‹ Le vase magiqueChapitre 9 sur 100 · LE LYCÉEN · texte numérisé non relu

LE LYCÉEN

au néant. Que veut-on de plus ? Je dois dire, en philosophe impartial, qu'il me semble bien avoir rencontré au lycée, de mon temps, de tels cancres, mais ils étaient moins nombreux ; ils étaient même rares et les autres les raillaient. Il n'y a pas de doute et la qualité de certaines réponses le prouve, c'est là un résultat de l'importance donnée à la culture physique. A force d'entendre parler sports et records, les enfants ont fini par croire que c'est là la substance de la vie. Ils veulent, dès maintenant, ressembler à leurs parents qui n'ont plus d'autres sujets de conversation. Quand au café-concert, c'est un des produits de Paris les plus estimés : nul étonnement à ce que des petits Parisiens s'en délectent, ne fût-ce qu'en imagination. C'est vraiment sur l'instruction des petits bourgeois et aussi des moyens et même des grands que je voudrais qu'on fît une telle enquête. On en entendrait de belles ! On dirait qu'il n'y a dans le monde qu'une certaine quantité de spiritualité et qu'à vouloir l'étendre on diminue la part de chacun.

LA FAMILLE PANKHURST

Il faut reconnaître qu'elle est extraordinaire cette famille de suffragettes fanatiques. Il y a là des femmes qui se vouent à la torture avec une sérénité épouvantable. Cela me fait penser au mot de Proudhon : « Après les bourreaux, je ne connais rien de plus haïssable que les martyrs. » Pour cruel que soit le mot je ne suis pas loin de l'approuver. Il y a aussi celui de Cladel, qui va si bien aux circonstances présentes : « les martyrs ridicules. » Je puis bien admirer, mais non comprendre, ces premiers chrétiens qui se vouaient à la mort plutôt que de goûter à un filet de bœuf prélevé sur un animal offert en sacrifice, ou ces protestants qui se laissaient assommer plutôt que d'aller à la messe. La belle affaire ! Henri IV avait plus d'esprit. Les suffragettes imitent les premiers chrétiens. Mises en prison pour quelque méfait, injures, bris, tapage, voire incendie, elles refusent la nourriture que leur distribue l'Etat, mais, martyres ridicules, se débattent en vain contre la sonde qu'on leur enfonce dans le nez. Oh ! ces entêtements de femmes !

18 LA FAMILLE PANKHURST

Les bourreaux qui se mettent à quatre pour maintenir une jeune fille et la soumettre à une opération répugnante et douloureuse ne font pas sans doute une très jolie besogne, mais la jeune fille qui supporte cela volontairement n'est pas plus digne d'une admiration sans mélange que les fous notoires auxquels on en est réduit à infliger ce traitement. Et tout cela, pour obtenir quoi ? Le vote politique. Qu'elles regardent donc autour d'elles. Elles verront nombre d'hommes, probablement plus intelligents qu'elles-mêmes, qui sont pourvus du droit de vote et n'en usent jamais. Qu'elles en croient ces exemples. Le droit de vote est un plaisir sur lequel on se blase assez facilement, après avoir constaté qu'en politique, comme en d'autres matières, on n'obtient jamais ce que l'on veut, dès qu'on veut quelque chose qui diffère un peu de la volonté générale. Je connais même des gens qui, désabusés d'avance, ne votèrent jamais. Je ne les donne pas en exemple. Je constate leur existence, voilà tout. Quand la famille Pankhurst les découvrira, elle aura honte de son martyre.

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