VI. STATISTIQUE ET FABRICATION DE LA PATE A PAPIER-BOIS
La production et la consommation du papier s'élèvent aujourd'hui à un chiffre colossal qui va chaque année en grandissant. — .
On évalue à 950 millions de kilos le pîipier de toutes sortes qu'on fabrique annuellement dans le monde entier. ~
Les chiffons ne suffisant plus, on a introduit, entre autres matières, le bois dans la fabrication de cet important produit.
En 4878, la Nopwègo seule a fabriqué 19 inillions de kilos de pulpe de bois qui représentent une valeur de 1.800,000 francs.
Pour fabriqiker la pâte à papier-bois, on prend un bois tendre, comme le pin et le sapin; on le scie en tablettes minces d'un demi-pouce d'épaisseur et de six à douze pouces de longueur Les morceaux plus grands et plus petits peuvent servir, mais plus les morceaux sont petits et plus Topération marche rapidement ; une grosseur a peu près uniforme est préférable.
Les morceaux de bois ainsi débités sont mis dans une chaudière cylindrique, à axe horizontal, qui tourne lentement pendant l'opération.
Dans une chaudière voisine, on prépare une solution de soude caustique marquant environ 20 degrés ; cette solution est introduite dans la chaudière contenant le bois, au moyen d'un tuyau spécial. On ferme ensuite hermétiquement la chaudière, et, au moyen d'une pompe, le liquide est complètement injecté dans tous les pores du bois.
Une pression de 34,500 kilos pas mètre carré, pendant une demi-heure environ, suffit si les morceaux de bois ont environ un demi-pouce d'épaisseur. Lorsque les morceaux de bois ont été bien imbibés, le liquide qui n'est pas entré dans les .pores du bois est écoulé hors du lessiveur
pêur un nouvel usage et repompé dans la cuve à lessive, puisqu'il n'a pas été affaibli.
Le lessiveup est pourvu d'une double enveloppe, et quand l'excès de lessive a été enlevé, on fait arriver la vapeur entre les deux enveloppes. La température du bois se trouve ainsi portée à environ 149 degrés centigrades; le chauffage dure deux heures. A l'expiration de ce temps, les parties filamenteuses du bois pourront être séparées facilement par un lavage.
L'opération du lavage peut se faire dans une pile laveuse ordinaire, et elle est poursuivie jusqu'à ce que l'eau s'écoule parfaitement limpide. La demi-pâle qui en résulte peut ensuite être convertie en pâte pour la fabrication du papier, et cette conversion peu^e faire avant ou après le blanchiment, suivant la qualité ou la couleur du papier à produire.
On évalue à 100 millions de kilos de papier la production annuelle de l'industrie nationale. Le quart de ce poids, soit de 25 millions de kilos est dû à la pâte de bois produite par 100,000 stères ; mais 16 millions seulement proviennent des usines françaises qui emploient à cet effet 60 millions de stères de bois. Le surplus, soit neuf millions de kilos valant 2.500,000francs est importé par la Suède, la Suisse, l'Allemagne et la Belgique.
Pour la fabrication de la pâte à papier, les
essences les plus recherchées sont le pin sylvestre, le tremble, le sapin, l'épicéa et enfin le bouleau,
Le stère de pin en rondins de 0°^,06 à 0",18 de diamètre se paye de 10 à 11 fr. rendu à Tusine, tandis que le tremble vaut 17 fr. le stère en moyenne, et produit 2S0 kilos de pâte mécanique.
Les 100 kilos de pâte sèche de tremble, première qualité, reviennent à 18 fr. et ils se vendent rendus à l'usine, 30 fr. environ. Les autres pâtes coûtent 2 fr. de moins par 100 kilos.
Suivant la nature du papier, on emploie une proportion variable de pâte chimique.
Pour le papier écolier, elle y entre dans la proportion de 20,25 p. O/q. ^
Pour le papier bulle, dans la proportion de 19,50.
Pour le papier journal, de 40,50 p. O/q.
Si nous ajoutons que les 100 kilos de pâte de chiffons valent plus de 150 fr., on pourra se rendre compte de l'économie réalisée par cette substitution.
Dans la papeterie de Saint-Girons, le sapin entre selon la proportion de 40 à 70 p. 0/0 dans la fabrication de la pâte à papier.
N B. — Un important perfectionnement dans la fabrication de la cellulose vient d'être récemment inventé.
On emploie la réaction au bisulfite de chaux sur les fibres végétales soumises préalablement à l'action de la vapeur d'eau.
Le bois est d'abord écorcé et coupé en rondelles de 4 à 8 centimètres et introduit dans une chaudière munie de tous les accessoires pour permettre l'introduction de la vapeur et du liquide.
Lorsque le bois a été étuvé, on introduit la dissolution de sel calcaire et l'ont fait bouillir. On maintient la température à plus de 108° tant que les sels introduits répandent des odeurs sulfureuses.
Les substances qui entourent la cellulose se dissolvent et la cellulose reste en suspension dans le liquide.
Le liquide qui tient en suspension la cellulose contient du tannin, de la gomme, de l'acide acétique et de l'acide sulfureux, que l'on peut employer comme matière à tanner pour fabriquer le vinaigre et d'où l'on peut extraire la gomme.
Le résidu insoluble dans la chaudière est la cellulose accompagnée des nœuds du bois qui n'ont point subi de modification, mais qu'il est facile de séparer mécaniquement.
Ce procédé donne un rendement de cellulose inconnu jusqu'à ce jour. L'Epicéa par exemple donne plus de 66 0/0 de cellulose qu'un léger blanchissement au chlorure de chaux permet d'employer immédiatement à la fabrication du papier.