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chez! sur des bouquins hors de mode, aux feuillets desquels ne demeure de toute synthèse qu'effacement et anachronisme, flotte la nuée de parfums qui n'a pas tonné. La cause: mainte dissertation et au bout je crains le hasard. Peut-être qu'un songe serein et par notre fantaisie fait en vue de soi seule, atteint aux poëmes: or le rythme le transportera au delà des jardins, des royaumes, des salles ; là où l'aile de péris et de djinns fondue en le climat ne laisse de tout évanouissement voir que pureté éparse et diamant, comme les étoiles à midi.
Un livre qui en plus d'un cas, son ironie d'abord peu dissimulée, tient à l'ancien ton et, par le sentiment et le spectacle vrais au roman évocatoire moderne, m'a quelquefois contenté : en tant que bien la transition ou comme produit original. Le manque de maint effort vers le type tout à l'heure entrevu ne m'obsède pas à la lecture de ces cent et quelques pages; dont plus d'une, outre la préoccupation double de parler avec esprit et sur tout à bon escient,
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révèle chez qui récrivit un besoin de se satisfaire l'imagination d'objets rares ou grandioses. Le millésime, tantôt séculaire, placé sous le titre reste à ce compte, pour Térudit, une date ; mais je voudrais auparavant séduire le rêveur.
L'histoire du Calife Vathek commence au faîte d'une tour d'où se lit le firmament, pour finir bas dans un souterrain enchanté ; tout le laps de tableaux graves ou riants et de prodiges séparant ces extrêmes. Architecture magistrale de la fable et son concept non moins beau ! Quelque chose de fatal ou comme d'inhérent à une loi hâte du pouvoir aux enfers la descente faitepar un prince, accompagné de son royaume; seul, au bord du précipice : il a voulu renier la religion d'Etat à laquelle se lasse l'omnipotence d'être conjointe du fait de l'universelle génuflexion, pour des pratiques de magie, alliées au désir insatiable. L'aventure des antiques dominations tient dans ce drame, où agissent trois personnages qui sont une mère perverse et chaste, proie d'ambitions et de rites, et une naturelle
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amante; en sa singularité seul digne de s'opposer au despote, hélas! un languide, précoce mari, lié par d'innocentes fiançailles. Ainsi répartie et entre de délicieux nains dévots, des goules puis d'autres figurants qu'elle accorde avec le décor mystique ou terrestre, de la fiction sort un appareil insolite : oui, les moyens méconnus autrefois de l'art de peindre, tels qu'accumulation d'étrangetés produite simplement pour leur caractère unique ou de laideur, une bouffonnerie, irrésistible et ample, montant en un crescendo quasi lyrique, la silhouette des passions ou de cérémonials et que n'ajouter pas? A peine si la crainte de s'attarder à de ces détails, y perdant de vue le dessin de tel grand songe surgi à la pensée du narrateur, le fait par trop abréger; il donne une allure cursive à ce que le développement eût accusé. Tant de nouveauté et la couleur locale^ sur quoi se jette au passage l'imagination pour faire avec comme une orgie, seraient peu, en raison de la grandeur des visions ouvertes par le sujet; où cent impressions, plus captivantes même que des procédés, se dévoilent à leur tour. Les
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isoler par des formules distinctes et brèves, le faut-il? et j'ai peur de ne rien dire en énonçant la tristesse de perspectives monumentales trèsvastes, jointe au mal d'un destin supérieur; enfin V effroi causé par des arcanes et le vertige par V exagération orientale des nombres ; le remords qui s'installe de crimes vagues ou inconnus ; les langueurs virginales de V innocence et de la prière ; le blasphème, la méchanceté, la foule. Une poésie (que l'origine n'en soit ailleurs ni l'habitude chez nous) bien inoubliablement liée au livre apparaît dans quelque étrange juxtaposition d'innocence quasi idyllique avec les solennités énormes ou vaines de la magie : alors se teint et s'avive, comme- des vibrations noires d'un astre, la fraîcheur de scènes naturelles, jusqu'au malaise; mais non sans rendre à cette approche du rêve quelque chose de plus simple et de plus extraordinaire.
Bien : ce Conte, tout autre que des Mille et une Nuits, qu'est-ce; ou quand brilla- t-il, du fait de qui donc?
Sous la tutelle des lords Chatham et Littleton, anxieux d'en faire un homme politique marquant, étudiait, choyé par sa mère et banni d'auprès d'elle pour l'achèvement d'une éducation somptueuse, le fils de feu le lord-maire Beckford (de qui la fière adresse à George III se lit sur un monument érigé au Guildhall). Mais, aux voûtes de la demeure provinciale avec le silence, un génie, celui de la féerie et de l'Orient, élut cette jeunesse : exilée d'entre les grimoires de la bibliothèque paternelle et hors d'un certain 'Boudoir Turc, il la hantait en Suisse, au cours de droit et de sciences, et à travers la Hollande, l'Allemagne, l'Italie. Savoir les classiques, dépositaires des annales civiles du monde passé, charmait l'adolescent comme un devoir, même des poètes, Homère, Virgile; mais les écrivains de Perse ou arabes, comme une récompense 5 et il domina l'une et l'autre des langues orientales à l'égal du latin ou du grec. Avis, prières, insinuations et jusqu'au blâme, confiscation amicale des tomes trop feuilletés.
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nul fait de la raison ne savait conjurer Fenchantement; or point d'autre emploi immédiat chez William Beckford des premières heures de majorité que, libre et le rêve à lui, de jeter sur le papier, vers le commencement peut-être de 178 1, Vathek. Je V ai écrit dans une seule séance et en français^ raconta sur le tard le débutant, et cela ni' a coûté trois jours et deux nuits de grand travail — je ne quittai pas mes habits de tout le temps — une si rude application me rendit fort souffrant. A quel point sur cette organisation s'établit Tempire d'une fatalité. Quelque plan du sujet par nous jugé d'un équilibre parfait, préexista-t-il : point, le croit l'auteur; omettant ici l'adaptation ancienne à ses instincts tout de grandeur et de beauté déjà, du rêve latent. Les figures maîtresses ainsi que la mise en scène, embarras : non plus, car le regard de l'enfance avait du toit premier fait un refuge à mille visions arabes; chaque hôte, pris au monde réel se parant aussi de la séduction ou de l'horreur exigées par le conte. Vous trouveriez difficilement quelque chose de la sorte dans aucune description orientale (va la citation) ; ce fut
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V œuvre de ma propre fantaisie. La vieille maison de Fonthill avait l'une des plus vastes salles du royaume^ haute et d'écho sonore ; et des portes nombreuses y donnaient accès de différentes parties du bâtiment, par d'obscurs, de longs et sinueux corridors. C'est de là que j'ai tiré ma salle imaginaire, ou d^Eblis, engendrée par celle de ma propre résidence. L'imagination la colora, la grandit et la revêtit d'un caractère oriental. Toutes les femmes dont il est fait mention dans V at h ek furent le portrait de celles qui habitaient l'établissement familial du vieux Fonthill, leurs qualités, bonnes ou mauvaises, exagérées pour remplir mon dessein. Suite de confidences d'un âge mûr, quand se replonge la vue au cours des premiers ans transparents ; mais trop brève et que closent des paroles significatives. C'est de ma propre idée que je fis le tout. J'avais à élever, à magnifier, à oriemaliser chaque chose. Je planai dans ma jeune fantaisie sur l'aile de l'ancien oiseau arabe %gck, parmi les génies et leur charme, ne me mouvant plus chei les hommes.
Selon quelle très-mystérieuse influence, celle
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sue qui du tout: au tout transmuait un séjour, le livre fut-il écrit en français : parenthèse que ne comble aucun vestige dans les notes laissées ou les propos retenus. Autant que la nécessité de puiser aux quelques ouvrages d'HerbeloT^ de Chardin ou de Salé reconnue dans l'annotation finale (à cet autre aussi point cité, (Abdallah ou les cAventures du Jils d'Hanif, envoyé par le sultan des Indes à la découverte de File de 'Borico, etc., 1723), sources à peu près de tout l'appareil ancien oriental, un usage sûr de notre langue, apprise tôt à Londres et pratiquée dans la société parisienne et trois ans à Genève, explique les motifs ou le don qu'eut l'écrivain de la choisir. Le fait général du recours à un autre parler que le natal, pour se délivrer, par un écrit, de l'obsession régnant sur toute une jeunesse : renoncez à y voir mieux que l'espèce de solennité avec quoi il fallut s'asseoir à une tâche de caractère unique, elle, différente de tout ce qui allait être la vie. (*)
(*) Illustre, un précédent s'est tout de suite imposé, moins à la mienne encore que jadis à la mémoire de Beckford, épris
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Avoir pour second mouvement de détourner les yeux du manuscrit afin de régler, apport aussi de l'âge légal, la disposition d'une fortune alors considérable (au revenu de deux millions cinq cent miUe francs environ), rien que de strict. Le cercle des voyages achevé, l'un aux côtés d'une jeune et très-belle épouse et d'autres seul pour en promener partout la mort et les souvenirs, vint l'instant du retour, mais sans la hantise d'autrefois. Cette imagination aux vastes desseins, comme dépossédée de leur but spirituel rempli et la même cependant, s'éprit d'abattre pierre à pierre le vieux Fonthill House, réfléchi dans le miroir d'un monotone bassin, pour édifier non loin Fonthill Abbey,
de parchemins blasonnés et de lecture: les Mémoires du comte de Gramont puis leur suite d'opuscules enjoués : mais avec quel manque de ressemblance dans le but ou l'occasion. L'esquisse de mœurs françaises émane du château de Saint- Germain, or du jour même le texte en appartient ouvertement comme l'esprit à notre âge classique. Détail plutôt à relever dans ce rapprochement et qui y apporte de l'intérêt: quelque parenté par sa mère, une Hamilton, entre l'héritier de Fonthill et le gentilhomme émigré parmi la cour de Jacques II j d'où une ambition (ma foi) d'imiter cet ancêtre.