LA DATERIE. 'J
A la Daterie sont attachés, en 1901, vingt-huit expéditionnaires apostoliques. Ces personnages sont des avoués en cour de Rome. Auprès de la Daterie, de la secrétairerie des Brefs, des congrégations, ils introduisent les causes, en suivent les phases, en acquittent les frais, et prennent livraison des actes qui terminent ces instances. Seuls les expéditionnaires inscrits sur la liste du prodataire peuvent intervenir officiellement dans les procès en cour de Rome. Ils n'obtiennent cette reconnaissance qu'après une sérieuse enquête. Le clerc en quête d'un bénéfice, le laïque qui souhaite un mariage contraire à la rigueur des canons, intéressent dabord à leur cause un expéditionnaire apostolique.
C'est par la remise d'une supplique, accompagnée d'un long mémoire, que le clerc introduit son instance. Il la fait porter aux bureaux du préfet per obitum, si la vacance du bénéfice résulte d'un décès : la qualification de ce personnage est passablement funèbre; obilus signifie mort. Si lejîénéfice est libre pour toute autre cause, le substitut du sous-dataire reçoit la requête. La supplique est mise en style convenable, in sh/lo curke, par les bureaux de la Daterie; ils l'écrivent sur deux feuillets; sur le premier ils exposent les motifs de la demande; sur le second ils énoncent la grâce requise et les clauses de la concession. Ainsi rédigée, la pièce sera soumise au pape par le cardinal prodataire. ,
Quant aux dispenses d'empêchements de mariages, • •'est un autre fonctionnaire, le « réviseur des matrimoniales », qui en accueille la demande. Elles sont classées en quatre catégories suivant leur gravité. Les requêtes des deux dernières catégories, qu'il est
de règle d'exaucer, sont immédiatement souscrites par un prélat qu'on appelle « préfet ^;er concessum », parce que la formule d'agrément dont il revêt la supplique commence par le mot concessum, « accordé ». Les requêtes de la seconde catégorie sont examinées en commun, « en Congrès », comme Ion dft, par les hauts personnages de la Daterie, cardinal prodataire, sous-dataire et préfet per obitum ; exaucées, elles font l'objet d'un rescrit que signe le cardinal. Pour les re- ({uêtes de la première catégorie, enfin, le « réviseur des matrimoniales » prépare un sommaire, qui sera soumis au pape. Voilà le premier acte des travaux de la Daterie.
Deux fois par semaine, le cardinal prodataire voit le pape. Jadis la présidence de cette administration appartenait à un prélat, qu'on nommait dataire ; depuis plus de trois siècles, cet office est exercé par un cardinal; mais de même qu'une Éminence chargée d'une nonciature prend le titre de pro-nonce, de même le nom de prodataire s'est substitué à celui de dataire. A l'audience pontificale, le cardinal est suivi par le prélat sous-dataire, qui porte dans une bourse, violette ou rouge suivant l'époque de Tannée liturgique, les suppliques à faire approuver. Le pape signe par les mots : Fiat ut petitur, « qu'il soit fait comme il est requis ». Et le sous-dataire sort avec la bourse et les suppliques, pendant que le cardinal entretient le pape des bénéfices vacants.
Les demandes sont exaucées; elles passent entre les mains du « substitut du sous-dataire ». Mais à ces pièces une ligne manque : celle de la date. Elles sont communiquées au « préfet des dates » qui comble cette lacune : suivant les cas, il écrit au bas de la