‹ Le VéloceChapitre 9 sur 75 · I.R SPEnONARE · texte numérisé non relu

I.R SPEnONARE

c»api(aine ; je pris donc mon cliopcau, et je me lançai bravement ù sa reclierclie. En passant dans le corridor, je jetai les yeux sur un tliermoiiiùlre : à l’ombre il marquait trente degrés.

Messine avait l’air d’une ville morte, pas un habitant ne circulait dans ses rues, pas une tête ne paraissait aux fenêtres. Ses mendians eux-mêmes (et qui n’a pas vu le mendiant sicilien ne se doute pas de ce que c’est que la misère), ses mendians eux-mêmes étaient étendus au coin des bornes, roulés sur eux-mêmes, haletans, sans force pour étendre la main, sans voix pour demander l’aumône. Pompeï, que je visitai trois mois après, n’était pas plus muette, pas plus solitaire, pas plus inanimée.

J’arrivai chez le docteur. Je sonnai, je frappai, personne ne répondit; j’appuyai ma main contre la porte, elle n’était qu’enir’ouverte ; j’entrai, et me mis en quête du docteur.

Je traversai trois ou quatre appartemens; il y avait des femmes couchées sur des canapés, il y avait des enfans étendus par terre. Rien de tout cela ne leva même la tête pour me regarder. Enfin, j’avisai une chambre dont la porte était entrebâillée comme celle des autres, je la poussai, et j’aperçus mon homme étendu sur son lit.

J’allai à lui, je lui pris la main, et je lui tâtai le pouls.

Ah I dit-il mélancoliquement, en tournant avec peine la tête de mon côté, vous voilà, que voulez-vous P

— Pardieu ! ce que je veux ? Je veux que vous veniez voir mon ami, qui ne va pas mieux à ce qu’il me semble.

— Aller voir votre ami I s’écria le docteur avec un mouvement d’etîroi, mais c’est impossible.

— Comment, impossible!

Il fit un mouvement désespéré, prit son jonc de la main gauche, le fit glisser dans sa main droite, depuis la pomme

IMPRESSIONS DE VOYAGE

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(Eor qui ornait une de ses extrémités, jusqu’à la virole de fer qui garnissait l’autre.

— Tenez, me dit-il, ma canne sue.

Kn effet il en tomba quelques gouttes d’eau, tant ce vent terrible a d’action, même sur les choses inanimées.

— Eh bien I qu'est-ce que cela prouve? lui demandai-je.

— Cela prouve, monsieur, que, par un temps pareil, il n’y a plus de médecin, il n’y a que des malades.

Je vis que je n’obtiendrais jamais du docteur qu’il vînt à riiôtel, et que, si je demandais trop, je n’aurais rien ; je pris donc la résolution de me réduire à l’ordonnance; je lui expliquai les changemens arrivés dans la situation du malade, et comment la fièvre avait disparu pour faire place à l’abattement. A mesure que j’exposais les symptômes, le docteur se contentait de me répondre : il va bien, il va bien, il va très bien; de la limonade, beaucoup de limonade, de la limonade tant qu’il en voudra, j’en réponds. Puis, écrasé par cet effort, le docteur me fit signe qu’il était inutile que je le tourmentasse plus longtemps, et se retourna le nez contre le mur.

~ Eh bien î me dit Jadin en me revoyant, le docteur ne vient-il pas?

‘ — Ma foi! mon cher, il prétend qu’il est plus malade que vous, et que ce serait à vous de l’aller soigner.

— Qu’est-ce qu’il a donc? la peste?

— Bien pis que cela, il a le siroco.

Au reste, le docteur avait raison, et je reconnaissais moimême dans mon malade un mieux sensible. Gomme la chose lui était recommandée, il passa sa journée à boire de la limonade, et le soir le mal de tête même avait disparu. Le lendemain, à part la faiblesse, il était à peu près guéri. Je lui laissai régler ses comptes avec le docteur, et je sortis pour

LE SPEUONAHE.

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faire pied une petite excursion jus(iu’au village Délia Paco, patrie de nos mariniers, et qui est situé à trois ou quatre milles au nord de Messine.

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