des Romanoff, commença la restauration des livres saints ; elle fût achevée par le patriarche Nicon.

Les hommes, servilement attachés à la tradition, et qui, faute de lumières, ne comprenaient ni la portée, ni l'uiilitédela réforme de Nicon, refusèrent de s'y soumettre; ils continuèrent à faire transcrire leurs manuscrits dans les couvents, en dehors de la Ihurgie ofRcielle. De là^ un schisme, que la persécution eiLercée par Pierre I** rendit plus opiniâtre, en lui donnant le caractère d*une opposition politique. Les concessions faites depuis à ces sectaires, — notamment sous le règne de Catherine II, — ne purent effacer cet antagonisme, ni lesrattacher à r Église officielle. En vain on poussa la tolérance jusqu'à leur donner le nom d'uni-croyants (Jiedinovertzi) ; ils persistèrent dans leur séparation, refusant d'accepter, pour leurs prêtres, Tordination des évêques orthodoxes.

Les Staroviertû reprësen^nt la pétrification du moseovitisme. Pour eux, Pierre I*', — l'homme des réformes, — est l'Antéchrist. Ils possèdent un certain degré d'instruction, et savent presque tous lire et écrire. Cette secte est nombreuse, puissante, et exerce sur le gouv.emement une influence directe. Â chaque innovation religieuse, à la mesure la plus insignifiante de po* litique intérieure, on se demande : « Qu'eu diront les Staroviertsi? » ' .

APPBNBICB. m

Lé siégjb principal de ces schismaiiqlies est en Crimée, sur rOaral, dans le goilvêmeinent de Çtaratoff éi pànni

les tribus cosaques.

La doctrine du Staroviertiismé i^eprésente Teutète^

ûieiu dupasse, Tamour servile de la tradition. Le schisme modéhie, au contraire, se distingue par un esprit (éminemment réformateur. Il tend à tout spîritualiser.

Les Malakani {mangeurs de lait) parurent, . pour la première fois» dans le gouvernement de Tambow, vers iâ moitié du siècle dernier. Cette association semble un rameau détaché du protestantisme. La signification qu'elle donne au mot église résulte de ces paroles du Christ : « là où deux au Irois se réuniront en mon notn^ je serai au milieu éC eux. »

Les Malakmi conservent la tradition des hauts faits d'un héros, né dana TOocident. Quand Napoléon pénétra an Russie, ils crurent voir en lui le lion de la vallée de Josaphat, venant détrôner le faux empereur. Us lui envoyèrent une députation vêtue de blanc. Ces étranges ambassadeurs traversèrent la petite Russie, et pénétrèrent jusqu en Pologne, où ils furent faits prisonniers, lin seul parvint à s'échapper, et Ton n'entendit plus parler des autres.

Les IkmehilboTTfiy dont Forigine est plus récente encore, se séparent, non-seulement de I église officielle, mais même de l'idée chrétienne. Leur doctrine forme un système de philosophie mystique, plein d'aperçus grandioses.

Oigitized

m APPENDICE.

« Dieu estiin clans la Trinité, disent-ils. Celte Trinitô ^si un être insondable pour l'esprit humain. Le Père est k lumière, le Fils la vie,, le Saint-Esprii l« repos. Le Père se révèle par la mémoire, le Fils par la raison, le Sainu-Esprit par la volonlé. i

Les Doîicliobor%i n'ont ni ('glise, ni culte, et acforeiit l'esprit. Le peuple les nomme francsHOMkÇons {Jarma" çon), illuoiÎDés. • *

Quand, dit M. tiaxtUausen, on considèie les idt^os fondam^Hales des sactes modernes, et qu'on en étudie la tendance intime, on se demande si elles ne donneront pas lieu à une translocmation de l'Église.

« Si l'Église orienlale ne-sort pas bienlAl de la* sphère mystique de ses formes, si elle ne développe pas sa théologie, et qu'elle tarde à donner au peuple le pain de I âme, elle sera entamée par les tendances spéculatives qui germent au fond.de ees hérésies, et en recevra de sérieuses atteintes. » * '

Le dernier mot du judicieux observateur, — à propos de ces seeles, t- est qu'elles eomlituent des 9êciéié9 secrètes en germe. C est ce que nous avons établi nousmême, en parlant du slavisme.

ff

APPEND1G£. m

(Page Ifii.)

LE PRINCE DRUCKI-LUBECKf.

Aîicif'ii ministre du royaume de Pologne , le prince Liibedii était devenu Russe, sans avoir 4:essé d'être Polo-

Dans sa conversation, on retrouvait un. homme aimable, bienveillant, enclin discussion, mais supportant de bonne grâce la controverse ; chercljant à produire de Teffet, sans faire pourtant à cette coquetterie de vieillard et d'homme d'esprit aucun sacriiice ; disant tout naturellement de ces mots qui se gravent dans la mémoire;' semant même^ de temps en temps, ses discours de sophismes, comme un jardinier habile entremêle de plantes vulgaires ses plus belles fleura^ atin d'enlever sa monotonie à la beauté même.

Le prince Lubecki, par la haute autorité de son esprit, dominait dans le conseil de Tempire, dont il faisait partie, toutes les questions <>conomiques. On vit le tzar, dans des discussions où les membres do «conseil étaient

unanimemeiit opposés à Topinion du prince Lubecki, . faire réviser, d'un bout à l'autre, l'aflaireoù cette divergence s'était produite. /

Uouime bon par-dessus tout, continent comme un saint, naïf comme un enfant, religieux comme un apdtre, pauvre comme les oiseaux du ciel, faisant, néanmoins, de sa misère deux parts distinctes, Tune pour sa famille, Tautre pour lesLâzares de ce monde; ayant, comme il le disait lui-mépic, pratiqué toute sa vie cette maxime d'un livre incomparable : — c iVe fais pas à anUrui ce que tu ne voudrais pas qxCon te fît à toi-même. »

Il fut mal jugé par ses compatriotes. Chose horrible ! rinjure lui vint de ceux qu'il aimait le plus. Son cœur battait d'amour pour la patrie : mais, victime de nombreuses déceptions, il avait cessé de croire à la possibilité politique d une Pologne indépendante. Il avait prononcé, dans son âme, ce mot abusivement prêté à Kosciuszko, finis Polonix, — mot cruel et que l'avenir ne ratifiera pas.

Le bon vieux prince, comme presque toutes les natures supérieures, avait son petit côté grotesque; il portait une redingote de ratine grise trés-ràpée, — se coiffait d'une vieille casquette,. et avait sans cesse à la bouche une pipe qui ne se vidait que pour se remplir. Il ne sortait jamais sans une provision de gros sous , obole quotidienne -de sa charité. Il ayait la manie des montres; ses tablettes étaient émaillées de chronomètres, et sa grande jouissance était de les comparer et de les régler.

Il mourut en 1846, à Pétersbourg. Aux dernières an-

APPVRBIGB. Wl

goisses, il opposa une résignation parfaite* Sa vieille sœur ayeugle (madame k eomtesse Sctpion) , — sa digne femme, Kczucho^ky» son ami, se tordaient les bras de désespoir. Le mourant les n^primanda doucement d'une douleur trop vive, pour être tout à fait chrétienne; il les bénit ensuite Fun après l'autre, posa ses mains sur leoteur de sa femme et demanda à voir sa petite-fille. Kozuchowky la lui présenta :

— i Ma chère enfant» lui dit-il, il faut bien vivre pour bien mourir. »

11 fit signe qu'on approchât le visage de l'enfant de ses lèvres.

Sa mort fut un baiser.

uiyiii,

m APPENDICE

tE FELD-^MARÉCHAL PRINCE PIERRE WOLKONSKY.

Le prince Pierre Wolkoii^kj ne sut pas maintenir, dans la vie privée, le haut caractère de dignité qui honora sa vie publique. Il vivait séparé dt^ sa femme, la princes2^e Sophie. Cette dernière avait été illégitimeinent remplacée .dans son intimité. Deux familles s'étaient, ainsi, élevées autour de lui. EUes se retrouvèrent à son lit de mort. Leur hostilité et leur désunion y provoquèrent les plus tristes scènes.

Dans un moment de bonne humeur, le tzar avait envoyé, à litre de récompense, au ministre de sa maison, un million de roubles (plua d'un million de francs). Affligé de la nature du présent, le prince Pierre manifesta rintention de n'en point faire usage et de le restituer à l'empereur. On s'attendait qu^un testament spécial du défunt consacrerait cette disposition. Ce document manqua ; la somme aussi. — I)'étrangea commentaires

APPENDICE. m

suivirait.' — Mm tt imnrfeDi do jeter uii voile sur cea détails. On les indique pour Tbislotre, — et on passe. Un fait notoire, c'est que les enfants légitimes du feld-iuaréchai Woikonsky se troorômit meiiie ricbes après sa niort

(lu'ils ne Favaient été de son vivant.

Les seuls devoirs, admis par le priuee Pierre, se ratta^ chaient à la position dont l'avait investi la Cf)nrianc(' du tzar, ku centre d une cour bassement vénale, il offrait le ph(ïnomène d*un dévouement désintéressé. Comme le comte Oiioff, son rival dans la faveur impériale, il professait la religion de robcissance. Il aurait tout donné à son maître, — siiul* Tlionneur. Le coiiUe Orloff, assuret^n, lai a tout donné, —.môme Thonneur. C'est .ce qui établissait, dans I oj^inion, la différence entre ces deux hommes* , . ^ . Nicolas appréciait ce zèle probe et pur. Il regretta «on QMnistrc. Un le vit, iiiimobile d eniutioii, à son chevet, pendant Tagonie. Le bruit courut même qu'il avait pleuré. Cette Jarnie, — si elle n'est point apocryphe, — tomba peot-Alre mcnns, il est vrai/ sur l'homme, que sùr rhumanité. La couche d'un mourant, — pour un tzar .surtout, — est une clinique morale terrible.

Le prince Pierre n*aimait pas ses enfants. Nous dou*^ tons (ju'il en fut aimé. Mais il ieur avait inoculé le respect qu'il inspirait à la nation tout entière. Son fils^ lev prince Grégoire, auquel nous adressâmes, à l'occasion de son deuil, des compliments de condoléance, y répondit par i3es lignes, que la vie publique de son illustre père avait

pleinemenl justifiées, et qui témoignent d'une lionural)le préoccupation philosophique : . .

Sainl-Pétersbourg, 20 octobre (2 novembre) 1852.

« Ma sœur * joint ses remercîments les plus sincères aux miens, pour le souvenir bienveillant et affectueux qui a dirigé votre plume. Cette sympathie acquiert un prix d'autant plus grand qu'elle nous vient d'un homme étranger à ce pays, mais dont la distinction d'esprit est bien faite pour' se rendre compte qu'un homme de la trempe du défunt prince Pierre a droit, par son dévouementà la chose publique, — à la reconnaissance des gens de cœur de tous les autres pays de l'Europe, dont le nôtre est une portion assez considérable. Plus on fera de progrès dans la reconnaissance de cette solidarité, que, jusqu'à ce jour, les échanges commerciaux ont été les premiers à comprendre, et plus on verra diminuer le triste antagonisme des races. » V • '

• Madame Alioe, mariée à M. Paul de Dournofl, — l'emmc supéncure à tous égards.

APPENUICE. 301

: ' •* li*ag© 245.) •

CONRAD RYLÉÏEF ET PAUL PESTEU

CoiHikI Ryléïéf conmeaça, comme Poucbkiner par des

poésies libérales, inai&ii ne s'arrêU pas, cuniiue lui, ou chemin ; il alli jusqu'au botti, et pajra son apostolat de. sa vie. Dans une pièce demeurée inédite, — a La confeu'êim de Naliva^o, b il avait prévu lui^^mème sa destinée, en ces termes :

a Je mourrai pour le pays qui m'a vu naitre; je te ms, je ]e sens, et c'est avec délices, ô mon père! que je bénis le sort qui nresl réservé, n

A sa sortie du corps des cadets, — il efttra dans Tarniée comme sous lieutenant, mais il abandonna bientôt la carrière militaire» pour les fonctions de secrétaire du tribunal criminel dé Saint-Pétersbourg. Dans e^fe position, comme dans la précédente, Hyléïef refusa de re* oevoir aucun traitement de TÉtat. De 4835 à 1825, il rédigea, en collaboration avci* son ami, Alexandre Bes-

m APPENDICE.

toujef S un aliuanach intitulé : t LéMle polaire. » —

(Severnaïa zve^da.)

Rylëief était une haute intelligence, un noble cœui*. Lerapf)ort oflieiel de la commission d'enquête luinnémc en fournit la preuve, la patriotisme ardent était Min unique mobile. Convaincu que rautocratie«V)p])osafit an il«'velopi>emenl normal delà nation russe, il s'était résolu à la cowbattre jusqu'à la mort. Hais il voulait la liberté, tollo qu'il Pavait rêvée enfant, telle qu'il Tavait chantée |)oëte, — pure de sang et de crimes. Les moyens violents lui étàient antîpdlhiqires; et il répudiait, de toutes les forces de sou àme généreuse, 1 assassinat, qui n'a jamais servi une cause, — même quand ie poignard fut dans la main de Brutus.

Ryléïef — grâce à sa fermeté de caraotère» et à sou, élévation d'esprit, — exerça une influlance prépondérante sur la société du Nord. ïuutefuis, il n'en eut pas la «direction ; elle fut remise au prince Serge Troubelskoî, — . nom célèbre pour avoir été en compélilioo avec celui des

* Alexandre Eestimjef fut. à la suite de rinaurr^ction de déoem^ lire, condamné à mort par la haute cour; man Tempereur commua

sa peine en celle des travaux forcés pendant vingt ans, et en un exil peiyctuel en Sibérie. Aprùs avoir pas>é ciii<( aiinces à I ikoust. il de- Mianda à servir, comme simple soldai, dans runnéc du Caucase, lit partie de la ganiiaon de Derbenl, ci (ui tau, en 1837, par les Tclierkesaèa. En i835, il avait publié, soaa le pseudonyme du Cosaque Mar-* linskt, un vofume dé NowtHlei, qui lui assure une place dbtingiitfe dans la liuérature de son pays. . ' « • :

Oigitized by

Romanoff, lors de réleetion liatioiiale de 1613, et sur

lequel l'Uétpïque dévouement d'une noble femme a jeté, de nos jours; un nouveau et impérissable lustre ^ '

Le prince Serge étak un homme instruit et animé «l'intentions patriotiques, mais faible, indécis, et certainement incapable de remplir le r6le qu*il avait en la présomption d'accepter.

Au jour du péril, il manqua à rinsurrection : elle l'attendit en vain sur la |)lace d'isaac. Tandis qu*elle périssait, noyée dans le sang, son chef, éperdu, se réfugiait à Tétat-major général , soit pour y constater un alibi, soit pour se faire absoudre par une défection. L'empereur lui fit grftce de la vie, — non delà Sibérie, ni des mines.

Peslel personnifiait la penser pratique et politique du mouvement, dont Ryléïef refurésentait la tendance abstraite et IHtératre.

Il fut élevé à Pétersbourg, dans le corps des pages. Il en sortit avec le grade d'enseigne. Lors de rinsurrection de décembre, il était colonel du régiment de Viatka. C'était un de ces fermes esprits, qui s*aBsignrat un.but, y marchent, — l'atteignent, — ou meurent.

La force d*expansion est le privilège des natures appelées & agir fortement suir les masses Pestel, en sa qua-

* La princeMe Tronbetskol, sur taqueUe M. de Ciutine, dans son beau livre, — £o iiiisif en 1839, — a éerift dct pages pleûlea de CQMif et d'mtfiliieweiit .

* H lui iloniié à un seul honiUK? de la roncunlrer tout entiôre dans sa vaste individualil/'. Gel bomme en i\i le lomiemeiU d iiiu' <;rnndeur

lité d'inUiateur, possédait quelques parcelles de cette mystérieuse puissaiee. A peine dans le mouvement, il le domine» — par droit de géDic. Les orgueils de position» les vanités de naissanee s*effacent devant lui sans murmure. II trace le p'au d'une Russie républicaine fédérative à ériger sur les ruines de Tautocratie, — et ce projet nouveau, impraticable peut-être, il le fait accepter des intelligences les plus saines, — les meilleures du parti, — Michel Orloff, Mourawief-Apostol, Bestoujef Humine, le prince Obolensks . Uyb'ïef lui-même, — contraint de subir cet ascendant» — renonce aux théories de monarchie constitutionnelle, dont, bien que démocrate» — iljugeait rappiicationopportune^ — et se rallie sans ré^ve aux idées de Pestel.

La mort d'Alexandre surprit les conjurés et la Russie. L'abstention,était impossible. Des révélations avaient été faites. Les fourreaux étaient découverts ; il fallut tirer les sabres.

La conjuration ne se trouva prête ni au Nord, ni au Midi. A. Pétersbourg, le prestige du nom de Constantin, invoqué par elle, pour entraîner les troupes, demeura impuissant devant l'indifférence du peuple et la fermeté du nouveau tzar. Elle avorta à Toultchine et à Moscou. Pesiël fut arrêté dans cette dernière ville. 11 ne manifesta

nn» rivale, n apprit par elle à fasciner, a convrincre, i entraîner, — à prendre le coyr d*abord, la folonlé après,, la ne énaaîté. « J*ai le d<m ë^ûtolfiMtir let kwnmm, dimiUil è 11 le d'Elbe, moît à iiMfiirf quHh

» éloignent de moiy iU perdent cette force, »

Oigitized by

APPENDICE. m

point d'émotion. — Sauves mon codel dit-il à Toreille

d'un ami.

Conduit à Pétersbourg, il fut, à la suite de Tenquôte officielle, condamné, par la haute Cour, a TécarteUement, avec Ryléïef, Mourawief-Apostol, Micliel Bestoujef et Pierre kakofski. ^ Tous ces homme» avaient porté Tépée. Ils demandaient à mourir en soldai* On leur refusa cette grâce. Nicolas remplaça, il es( vrai, récartellement par la pendaison; mais il n'accomplit pas ce triste acte de cléuieuce sans dédouunageaient. Au moment où il modifiait, contre les principaux .chels dit muuvtnnent, ra|)plicati()n de leur peine, sans en changer la nature, — il aggravait, par uu acte effrayant d'omni-; potence, le châtiment d'up autre condamné, le liantenant Tsébrikof.

Ce fait inouï eut Timportance d'une révélation. Il donna la mesure du respect du nouvel empereur pour la lot. Depuis lors, le droit d'immixtion de Tautocratie, dans le couTs régulier des affaires judiciaires, exista en principe. La nation n'eut plus une seule garantie, bile cessa d'être courerle, — même par les formes ordinaires de la juatice. De tous les reproches à adresser au tzar, celui-ci est l'un des plus graves, — des plus justes. En ôtani à la loi son prestige, il a ravi sa sanction à la moralité publique; il a rendu la corruption, — contre laquelle il proteste officiellement, — plus profonde et, pour ainsi dfre, invétérée. Nous pourrions citer, à ce sujet, des laits saisissants, — des faits qu'on croirait à peine! tiais comme ils

m APPENDICE.

s'appliquent à des individualités, encore placées sous le cott(> ides mesures d'arbiimve et de violence qui les oot frnpp(*es. nous craindrions, en les mentionnant, d'aggraver des positions déjà trop pénîUes I

Les eendannés de «Mcembre subirent tour sup{>Uee avec courage, f.a strangulation réussit pour Pestel et Kakofski. Elle échoua pour Ryfaiïef, Hoonmief-Apestol et Iksh)ujef-Runiine. La corde ayant glissé sur les capuéhons dont leurs télés étaient couvertes» ils tombèrent, sous la potence, pèle-môle avec la trappe et les escabeaux. Tous trois furent blessés. Rylâief remonta les de- * grêfi d'un pas ferme, et sa dernière parole fut, comme I ai dit, un anathéme contre ce pays où Ton ne savait ni juger, ni conspirer, ni pendre.

Le code de Pestel, trop avancé pour le temps où il fui • écrit, — « renfermait, néanmoins, ^ un sentimenl profond et vrai des besoins et des droits du peuple russe. Les idées émises dans ce document, — que la commission d*enqaète s'efforça de ridiculiser, sans en amoindrir rimportance, — ont survécu à leur auteur. Nou^» le* retrouvons dans la théorie actnelle du slavisme nationaL

Malheur! — mais honneur, — à ceux qui arrivent trop U)t 1

Page 1