CHAPITRE VI
-^ Voici donc la chambre qui a été si longtemps fermée! dit Aminé en y entrant le lendemain matin long-temps avant que Philippe fut éveillé;, car les veilles et les fatigues de la nuit précédente lui avaient procuré un sommeil long et profond. Elle jeta un coup d'œil autour d'elle et en examina l'ameublement. Ses yeux se portèrent d'abord sur les deux cages. — Pauvres petites créatures! dit-elle, Et c'est ici que son père apparut à sa mère ! — Cela est-il possible? — Et pourquoi non ? Si Philippe mourait , je serais charmée que son esprit m'apparût — Que dis-je ! lèvres imprudentes , voulez-vous trahir mon secret? — La tal)le renversée, — un boîte à ouvrage sur le plancher, et tout ce qui s'y trouvait, épars de côté et d'autre :
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— c'est l'ouvrage de la peur, — de la peur d'une femme, — une souris a pu occasionner tout cela. — Et pourtant il y a quelque chose de solennel dans la seule idée que cette table soit restée ainsi renversée pendant tant d'années , — que pendant tant d'années pas un être viîf^nt n'ait passé le seuil de cette porte. Voilà -qui n'est pas naturel et qui exerce de l'influence sur l'imagination, — Mais il faut que je remette de l'ordre dans cette chambre, car elle sera occupée à présent.
Aminé, qui était habituée à faire chez son père tout l'ouvrage intérieur de la maison , se mit en besogne sur le-champ. Elleprit un balai , fit tomber toutes les toiles d'araignée qui tapissaient la chambre, la balaya, nettoya les cadres et les verres des estampes, mit chaque meidjie à sa place , et emporta hors de l'appartement les deux cages, la boîte à ouvrage et le morceau de moussehne brodée; car elle savait que les plus fortes impressions s'affaiblissent quand on écarte des yeux les objets qui peuvent les rappeler, et elle voulait tâcher de rétablir le calme dans l'esprit de Philippe , aynnt résolu , avec
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toute l'ardeur du sang de sa race, de s'emparer du cœur de celui auquel elle avait déjà donné le sien. Ayant trouvé sur la table les clefs des deux buffets, elle les ouvrit, en nettoya les vitres, et elle frottait les objets d'argenterie qui s'y trouvaient, cjuand son père entra dans l'appartement.
— Merci du ciel! s'écria-t-il ; tout cela est-il d'argent? — Il a donc dit la vérité, il faut qu'il ait des milliers de guilders; mais où sont-ils?
— Ne vous en inquiétez pas, mon père; les vôtres sont en sûreté , et vous avez à en remercier Philippe Vanderdecken.
— Sans doute, sans doute. — Mais il paraît qu'il va vivre avec nous. — Mange-t-il beaucoup? combien me paiera-t-il? Il doit bien payer, puisqu'il a tant d'argent.
Les lèvres d'Aminé ne purent retenir un sourire de mépris , mais elle ne répondit rien.
— Je voudrais savoir où il garde son argent. — Et il va se mettre en mer dès qu'il pourra trouver un navire ! — Qui aura soin de son argent pendanl son absence?
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— Je m'en chargerai , mon père.
— Oh ! — oui , — fort bien , — nous nous en chargerons. — Le bâtiment peut faire naufrage.
— Non pas nous^ mon père ; c'est 772o« qui en serai chargée. C'est assez pour vous de prendre soin de votre argent.
Aminé remit toutes les pièces d'argenterie dans les buffets , en ferma les portes , mit les clefs dans sa poche , et sortit pour aller préparer le déjeuner.
Philippe descendit enfin , et, en passant devant cette chambre dont la porte était restée ouverte, il vit mynheer Poots debout devant le buffet , et semblant dévorer des yeux les objets précieux qui y étaient enfermés. Il fut aussi surpris que charmé du changement qui s'était opéré dans cette chambre , et il devina qui en était l'auteur. Aminé arriva , apportant le déjeuner, et leurs yeux se parlèrent plus éloquemment que leurs lèvres n'auraient pu le faire. Philippe se mit à déjeuner, et son front parut moins soucieux.
— Eh bien, mynheer Phihppe, dit Poots,
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VOUS allez donc nous quitter pour aller sur mer ? — 11 est agréable de voir des pays étrangers; cela vaut beaucoup mieux que de rester chez soi. — Quand partez -vous ?
— Je pars ce soir pour Amsterdam, afin de chercher un navire pour les Indes ; mais j'espère revenir avant de mettre à la voile.
— Ah ! vous reviendrez ! — Sans doute ; il faut que vous fassiez l'inventaire de votre mobilier, et que vous comptiez votre argent. Nous en aurons grand soin. — Mais où est votre argent ?
— J'en informerai votre fille avant de partir. — Vous pouvez m'attendre dans quinze jours au plus tard.
— Mon père, dit Aminé, vous avez promis d'aller voir la fille du bourgmestre ; il est temps d'y aller.
— J'irai, j'irai, — tout à l'heure, — rien ne presse. Mynheer Philippe doit avoir bien des choses à me dire avant son départ.
Philippe ne put s'empêcher de sourire en se rappelant ce qui s'était passé entre lui et le petit docteur quand il était allé le chercher pour donner des secours à sa mère^ et
ce souvenir lui inspira des idées mélancoliques.
Aminé, qui voyait ce qui se passait dans l'esprit de son père et dans celui de Philippe, apporta à mynheer Poots son chapeau ; et le prenant doucement par le bras, elle le conduisit jusqu'à la porte de la maison. Le docteur était habitué à céder à toutes les volontés de sa fille, et il fut obligé de s'en aller, quoique évidemment contre son inclination.
— Vous nous quittez sitôt, Philippe? dit Aminé en rentrant.
— Oui, Aminé, il le faut. Mais j'espère bien vous revoir avant de quitter ce pays. Dans tous les c:is , je vais vous donner mes instructions. — Donnez-moi les clefs.
Philippe ouvrit le buffet placé le plus loin de la fenêtre, et le coffre qui se trouvait dans le bas.
— Voici mon argent. Aminé ; vous voyez que j'ai pu dire avec vérité que j'avais des milliers de guilders. A présent, ils me sont inutiles, car il faut que j'apprenne la profession de marin. Mais si je reviens, j'en emploierai une partie à aclieterun navn^e.
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— Et si vous ne reveniez pas? demanda Aminé d'un ton grave.
— En ce cas , cet argent est à vous , ainsi que cette maison et tout ce qui s'y trouve.
— N'avez- vous donc pas de parents, Philippe ?
— Je n'en ai qu'un , — un oncle, qui est riche , qui n'a pas d'enfants, et qui ne nous a que bien peu aidés dans notre détresse. Je ne lui dois que bien peu de chose , et il n'a besoin de rien. Il n'y a dans le monde qu'un seul être qui a fait naître de l'intérêt dans mon cœur, et c'est vous, Aminé. — Je désire que vous me regardiez ci:/mme un frère, et je vous aimerai toujours comme ma sœur.
Aminé ne fit aucune réponse. Philippe prit, dans le sac qu'il avait déjà ouvert, quelque argent pour les dépenses de son voyage , et fermant ensuite le buffet et la caisse, il en remit les clefs à Aminé. Il ouvrait la bouche pour lui parler, quand on frappa légèrement à la porte, et il vit entrer le père Seysen.
— Que Dieu vous protège, mon fils , — et vous aussi, ma fille, quoique je ne vous aie
jamais vue. Je présume que vous êtes la fille de mynheer Poots?
Aminé le salua en faisant une inclination de tète.
— Je vois que cette chambre est ouverte à présent, Philippe, et j'ai appris tout ce qui s'est passé. — Mais j'ai à te parler, Philippe , et il faut que je prie cette jeune fille de nous laisser seuls quelques instants.
Aminé sortit sur-le-champ, et le père Seysen, s'asseyant sur le canapé, fit signe à Philippe de s'asseoir à côté de lui. La conversation qu'ils eurent ensuite fut trop longue pour que nous puissions la rapporter. Le prêtre fit d'abord à Philippe différentes questions relatives au secret de celui-ci; mais il ne put en obtenir les informations qu'il désirait, et Philippe ne voulut lui dire que ce qu'il avait dit à Aminé. Il lui apprit aussi son intention défaire un voyage dans les Indes, et lui dit que, s'il n'en revenait point , il avait légué tout ce qui lui appartenait à la fille du docteur. Le bon père lui demanda s'il savait quelle religion professait mynheer Poots ; car le bruit courait
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qu'il n'en avait aucune, et on ne le voyait jamais à l'église. Philippe lui répondit avec sa franchise ordinaire, ajouta qu'Aminé désirait recevoir des instructions religieuses , et le pria de lui en donner. Le père Seysen y consentit volontiers , et en ce moment leur conversation , qui avait duré près de deux heures, fut interrompue par le retour du petit docteur; mais dès qu'il aperçut le digne prêtre, il tourna sur ses talons et sortit de la chambre. Philippe appela Aminé , et lui ayant demandé, comme une faveur, de recevoir les visites du père Seysen , le digne vieillard leur donna sa bénédiction à tous deux , et se retira.
— Vous ne lui avez pas donné d'argent, j'espère, mynheer Philippe? dit Pools, qui rentra dès que le père Seysen fut sorti.
— Non, et je suis fâché de ne pas y avoir pensé.
— Tant mieux! — La plus petite pièce d'argent vaut mieux que tout ce qu'il peut vous dire. — Mais il ne faut pas qu'il vienne
— Et pourquoi n'y viendrait-il pas si Phi-
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lippe le désire, mon père? — Cette maison est à lui.
— Oh! si mynheer Philippe le désire, cela change l'affaire; mais vous savez qu'il va partir.
— Ce n'est pas une raison pour qu'il n'y vienne plus, mon père; il viendra me voir.
— > Vous voir, ma fille ! quelle affaire peutil avoir avec vous ? — Mais à la bonne heure, qu'il vienne. Quand il verra que je ne lui donne pas un seul stiver, il cessera bientôt ses visites.
Philippe ne trouva pas l'occasion d'avoir une autre conversation avec Aminé , et dans le fait il n'avait rien de plus à lui dire. Une heure après, il lui fit ses adieux en présence de mynheer Poots, qui ne voulut pas les quitter un seul instant , espérant toujours que Philippe dirait quelque chose relativement à l'argent qu'il laissait chez lui ; mais cet espoir fut trompé.
Philippe arriva en deux jours à Amsterdam, y fit les enquêtes nécessaires, et apprit qu'aucun bâtiment ne mettrait à la voile
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pour les Indes-Orieiitalcs avant quelques mois. I! y avait déjà long-temps (juela Compagnie hollandaise des Indes-Orientales s'était formée , et elle avait mis fin à tout conimeice particulier. Les vaisseaux de la Compagnie ne partaient qu'à l'époque qu'on regardait comme la plus favorable pour doubler le cap des Tempêtes , nom que les premiers aventuriers avaient donné au cap qui porta ensuite celui de Bonne-Espérance. Un des navires qui devaient faire partie de la flotte, /e TerSchi7li//g,\[i[ssea.u à trois ponts, était dans le port, complètement dégréé.
Philippe alla trouver le capitaine, et lui dit qu'il désirait partir sur son bord pour apprendre la profession de marin. Comme il ne demandait aucune paie, et quil offrait au contraire de payer une prime d'apprentissage, le capitaine consentit volontiers à sa demande, et lui promit sa table, et une cabine semblable à celle du second lieutenant. Il l'assura qu'il ne manquerait pas de le faire avertir quand il serait prêt à mettre à la voile, et Philippe, ne pouvant rien faire de plus, quant à présent, puia- i'accomplisse- I. 8
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ment de son vœu, retourna chez lui, et se trouva de nouveau près d'Aminé.
Nous laisserons deux mois s'écouler. Pendant ce temps, mynheer Poots , qui remplissait avec zèle les devoirs laborieux, mais lucratifs , de sa profession , était rarement chez lui , si ce n'est aux heures des repas, et nos deux jeunes gens se trouvaient presque toujours tête à tête. Leur amour mutuel augmentait chaque jour. C'était plus que de l'amour; c'était un dévouement ardent et complet. Rien ne pouvait être plus attrayant, plus séduisant , que la magnanime et tendre Aminé. Elle ne songeait pas à faire un secret de son attachement ; il se montrait dans tous ses discours , dans tous ses regards , dans tous ses gestes. Quelquefois le front de Philippe se chargeait d'un sombre nuage, quand il songeait à la perspective incertaine qu'il avait sous les yeux; mais un sourire d'Amine suffisait pour y rappeler la sérénité. Si Philippe lui prenait la main , s'il y imprimait un baiser, s'il lui passait unbras autour de la taille, elle n'affectait pas les airs d'une prude. Elle était trop franche et trop con-
fiante pour dissimuler ; elle sentait que son bonheur dépendait de l'amour de Philippe, et elle ne cherchait pas à le lui cacher.
Deux mois s'étaient passés ainsi, quand le père Seysen , qui venait souvent donner des instructions religieuses à Aminé, arriva un jour tandis que Philippe lui pressait une main dans la sienne, et avait un bras passé autour de sa taille.
— Mes enfants, dit-ii, je vous ai surveillés depuis quelque temps. — Cela n'est pas bien , — cela est dangereux. — Si, comme j'aime à le croire , vous avez le mariage en vue, Philippe, il faut que je joigne vos mains.
Philippe tressaillit.
— Me serais-je trompé, mon fils? demanda le prêtre d'un ton sévère.
— Non, mon bon père; mais n'insistez pas pour que je vous réponde en ce moment. Il faut que je parle à Aminé. Quand vous reviendrez demain , tout sera décidé.
Le prêtre se retira, et Aminé se trouva seule avec Philippe. Ses joues se couvrirent d'un coloris plus vif, et son cœur battit plus
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ranitienieiit ; car elle sentit que l'instant qui devait décider de son bonheur était arrivé.
— Le bon père a raison, Aminé: cela ne peut durer. Que ne puis-je toujours rester près de vous! Que mon sort est cruel! Vous savez que j'aime jusqu'à la trace que vos pas laissent sur la terre; et pourtant je n'ose vous demander de m'épouser. — Ce serait un acte d'éiîoïsme ; — ce sei'ait vous demander d'épouser le malheur.
— Non , Philippe, ce ne serait pas épouser le malheur. — Mais je vais vous parler franchement. Je ne sais comment les hommes aiment, mais je sais comment je puis aimer. — Si vous me quittiez à présent, ce serait un acte, non seulement d'égoïsme, mais de cruauté; car j'en mourrais, Philippe; oui, j'en mourrais, — Vous dites qu'il faut que vous partiez ; que votre destin, votre fatal secret, vous en font un devoir. Soit! — Mais ne puis-je donc partir avec vous ?
— Partir avec moi. Aminé! Pour aller, où? — à la mort peut-être.
— Oui, à la mort ! — Qu'est-ce que la mort? la fin de tous les maux. — Je ne
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crains pas la mort; je ne crains que de vous perdre, Philippe. D'ailleurs votre vie n'estelle pas entre les mains de celui qui a tout créé? Vous m'avez donné à entendre que vous avez été choisi pour accomplir une tâche. Pourquoi donc seriez-vous si sûr de mourir ? Vous devez du moins vivre jusqu'à ce que cette tâche soit accomplie. Je voudrais savoir votre secret, Philippe. L'esprit d'une femme pourrait peut-être vous servir; et quand il ne vous servirait pas, n'y a t-il pas de la consolation à partager la peine, comme le plaisir, avec un être qu'on aime véritablement ?
— Aminé , ma chère Aminé ; c'est mon amour , mon amour ardent, qui me fait hésiter. Quel serait mon bonheur , si nous pouvions être unis en cet instant même!
— Je sais à peine que dire ou que faire. — Je ne pourrais vous cacher mon secret, si vous étiez ma femme; et je ne voudrais même pas vous épouser sans vous l'avoir appris.
— Eh bien. Aminé, vous allez le savoir; — vous allez apprendre à quel destin je suis condamné ; et vous déciderez vous-même
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ensuite. — Mais soiivenez-vons que mon vœu est enregistré clans le ciel, et qu'il ne faut pas m'engager à le violer. Si, après m'avoir entendu, vous consentez à épouser un homme aux yeux duquel l'avenir s'offre sous des couleurs si sombres....
— Votre secret, Philippe, votre secret!
s'écria Aminé avec impatience.
Philippe lui conta alors dans le plus grand détail tout ce que nos lecteurs savent déjà. Aminé i'écouta en silence , et l'expression de ses traits ne changea pas un instant pendant tout ce récit, qu'il termina en parlant du vœu qu'il avait feit.
— C'est une étrange histoire, Philippe, dit Aminé. A présent, écoutez-moi. — Mais d'abord , montrez-moi ce reliquaire , je veux le regarder. — Est-il possible qu'il y ait tant de vertu dans ce petit bijou? Pardonnez-moi, PhiHppe^mais cette histoire d'Eblis me laisse des doutes. — Songez que je ne suis pas encore bien ferme dans la nouvelle foi que le bon père et vous vous m'avez enseignée. Je ne dirai pas qu'il est impossible que cela soit vrai , mais il peut m'étre permis d'hési-
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ter à le croire. — A présent, Philippe, je vais supposer que tout ce qui est contenu clans votre récit soit luie vérité constante. En ce cas, indépendamment de votre serment, vous ne feriez que votre devoir en agissant comme vous vous le proposez. Et croyezvous qu'Aminé voulût vous en détourner?
Non, Philippe, non. Cherchez votre père, s'il a besoin de votre secours ; et sauvez-le, si vous le pouvez. — Mais vous imaginezvous qu'une tâche si difficile, si importante, puisse s'accomplir dès la première tentative? Oh , non ! Si le ciel vous a choisi pour la remplir, il vous protégera au milieu de tous les dangers; il vous permettra de venir revoir bien des fois une femme qui vous prodiguera des consolations et des preuves de tendresse; et si elle vous survit quand il plaira à Dieu de vous appeler à lui, votre souvenir et son amour vous survivront aussi dans son cœur. — Philippe , vous m'avez permis de décider : — je suis à vous, mon cher Philippe.
Aminé lui tendit les bras, et Philippe la serra contre son cœur. Dans la soirée, il de-
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manda à inyiîLcer Poots la main de sa fille; et quand il eut ouvert sa caisse en sa présence , et cju'il lui eut fait voir ses sacs de guiiders , le petit docteur la lui accorda avec beaucoup de joie.
Le père Seysen vint le lendemain matin , et fut informé de tout ce qui s'était passé. — Trois jours après, le carillon joyeux de toutes les cloches de l'église de Terneuse annoncèrent le mariage d'Aminé Poots et de Philippe Vanderdecken.
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