COMMENT LA PROPAGANDE CONDUIT SES CONQUETES
COMMENT LA PROPAGANDE CONDUIT SES CONOlÈTES.
Dans une région inexplorée par les hommes et par le Christ, quelques missionnaires fondent une chrétienté. La Propagande, bientôt, assigne un nom et un rang à ce membre encore frêle ; à peine sait-on s'il est viable, mais on lui dresse un état civil; on le qualifie station, mission, préfecture, vicariat. La chrétienté se développe, essaime autour d'elle ; féconde, audacieuse, elle éparpille ses avant-gardes sur un ample espace ; alors on la démembre : plusieurs chefs de missions se partagent le territoire où naguère, lorsque manquaient les fidèles, un seul régnait. Ainsi marchent les apôtres, attestant leurs ambitions par la fondation de missions nouvelles et ratifiant leurs succès par le morcellement des missions anciennes. Voilà les deux moyens par lesquels la Propagande étend et affermit ses conquêtes. Il existe un immense terrain, présentement, sur lequel on peut la voir à l'œuvre : c'est l'Afrique centrale et méridionale.
En 183.5, la région était à peu près vierge ; elle est aujourd'hui découpée par la Propagande, à la façon d'un échiquier. Grégoire XVI fonda trois vicariats en Afrique : celui du Promontoire de Bonne-Espérance en 18.37, celui des deux Guinées en 1842, celui du Soudan en 1846. Suivons-en les destinées. En 1847' le premier est subdivisé en vicariat du district oriental et vicariat du district occidental; en 1850, le vicariat du Natal est taillé dans le vicariat du district oriental; en 1874, la préfecture du district central est taillée
dans le vicariat du district occidental. A l'égard du vicariat de 1837, ces deux districts nouveaux étaient, si Ton ose dire, des descendants à la seconde génération. La troisième vint à son heure : de la préfecture du district central fut détachée, en Î884, la préfecture du fleuve Orange ; du vicariat du Natal furent détachés, en 1886, le vicariat de l'État libre d'Orange et la préfecture du Transvaal. L'histoire du vicariat des deux Guinées offre un phénomène analogue. En 1858, le vicariat de Sierra-Leone en fut détaché. En 1860, on en sépara le vicariat du Bénin. En 1863, un nouveau morcellement donna naissance au vicariat de Sénégambie. En 1879, on tailla les préfectures de Cimbébasie et de la Cote d"Or. L'ancien vicariat des deux Guinées, ainsi réduit, s'appela vicariat du Gabon. On en détacha encore, en 1889, la préfecture du Niger inférieur; en 1892, celle du Cameroun. A son tour, le vicariat du Bénin a engendré, en 1882, la préfecture du Dahomey, et, en 1884, la préfecture du Niger. Enfin du vicariat du Soudan, le troisième qui remonte au pontificat de Grégoire XVI, est issue, en 18.j8., la préfecture du Sahara, transformée en vicariat en 1891. Sous Pie IX, en 1862, la région de Zanzibar devint préfecture apostolique ; elle est vicariat aujourd'hui, et l'on en a séparé, en 1887, la préfecture du Zanzibar méridional. En 1865, la région du Congo inférieur, évangélisée par les Capucins de 1640 à 1834, e.t abandonnée à cette date, fut érigée de rechef en préfecture : on l'a amputée en 1886, pour créer à cùté d'elle le vicariat du Congo français inférieur. Durant le pontificat de Léon XIII, en effet, les progrès ont continué, par la double voie que j'indiquais : fondation, dislocation. Avançant à la suite de Brazza et
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de Stanley, la Propagande établit, en 1888, le vicariat du Congo indépendant (on pourrait dire, plus exactement : du Congo belge) ; en 18!)U, le vicariat du Congo français supérieur, appelé aussi vicariat de l'Oubanglii. Dans la région des Grands Lacs existent, depuis 188U, les pro-vicariats des lacs Tanganyika et Victoria-Nyanza, érigés maintenant en vicariats; depuis 1889, le pro-vicariat du lac Nyassa. Le premier de ces districts s'est déjà démembré, dès 1886, par la créalion des vicariats d'Ounianembe et du Congo supérieur. Le district de Nyanza forme depuis 18î)i trois vicariats : Victoria-Nyanza septentrional, Victoria- Nyanza méridional, et Nil supérieur ou Ouganda. A l'est, le Zambèze est devenu préfecture en 187λ.
Nous pourrions retracer de même la marche du catholicisme en Océanie et en Chine. Partout la Propagande applique les mêmes maximes ; elle découpe la carte du monde en circonscriptions toujours plus étroites, tantôt pour organiser en un groupe autonome une population chrétienne suffisamment dense, tantôt pour mettre un terme à l'isolement dune mission, trop éloignée du centre du vicariat.
<;OMMENT LA I»R0I'AGANDE ORGANISE SES CONQUETES : VICA- RIATS, l'HÉFECTURES, DÉLÉGATIONS APOSTOLIQUES, ÉVÉ- CIIÉS TITULAIRES.
La hiérarchie établie par la Propagande comprend deux degrés : vicaires, préfets. Le vicaire n'est pas forcément un métropolitain à l'égard du préfet ; beau-
coup de préfectures sont autonomes sous la direction de la Propagande. Suivant les circonstances, une région où la Propagande a pris pied est soumise à un préfet ou à un vicaire; suivant les progrès de la mission, la préfecture subsiste ou devient vicariat.
Les préfets, en général, n'ont pas le titre épiscopal. Les vicaires en revanche sont évêques, en vertu d'une coutume introduite au dix-septième siècle parles fondateurs du Séminaire des Missions étrangères de Paris, MM. Pallu et de Lamotte- Lambert. Ils réclamèrent d'Alexandre VII que les missions fussent confiées à des personnages revêtus de la dignité d'évêques le premier fut nommé évêque d'Héliopolis et devint vicaire apostolique du Fokien; le second fut nommé évêque de Beyrouth et évangélisa la Cochinchine. N M. Pallu n'occupa jamais le siège d'Héliopolis ni M de Lamotte-Lambert celui de Beyrouth : ces sièges rentrent dans la catégorie des « évèchés titulaires «, qu'on oppose aux a évêchés résidentiels ». La Gerav" chia mentionne 324 évêchés titulaires. Ils empruntent leurs noms à des villes d'Asie, d'Europe et d'Afrique, qui, dans les premiers siècles, possédaient des évêques; l'Islam balaya le troupeau; la ville, peutêtre, n'est plus qu'un hameau; mais l'Église continue d'attacher au nom de ces localités un titre épiscopal. « Archaïsme, diront les uns; elle s'assoit sur des tombes». « Présomptueuse audace, répondront les autres; même évincée, elle n'avoue pas sa défaite », Il est vrai que c'est le droit de l'Église et que c'est aussi son devoir, de ne pas réputer définitives les évictions qu'elle subit; pour transformer en évêchés résidentiels les évêchés titulaires, elle escompte les siècles. En attendant, cette institution permet au Siège de
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Rome de donner les pouvoirs épiscopaux, sans diocèse effectif, aux personnages qui ont besoin de ces pouvoirs : tels sont les coadjuteurs des évèques, qui doivent être en mesure de confirmer, et qui pourtant n'ont point directement la charge .d'un diocèse; tels sont aussi les vicaires apostoliques. Ils s'appelèrent longtemps évèques in partibus infidelium, « parmi les infidèles » : ainsi désignait-on les musulmans, dont l'invasion ruina ces antiques évêchés. Mais Léon XIII, en 1882, voulut .satisfaire à certaines susceptibilités; il déplaisait au royaume de Grèce, qui renferme quelques-unes de ces localités déchues, de passer pour une région d'infidèles ; le pape décida que les évèques « in partihus infideliutn » seraient désormais qualifiés évèques titulaires. « Évêque titulaire d'Abila, province de Phénicie seconde » : voilà la dignité de M»"" Fraysse, vicaire apostolique de la Nouvelle-Calédonie.
Avant les vicariats et les préfectures, la Gerarchia mentionne neuf délégations apostoliques, sujettes de la Propagande, et confiées à des ecclésiastiques revêtus de la dignité archiépiscopale. Les Délégations de Constantinople, d'Egypte et d'Arabie, de Mésopotamie, Kurdistan et Asie Mineure, de Perse, de Syrie, sont attachées ù des vicariats apostoliques; les prélats qui en sont titulaires portent le double titre de vicaires pour les Latins et délégués pour les Orientaux; ils exercent une certaine surveillance sur les chrétiens des autres rites. L'archevêque d'Athènes a le titre de délégué apostolique pour la Grèce. Léon XIII a créé deux délégations apo.stoliques nouvelles, d'un caractère tout différent : l'une pour les Indes Orientales, l'autre pour les États-Unis. La pre-
mière fut instituée par Léon XIII en 1884; M^'' Agliardi, aujourd'hui cardinal, M^"^ Aiuti , aujourd'hui nonce en Portugal, en furent successivement chargés ; elle prépara le concordat de 1886, laborieusement conclu entre le Saint-Siège et le Portugal, la suppression du droit de patronat que prétendait ce dernier royaume sur les évêchés de l'Inde anglaise, l'établissement d'une hiérarchie épiscopale en 1886, de deux vicariats pour les chrétiens unis du rite syro-malabar en 1887. De même les différends provoqués aux États-Unis par la question scolaire , suscitèrent , en 1893, l'envoi de M«' Satolli avec un titre analogue.