LA PRISON DE VERRE
On a imaginé en Amérique de construire des prisons de verre, ou du moins dans lesquelles il y a des cellules de verre. Ainsi, le prisonnier ne peut pas faire un mouvement qui ne soit aussitôt saisi par un gardien. C'est le supplice le plus raffiné qu'on ait encore imaginé, peut-être, et il n'y a rien à dire, car il se présente sous les dehors de l'hygiène la plus stricte, donc de la philanthropie la plus pure. On a vanté de telles prisons pour leur confortable et pour leur propreté ; on a envié les malheureux astreints à ce régime de la transparence. J'estimerais, pour moi, que cela représente la pire torture. Une cage de verre ! Une cage où l'on est vu à chaque minute, où on ne peut pas se conquérir un instant, dérober son image à la curiosité d' autrui ! Je crois que, si elles étaient consultées, les pauvres victimes de la philanthropie préféreraient les antiques culs-de-basse-fosse, où du moins on était chez soi. Quand il n'y avait pas trop de rats et que la paille n'y était pas trop pourrie, ce devait être un séjour charmant, en comparaison de la cellule aux parois