LE FLÉAU
Si le mauvais entretien de Paris nous cause des ennuis et même des dommages, ils sont bien peu de chose en comparaison de ceux que nous inflige l'intensité, si mal canalisée, de la circulation. J'aime à examiner les figures que font les humbles passants au moment qu'ils voudraient traverser une rue ou que, tassés comme des naufragés sur recueil d'un étroit refuge, ils guettent une éclaircie qui leur permette de se risquer sur la chaussée. Certes les femmes convoyant plusieurs petits enfants sont particulièrement émouvantes : c'est l'effarement, souvent le désespoir. Elles regardent autour d'elles avec des yeux comme doivent en avoir les biches quand sonne l'hallali et les trompes insolentes n'ajoutent que trop à l'illusion de la scène. Quant aux autres piétons, il y en a quelques-uns aussi d'effarés, d'autres manifestent de la colère, mais la plupart sont résignés et comme abrutis. Seuls, les tout jeunes gens ne sont pas trop mal à l'aise au milieu du tohu-bohu, et cela pourrait faire croire que, dans une trentaine d'années, si le mal ne