‹ Le vandalisme révolutionnaireChapitre 61 sur 76 · BUREAU DES LONGITUDES · texte numérisé non relu

BUREAU DES LONGITUDES

Enfin le 25 juin 1765 (7 messidor an III), Grégoire, au nom des comités de marine, des finances et de l'instruction publique, proposa la création du Bureau des longitudes.

Outre les intérêts généraux de la science, il fit valoir les intérêts de la marine militaire etmarcliaude auxquels « il faut, dit-il, donner des règles suivies et applicables dans toutes les circonstances ; la nécessité de vulgariser les données de la météorologie, science si utile à l'agriculture; le perfectionnement des lunettes et des télescopes, etc. Le bureau des longitudes, qui aura dans sa dépendance l'observatoire de Paris, servii'a ainsi la science dans les applications les plus hautes comme les ])lus vulgaires. Il publiera tous les ans un annuaire.» Il termina en demandant l'urgence : « N'ajournons jias, dit-il, indéfiniment les moyens propres à hâter le bonheur de la race humaine ; vous léguerez ce dépôt aux générations qui nous suivront, et qui nous jugeront, »

(1) Julien Turgan, les Dalloiiti, hintuire tic la locomotion aérienne, p. 185.

Les conclusions du rapport sont adoptées sur-le-champ, et la Convention nomme, comme membres du bureau des longitudes, deux géomètres, Lagrange et Laplace ; quatre astronomes, Lalaude, Cassini, Mécliin et Dclambre; deux navigateurs, Borda et Bougainville ; enfin un géogranlie, Buaclie,

Je n'ai pas à m'occuper ici des divers progrès que les sciences ont accomplis pendant la Révolution. On en trouvera le glorieux inventaire dans les rapports célèbres présentés par G. Cuvier et Delambreà Napoléon en 1808. Je ne dois mentionner que les inventions nouvelles, où se fait sentir l'action immédiate et féconde du gouvernement conventionnel.

Je ne puis mieux faire que de laisser la parole à M.Biot(l).

« Il fallait armer neuf cent mille hommes, et, ce qui était plus difficile, il fallait persuader la possibilité de ce prodige à un peuple méfiant, toujours prêt à crier à la trahison. Pour cela, les anciennes manufactures n'avaient rien ; plusieurs, situées sur les frontières, étaient envahies par l'ennemi. On (2) les recréa partout avec une activité jusqu'alors inconnue. Des savants furent chargés de décrire et de simplifier leurs procédés ; la fonte des cloches donna tout le cuivre nécessaire. L'acier manquait, on n'en pouvait tirer du dehors, l'art de le faire était

(1) Histoire des sciences, pendant la Révolution.

(2) On, c'est-à-dire la Convention, que M. Biot, en .1803, évite de nommer. Sous le Consulat, ce souvenir commençait déjà à offenser la pudeur des gens bien pensants et bien posés.

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iiiiioré : on demanda aux savants de le créer, Ils v parvinrent ; et cette partie delà défense puMique devint indépendante de l'étranger.

« Les I)osoins do la guerre avaient faii seutii'do lu manière la plus pressante la nécessité (l'avoir une l)onii(' topograithie, et l'insuffisance des cartes (|ii(' Tnii possédait. Mieux instruit par l'expérience, on rapiu-ia aux armées les ingénieurs géographes <jue l'Assemlilée constituante avait supprimés...

« On eut également la sagesse de conserver à leurs l'onrtions les élévesetles ingénieurs des ti'avaux i'ivils((ni se trouvaient dans l'âge de la réquisition. Quelque liesoin que l'on eût de défenseurs, on sentait qu'il faut dix ans d'étude pour faire un ingénieur, tandis (jue la .santé et le courage sulliseiit pour créer un soldat. Crtte époque offre des exemples ile prudenee et d'hnbileté (jue l'on n'a pas toujours imitt's dans des temps plus tran<iuilles.

« La poudre était ce qui manquait le plus : le soldat allait en manquer. Les arsenaux étaient vides. On assembla la régie pour savoir ce qu'elle pourrait faire. Elle déclara que les produits annuels s'élevaient à trois millions de livres, qu'ils avaient pour base du salpêtre tiré de l'Inde, que des encouragements pouvaient les porter à cinq millions, mais qu'on ne devait rien espérer de l)lus. Lorsque les membres du comité de salut public annoncèrent aux administrateurs qu'il fallait fabriquer dix-sept millions de poudre dans l'espace de quelques mois, ceux-ci restèrent interdits : « Si vous y parvenez, « dirent-ils , vous avez des moyens ({uc nous ignore rons. »

« C'était cependant la seule vole desalut. 0/nie pouvait songer au salpêtre de l'Inde, puisque la mer était fermée. Les savants offrirent d'extraire tout du sol de la République. Une réquisition générale appela à ce travail l'universalité des citoyens. Une instruction courte et simple.

répandue avec une inonneevaljle activité, lit d'un art diifi(,'ile une pratique vulgaire... (1). Toutes les demeures des hommes et des animaux furent fouillées.

« Les résultats de ce grand mouvement eussent été inutiles, si les sciences ne les eussent secondés par de nouveaux efforts. Le salpêtre brut n'est pas propre à faire de la ]ioudi'e ; il es( mêlé de sels et de terre qui le rendent humide et diminuent son activité. Les procédés employés pour le purifier demandaient heaucoup de temps. Laseule '•onsiruction des moulins à poudre eût exigé plusieurs mois : avant ce terme la France était suhjugée. La chimie inventa des moyens nouveaux pour raffiner et sécher le salpêtre en quelques jours. On suppléa aux moulins en faisant tourner par des hommes des tonneaux où le charhon, le soufre et le salpêtre, pulvérisés, étaient mêlés avec des boules de cuivre. Par ce moyen la poudre se lit en douze heures. Ainsi se vérifia cette assertion hardie d'un membre du comité do salut public : « On montrera la terre salpétrée, et cinq jours après on en chai'gera le canon (2).»

(1) Voyez le Pro(jramme des Cours révolutionnaires, faits par los citoyens Giiyton de Morveaii, Fourcroy, Dulburny, Bertliollet,

■('arny, Pliivinet Monge, Ilassenfratt/. et Perricr (siii- la labrication (ii's sal|)ètros, îles poudres et des canons), an II. Il se comiiose do (luator/.e leçons.

(2) Page 48 et suivantes. Une note ajoute ceei : ■< Les moyens d'avoir du fer, de l'acier, du salpêtre, de la poudre et des aruies, avaient été créés |)endant la Terreur. Voici, au eonimenceuieat, de la troisième année <le la Kcpuldiipie, les résultats de ce grand mouvement. » (Je les résume.)

En neuf mois, VI millions de salpêtre extraits du sol de la France. — Autrefois on en retirait à peine 1 million en une année;

Quinze fonderies pour les canons de l>run/e, au Himi de deux: plus trente fonrleries pour les canons de fer, au lieu de i[uatrc;

Vingt manufa<;tures d'armes blanches, au lieu d'ime;

L'art do renouveler les lumières des canons découvert et porté aussitôt à une perfection qui permet de l'exercer au milieu des camps ;

Moyens simplifiés de fabriquer le savon ; — de faire les crayons dits Conté) ; la méthode de tanner en ((uelques jours les cuirs (pii exigeaient ordinairement plusieurs années de préparation, etc.

M. Bint ne voit dans tout cela que les services rendus par la science à la Révolution; mais ce qu'il oublie de remarquer, c'est que la Révolution ait eu cette originaliié de savoir employer la science, et, eu l'employant, de lui donner l'occasion de grandir et de multiplier ses applications.

Quel que soit le point liistori(jue que l'on touche, quand il s'agit de la Révolution, on est invariablement condamné à noter, dans la façon dont s'est écrite cette histoire, deux points parfaitement distincts : 1** ce (ju'on ne dit point ; 2*^ ce qu'on répète avec acharnement.

Ce qu'on ne dit point, c'est le bien; ce qu'on répète, c'est le mal ; c'est du moins ce (ju'à tort ou à raison on croit de nature à nuire à la Révolution.

Par exemple, on dira qu'à partir de 171)2, le Jounuddcs savants cessa de paraître, et l'on gémira sur les ténèbres dont l'éclipsé momentanée du vieux journal couvrit la France.

Il faut bien convenir pouiHant que ((uelques phares assez lumineux furent allumés dans cette nuit qu'on nous dit si profonde.

Je ne parle pas seulement des pul)lications appartenant à la presse libre et dues à l'initiative intelligente et dévouée de quelques citoyens, (elles que les divers journaux relatifs aux beaux-arts ; la Feuille villageoise, curieux recueil, destiné à répandre dans les campagnes une instruction variée, dont plus d'un homme éclairé pourrait encore faire son prolit;etla IWade philosophiijue, vcxuc excellente, la doyenne de nos revues, et à bien des égards digne de leur servir de modèle. Le premier nu

méro est du 10 floréal an II (21) avril 1791). Elle fut supprimée sous l'Empire.

Je parle simplement de la presse du gouvernement.

Et je n'entends point par lace qu'on désigne sous ce nom dans les listes de fonds secrets du ministère de l'intérieur, publiées jadis (en 1848) par la Revue rétrospective de M. Tascliereau ; je n'entends pas non plus par là le Moniteur^ cet organe infaillible, mais contradictoire, dos divers gouvernements quise sont succédé depuis le Consulat jusqu'à nos jours. Le Moniteur n'est devenu un organe officiel que depuis le mois de nivôse an VIII; c'est-à-dire que sa grandeur ne date que de la décadence forcée de la presse libre, aux premiers mois qui suivirent le coup d'état de brumaire.

Cela ne veut pas dire que la Convention n'eût pas aussi sa presse officielle ; seulement, elle n'était pas politique. Comme assemblée politique , la Convention n'entendait être défendue que par ses actes, consignés dans l'intègre recueil qu'elle fonda en l'an II, le Bulletin des Lois. Mais en fait de presse officielle, elle ne comprit que celle qui devait populariser les découvertes de la science.

A chacune de ses fondations scientifiques, elle avait attaché un journal destiné à en multiplier les enseignements. C'est ainsi que les Écoles normale, polytechnique, des mines, l'École de Mars(l), etc., eurent chacune leur

(1) Le premier caliier de l'École jjolytechnicjiie est de germinal an 111. — Le programm" des cours faits aux élèves oe l'Ecole tie Mars (in-4°, vingt-<iuatre leçons], est de la même année. On peut joindre à cet inventaire de la presse scientifique les (juatorze leçons sur la fabrication de la poudre et des canons, dont j"ai parlé plus haut, et le Journul (mensuel) d'agricuVure et de prospérité publique, publié par les membres du comité central du ministère de l'intérieur (chatiue numéro forme une brochure d'une ciniiuantaine de pages environ). Je donne ici ces indications bibliographiques, ([ui peut-être ne seront pas inutiles ; car je lis cette note dans \ii Dibliograpttie de lu Presse, ouvrage fort savant d'ailleurs, par M. Hatin (p. 560), au sujet du Journal de l'École ?ion»)a(c ;« J'ai trouvé à la bililiothé(iue de Neuchàtel des Séances des Écoles normales, recueillies |)ar des sténographes et revues par

publicilé étendue à l'infini par une feuille qui reproduisait leurs leçons. Quant au Bureau des longitudes, l'article'.» de son rèiilemcnt (an III) l'obligeait à rédiger cluKjue année un A/imiairc.

Cet enseml)le de feuilles si)écialos, rédigées ])ar des hommes éminents, et distribuées avec une liljéralilé qu'on ne s'est |)as piqué depuis d'imiter, peut consoler à la rigueur (le rinicrrcgne du Journal des .saranls, (jui ne l'eparut (railleurs (|u'en IHIG.

Icn prtjlesscdr.s. Ans ]11-I\', 9 voldincs in-S". » J'aiirai.'s cm, je l'avod'', fine |)our faire cette trouvaille il n'était pas nécessaire d'aller si loin.

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