‹ Le vampire, melodrame en trois actes, avec un prologueChapitre 8 sur 34 · MAI.V1^A · texte numérisé non relu

MAI.V1^A

11 est vrai 5 je ne sais quel trouble m’agite, mais en vérité je n’oserais t’en confier le sujet , je crains de te paraître ridicule; celte inquiétude vague que j’éprouve est le fruit, je crois, d’un songe.

BRIGITTE

D’un songe, que dites-vous ! Ah ! Ic'ciel permet quelque-

fois... (se reprenant) Ali ! Miss, après l’éducation que TOUS avez reçue , un pareil sujet peut-il vous troubler ! . .

( avec curiosité ) Ce songe était donc bien effrayant ?

MALVINA. ' '

Effrayant! oui, liorrlble même; hier soir, égarée dans la forêt, mes pas incertains me conduisirent vers cette grotte fameuse, à laquelle le vulgaire attache, dit-on, des traditions mystérieuses. Le tonnerre grondait. . .à la lueur des éclairs, j’aperçois près de moi l’entrée de la grotte •, je m’y réfugie pour éviter l’orage, que tout annonçait devoir être passager. J’étais accablée de fatigue, et l’obscurité était complète : je m’eudors au bruit du vent |qui sifQait dans ces cavernes, et de la pluie qui frappait sur les feuilles de la forêt. Tout-à-coup il me parut que la grotte s’était éclairée , il me semblait que j’en distinguais les cavités les plus profondes, moi qui n’ai pénétré de ma vie sous ces voûtes. J’admirais ces colonnades mûltipliéos, ces formes irrégulières et gigantesques , lorsqii’en laissant tomber mes regards autour de moi , je vis les pierres qui composent le sol, se soulever comme d’elles-mêmes.

srioittk.

Âh ! grand Dieu !

MALVINA. r

Des fantômes livides sortaient de ces tombes entr’ouvertes. L’un d'eux se dirigea vers moi; un frisson me saisit, mais une puissance invincible me tenait immobile, et mes yeux mêmes ne pouvaient se détourner de la terrible apparition. Je l’envisageai . . . ô surprise ! Je vis les traits d’un' jeune homme. . . seulement il était pâle et paraissait souffrant scs., yeux, fixés sur moi avec l’expression la plus touchante, semblaient me demander du secours. Plus il s’approchait de moi, plus la crainte que j’avais éprouvée diminuait 5 mais lorsqu’il fut tout près, lorsque sou visage sembla presque toucher le mien, ô terreur! essyeux, devenus caves, brillèrent d’un éclat extraordinaire ; sa figure se décomposa, tous ses traits se reiivcr-

iG

sèrent arec des convulsions horribles. . . je me cru» destinéé à être la proie d’un monstre dévorant !...

eniGiTTE. '

Est-ce possible ?

MALVINA

Dans cet aiTreux moment, une puissance inconnue sembla arracher de moi le fantôme *, il rentra dans la terre en poussant des cris plaialifs: je m’éveillai.. . ma respiration était presque étouffée. . . j’étais couverte d’une sueur froide. . . l’orage avait cessé; la lune éclairait l’entrée de la grotte, je m’élançai au dehors. . . encore eifrajrée, je cherchais à reconnaître ma route, lorsqu’un vieillard se rencontra devant moi, et me conduisit jusqu’à l’avenue. Là je trouvai mon frère, et je rentrai avec lui au château.

BnlGlTTB.

Yoilà un rêve bien affreux, j’en suis toute tremblante! Mais... . vous avez tort de vous effrayer de cela.

^ maltina.

Que veus-tu dire ?

Br.IOlTTK.

Oui... vous trou vaut seule, de nuit. .. Ah! Dieu ! des fantômes. . .;Il ne faut pas ajouter foi à tout ce qu’on raconte, c’est pour faire peur aux enfans... Ah! si j’avais été là... j’en frémis encore!.. Non, n’y pensez plus... ce sont les histoires que vous avez entendues. . .cela explique tout .. ^

' MALVINA

Cependant il est des circonstances que je cherche en vain à m’expliquer. Kc m’as tu pas dit que tu avais visité cette grotte depuis notre arrivée?

BRIGITTE

Sans doute, j’en ai parcouru tous les détours.

MALVINA

Dans l’enfoncement , à droite , sons une espèce de Dôme, existe-t-il ^un rocher noir et pyramidal, qui ressemble à un Mausolée?

BfllOlTTB.

Oui, c’esl ce qu’on nomme le tombeau tle Fingalj mais se trouve dans la partie la jilus obscure, et on ne peut le distinguer qu’à la lueur des ilambeaùx.

MALTINA.

Eh bien ! je l’ai vu cette nuit. C’est de là qu’esi sorti le fam *ôme qui n>’a tant effravée dans mou lève.

BRIGITTE

Voilà qui est bien extraordinaire. Ah! ma chère maîtresse ! . . mais voici votre frère, Miss. . . éloignez toutes ces idées. . . ce sont des visions! caohez-lui surtout le sujet qui nous occupe. . .un rêve. . .fi donc!. . .

MALVINA

Ab : je me suis bien gardée de lui en parler, il est si grand ennemi de ce qu’il appelle. des superstitions, que je n’ai pas voulu m’exposer à ses railleries.

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* SCEINE IV.

AUBRAT, MALVINA.

.4UBBEV.

Eh bien! ma sœur, êtes- vous remise entièrement?. . quoi! déjà parée; je vous sais gré de cette promptitude ; elle est d’un heureux augure! Brigitte,, allez, dire qVon place un homme sur ledoujon, et qu’on vienne m’avertir aussitôt que le Comte paraîtra. ( sort.) Celte journée, ma chère

Malvina, doit piéparer votre bonheur. Mais vous paraissez tristô: est-ce ainsi que vous comptez recevoir votre époux?

/ MALVINA

Ah ! mon frère ! le portrait qu’on nous a fait de Marsden , de ses qualités , de ses vertus , a suffi, sans doute, pour nous prévenir eu sa faveur; mais plus l’instant approche et plus

Vampi’-e, C

Je sens accroître mon inquiétude. Mon cLcr Aubraj, n'ou« blicz pas que mon sort vous fut couGé, n’allez pas liscjucr de me rendre malheureuse.

■ aübpay.

Malvina, votre inquiétude est mal fondée ; jamais^ vous le savez', je n’ai prétendu forcer votre inclination. Toutme fait desirer celle alliance *, mais le comte de Marsden ne vient ici que pour vous ‘obtenir de vous-même, et s’il u’a pas le bonheur de 'vous plaire..- •

MALVIKA.

Je ne dis pas cela, mon frère; mais vous qui souhaites qu’il devienne mon époux, vous ne le connaissez pas personnellement.

AUBRAY

. Il est vrai , mais s’il ressemble à son frère, qui fut mon meilleur ami, il n’aura pas de peine à toucher votre cœur. Sun frère était l’homme le plus séduisant! ... On ne pouvait se défendre de l’aimer . . . Malheureux Rutwen !

Toutes les fuis que vous prononcez ce non^ vous vous attendrissez.

AUBRAY

Hélas ’ puis-je ne pas regretter éternellement ce mortel généreux! ce modèle d’amitié? ignorez-vous, ma sœur, tout ce que je lui dois?

• * SfALVINA.

Vous m’avez ditqu’il avait sauvé vosjour.s, et cette raison, sans doute, est cause que mon cœur s’émeut chaque fois que vous me parlez de lui ; mais êtes-vous bien sûr qu’il u’existe plus?

AOBBAY.

Ah! que ne puis- je conserver le moindre donte! 'mais hélas! cet événement fatal sera sans cesse présenta ma pen tée. A l’époque de mon dernier vojrage, je m’arrêtai quel-

♦jne tems à Athènes ; j’y rencontrai lord Rulwen : enlhou-’ siaste , ainsi que moi , des beautés de la nature et des raonu« mens des arts, U devint le compagnon de mes excursions et de nies plaisirs, r^ous nous liâmes bientôt de l’amitié la plus étroite -, plus je le connus et plus j’appréciai scs qualités e.xtraordiiiaires. Cet homme me parut avoir quelque chose de plus qu'humain. . ■ Je desirai, je l’avoue, que des'nœods étroits se formassent entre nous ; j’avais emporté votre portrait, il l’admira et fut le premier à me parler de celte alliance que je souhaitais : nous nous disposions à revenir en Ecosse pour consulter vos senlimens, lorsqu’un soir, ô dé-: ploraLle souvenir! Rutwen était allé à la campagne pour . <

assister, je crois, aux noces d’une jeune fille que ses bienfaits , avaient dotée en secret; je m’étais retulu vers la nuit avec des domestiques à trois milles d’Athènes, pour attendre mon ami. , Après un long retard, il arrive en désordre; fuyons, me dit- . il, ces lieux sont infestés de brigands, je viens d’étre poursuivi. A peine a-t-il prononcé ces mots, que nous sommes assaillis ; mes domestiques mettent en fuite deux assassins, le dernier nous attaque avec furie. Je me trouve désarmé , il se prccipi te sur moi. Rutwen me couvre de son corps cl tombe percé d’un coup mortel Le brigand disparaît, je me jette sur le corp.s. de mon ami expirant, il me dit en me serrant la main, j’ai sauvé tes jours, je meurs content; je n’emporte qu’ua regret, c’est celui de n’avoir pasle titre de tou frère... infortuné Rutwen! tu devais donc périr ainsi , à la fleur de ton âge, si loin de ta patrie, et rester prive de sépulture! ’

MVLVINA.

Quoi ! vous ne lui avez pas rendu les honneurs funèbres?

-lüBlIAY.

Une circonstance extraordinaire m’enipccfha d’accomplir ce dernier devoir. Couché à terre près de mon malheureux ami, je baignais son visage de mes larmes , lorsqu’il me dit d’une voix aflaiblie : tout secours' m’est inutile, ne t’expose pas en restant seul près de moi, au, danger d’une nouvelle

attaque 5 hâtc-toi de t'éloigner ^ puis , cousidéranl la Innt qui allait se lever derrière les nuages, il ajouta : tourne- moi vérs l’astre de la nuit, que je jouisse énamourant de cette dernière vue ! 3e le déposai avec effort sur un tertre voisin, à peine l’j cus-jc placé qu’il expira. Je m’éloignai pour réu' nir mes serviteurs , je passai une heure nies chercher, uou* revînmes pour le prendre , son corps n’^' étais plus.

11 n’j' était ^lus ! , ,

At;n RAY.

Seulement quelques brins d’bcrhe foulée et rougie de sang, me firent reconnaître la place ou je l’avais laissé- 3'e présumai que les assassins avaient enlevé le cadavre pour détruire le témoin de leur crime. Pondant deux mois, je

fis. des recherches infructueuses. Enfin je quittai la Grèce, et j’appris que lord Marsden ; était à Venise, je lui écrivis et je lui envo v^ii tout cequi .avait appartenu à son m.Ylhcureux frère. Parmi ces objets se trouva votre portrait ; épris à son tour de vos charmes-, il se proposa de remplacer Rutwen ; cette alliance ne saurait que nous honorer, lord Marsdeu

est, m’a-t-on dit, un des seigneurs les plus favorisés à la cour de notre Monarque.

MALVINA

.Que Rutwen ne vit-il encore, mon frère, il me semble que ce qu’il a fait pour vous me disposerait déjà en sa faveur-

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