‹ Le vampire, melodrame en trois actes, avec un prologueChapitre 2 sur 34 · acte , par MM. Théanlon et Capelle s 5e · texte numérisé non relu

acte , par MM. Théanlon et Capelle s 5e

( L’ouverture a exprimé une tempête. )

lever de la toile , le ciel est obscur, et tous les objets eonfus. Il s'éclaircit peu à peu. La scène se passe dtns une grotte basaltique , dont les longs prismes se terminent ' à angles inégaux vers le ciel. Le ceintre est découvert. L' enceinte de la grotte est semée de tombeaux de forme diverses, des colonnes, des pjrramides, des cubes d’un travail brut et grossier. Sur une tombe de l'avant-scene , on voit une jeune fille couchée, et plongée dans le plus profond sommeil. Sa tête est appuyée sur un de Ses bras , et recouverte de son voile et de ses cheveux.)

( Du côté opposé, est assis Oscar j il se lève et parcourt le théâtre avec inquiétude. )

{La lumière s'est augmentée progressivement. L’ange de la lune , en robe blanche flottante, s’adresse à Oscar.)

iTumicL.

Que vois-je? est-ce toi, mon cher Oscar; toi , le génie protecteur des mariages, dans ces lieux redoutables que je crains moi-même d’éclairer!... Oui, de toutes les scènes lugubres de la nuit, dont l’astre que je conduis sert à dissiper l’borreur, il n’en est point qui m’eiïraie autant que l’approche des grottes de Stafla. Quand les premiers rayons de la lune se brisent sur la neige éblouissante des sommets de la Calédonie, je frissonne malgré moi, et l’aspect de ces tombeaux me saisit d’une horreur que je n’ai pu m’expliquer encore.

OtCAB. I

Grâces te soient rendues, Iluriel, ton arrivée me con> sole et me rassure; mais a'i-je besoin de le dire quel soin m’a conduit ici ; laisse tomber un de tes regards sur ce tombeau. . .

. ITURIEL.

Que vois-je? une jeune 611e endormie, en ces lieux où tout respire l’inquiétude et la terreur!

OSCAR

Tu n’en connais pas encore tous les secrets. Cette jeune '61Ie est miss Âubraj, la plus belle et la plus riche héritière de l’Ecosse. Elle doit épouser demain le comte de Marsden , qui possède sur le continent de l’Ecosse des terres, vastes et silperbes, et qui est connu dans toute l’Europe qu’il vient de parcourir, par l’éclat de son esprit et la perfection dè ses qualités.

ITURir.L.

Quel hasard étrange l’a égarée dans ces solitudes?. . .

OSCAR

Lecomte de Marsden n’est attendu* que deroaiu. Miss Aubray suivait la chasse de son frère , quand s’est élevé l’orage terrible que tes premiers rayons ont eu tant de peine à dissiper.

iTOnicr,.

' * C’est donc toi qui l’a sauvée ; ah ! je te reconnais à ce soin ; mais que faisais-tu au milieu des glaces de Staffa?...

OSCAR

Aucun endroit de la terre ne liscrail mon attention avant celui-ci, quand 11 s’agit d’un mariage, et que l’innocente liancte g ignorant les malheurs qui lui sont réservés, es prête à tomber des bras de l’amour dans ceux de la mort.

ITURIEL.

Ex])1ique-toi ... Serait-il vrai que d’horribles fantômes viennent quelquefois , sous l’apparence des droits de

l’hymen, égorger une vierge 4.imide , et s’abreuver de son •àng ? ^

OSCAR

Ces monstres s’appellent les Vampires. Une puissance , dont il ne nous est pas permis de scruter les arrêts irrévocables , a permis que certaines âmes funestes , dévouées à des t}urmens que leurs crimes se sont attirés sur la terre , jouissent de ce droit épouvantable qu’elles exei*cent de préférence sur la couche virginale et sur le berceau. Tantôt elles y descendent, formidables, avec la figure hideuse que la mort leur a donnée. Tantôt, plus privilégiées , parce que leur carrière est plus courte et leur avenir plus eSrajant, elles obtiennent de revêtir des formes perdues dans la tombe , et de reparaître la lumière des vivans sous l’aspect du corps qu’elles ont animé.

ITUntEL.

Kt cette jeune infortunée était poursuivie, sans doute?

OSCAR

Les ombres errantes des Vampires, éparsesdans les nuages du soir , avaient grossi de leurs clameurs le tumulte de l’orage. Quelques voix insidieuses , jetées d’intervalle eu intervalle, avaient égaré ses pas vers la grotte de Slaffa ; elle s’y précipitait pour chcreher un asile contre la tempête , quand le hasard fit tomber mes yeux sur elle du haut des régions célestes. Je la suivis pour la sauver.

' ITURIEL.

Et ces montres ont-ils paru ?

OSCAR

La première heure du matin les réveille dans leurs sépultures; une fois que le re||^iissemcnt du coup sonore a expiré dans tous les échos Je la montagne, ils retombent immobiles dans leur demeure éternelle. Mais il en est un parmi eux, sur lequel mon pouvoir plus borné... que disje! la destinée elle-même ne revient jamais sur ses arrêts.

Après aroir porté la désolatioa dans TÎngt pays dÎTcrs , toujours vaincu , toujours vivant , toujours plus altéré du cang quj conserve son effroyable existence... Dans trentesix heures, à la première heure de la soirée^ il doit enfin subir le néant , peine légitime d’une suite incalculable de forfaits , s’il ne peut d’ici là y joindre un forfait de plus, et compter encore une victime.

ITUniEl,.

Le néant !

oscsn.

Le plus sévère des châtimens infligés par le grand esprit. Et comme son avenir est sans ressources, il a toutes les ressources du présent. Il peut prendre toutes les formes, emprunter tous les langages, user de toutes les séductions. Rien ne lui manque des apparences de la vie ; mais la mort, qui n’abandonne jamais sa proie tout entière, a imprimé sa trace sur son visage, et même cet indice repoussant se dérobe encore aux yeux qu’il a intérêt de tromper.

ITUBIEL.

Ilclas! qu’espères-tu? Notre pouvoir est limité, et les domaines de la mort sont sacrés pour nous.

OSCAR

Ils ne sont pas fermés à la justice divine. Puisqu’un terme était marqué aux crimes du Vampire , pourquoi ne serait-ce pas à moi d’en arrêter le cours? Quels que soient les devoirs qui m’appèlent ailleurs, ne t’étonne pas de me retrouver encore deux fois en Calédonie.

ITÜRIEL.

Hélas ! puisses-tu réussir dans tes projets... Mais qu'entends-je ! Ton entretien m’a retenu loug-tems au-dessus de ces grottes.

( On entend sonner une heure au timbre argentin d’une

mioche éhignée. Le tam-tam la répète d’écho en écho par gradation. ) <

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