‹ Le verité sur l'AlgérieChapitre 110 sur 148 · IX · texte numérisé non relu

IX

L'idée séparatiste aux Délégations financières de 1903.

Si vous en avez le courage lisez tout au long le rapport de M. de Soliers sur le budget étudié dans cette session.

Je vous y engage, ne pouvant, en effet, donner ici que de brèves citations.

Par l'organe de M. de Soliers les Délégations s’affirment «assemblée politique » (page 57).

Elles veulent des pouvoirs administratifs.

Elles trouvent que lorsque le Parlement français touche au budget algérien c’est une «usurpation choquante ».

Elles se plaignent de ce que leur « droit de décision tend à devenir un simple avis que le Parlement n’est pas tenu d'écouter ».

Elles veulent que la souveraineté de la France ne soit que théorique !

Reprenant une phrase de M, Berthelot disant que « la situation de l'Algérie sera celle des départements », M. de Soliers ajoute ceci :

« Pour les départements le droit que les Chambres délèguent de percevoir des revenus dans la limite fixée par elles n’a jamais entraîné en leur faveur celui de reviser un budget départemental.

« L'autorisation donnée n’est jamais qu'une affirmation théorique de souveraineté, un droit nu qui n’engendre aucune conséquence pratique. »

Après avoir morigéné le Parlement en regrettant qu'il n’y ait « aucun moyen de contraindre le législateur au respect des prescriptions qu'il a lui-même

édictées » le porte-parole des Délégations financières dit son fait au gouvernement qui « se trompe dans l’usage d’un instrument qu'il a lui-même fabriqué », qui « méconnait nettement les prérogatives des Délégations ». Le crime du gouvernement? .… Enorme... Il avait abaissé de 5 à 2 centimes la taxe postale des imprimés en Algérie sans y avoir été autorisé par les Délégations financières! Mais goûtez ceci :

« Nous ne voulons pas rechercher s’il n'existe pas quelque part un esprit de malveillance, des sentiments d'animosité qui se manifestent en reprenant peu à peu à l'Algérie les prérogatives qui lui ont été concédées.

« Mais il est un fait indéniable sur lequel nous voulons insister, c'est qu’il y a opposition d'intérêts entre le budget de l'Etat et celui de la colonie qui vient d'en être fraîchement détaché, en ce sens que ce que l’un gagne est nécessairement perdu par l’autre.

« Cette opposition qui apparaît si vive aux métropolitains dans la période de difficultés budgétaires qu’ils sont en train de traverser est à peu près irréductible, mais avec un régime d'administration autonome elle n'aurait pas pour nous les suites fâcheuses qu’elle entraîne aujourd’hui. »

| Etc..., ete. Plus que ceci :

« La croissance d’une jeune société comme la nôtre sera certainement pénible, si elle n’est favorisée par les bons offices d’une direction avisée et paternelle; elle se poursuivra cependant grâce au patriotisme des Délégations financières qui, s'inspirant des circonstances, agiront de leur mieux. Malheureusement les assemblées sont plutôt faites pour délibérer ; elles ne doivent que conseiller et ne peuvent guère agir.

« Sied-il donc à la métropole, insoucieuse de ses préroga- | Î |

tives, de demeurer étrangère à notre développement et de s’en remettre pour son orientation au destin ? »

Agir ! Brave M. de Soliers! De notre Parlement

français il dit que c’est « l’œil du corps politique » (page 68), il veut sans doute pouvoir dire de son Par-

lement d'Alger : œil et bras du corps politique.

Mais pourquoi s'étonner? M. Laferrière lui-même n'avait-il pas dit (Economiste français, 18 no vembre 1899) des Délégations « qu'on peut sans excès voir en elles le germe du futur Parlement algérien » ?

Le coup de trompette de M. Sénac.

Les protestations.

M. Sénac qui avait étudié cette question et savait ce qu'on en vient de lire voulut y fixer l'attention du Parlement français. Il avait raison de signaler le séparatisme algérien, mais il eut le tort d’en faire un argument de discussion dans une question économique comme celle de la réforme des chemins de fer algériens.

M. Thomson protesta au nom de l'Algérie :

« L'Algérie ne songe nullement, elle n’a jamais songé à se séparer de la mère-patrie, et si elle avait jamais cette pensée impie, aucun million ne pourrait payer ce lambeau arraché au patrimoine national, mais le courant tel qu'on nousle représente n'existe pas et nous protestons au nom des sentiments de patriotisme qui existent en Algérie et devant lesquels se sont inclinés tous ceux qui n’ont pas arrêté leur enquête aux façades de la colonie et qui ont été voir les indigènes et les colons chez eux.

« . [l y à un lien puissant entre l'Algérie et la métropole ; ce lien est fait de-sentiments intimes, de souvenirs communs, de douleurs et aussi d'espérances communes... Mais, en dehors de ce lien puissant, le plus solide de tous, ce serait un acte de folie de supposer que l’Algérie puisse jamais songer à 8e séparer de la métropole. Il y a l’attache même des intérêts économiques, les relations de chaque jour... »

M. Jonnart protesta également.

Il dit avec beaucoup de raison :

« Quand, en matière de chemins de fer et pour le plus grand bien de la colonie, vous aurez corrigé un système d’administration reconnu défectueux; quand vous aurez apporté d’heureuses réformes à un régime que personne n'ose défendre; quand vous aurez, non pas séparé les intérêts algériens, mais assuré une meilleure administration de ces intérêts, vous aurez imprimé un nouvel élan à la vigueur et à la prospérité de l’Algérie ; et je ne vois pas en quoi, avec toutes les précautions dont vous entourez l'opération, vous aurez détendu les liens qui unissent la métropole et la colonie.

« Plus j'y réfléchis, moins j’aperçois en quoi l'opération qui vous est aujourd'hui proposée, la remise à l'Algérie de la gestion de ses chemins de fer, risque plus que l'opération précédente, la remise des ports et des routes, d’altérer profondément la foi patriotique des Algériens et leur fidélité au drapeau. Je n’imagine pas comment leur loyalisme pourrait être désagréablement impressionné par ce fait que désormais ils auront des chemins de fer dont ils pourront se servir, qu’ils pourront uti< liser pour eux et leurs produits, qu'ils ne seront plus tribu= taires de la diligence et du roulage, par ce fait qu’à l’inertie de quelques bureaux ministériels — M. le ministre des finances et M. le ministre des travaux publies voudront bien m’excuser — vous aurez consenti à substituer la vigilance certainement plus éclairée, plus attentive, plus experte de l'administration et des assemblées locales, s'appuyant sur les vœux des chambres de commerce et d'agriculture, pour essayer, sous votre contrôle et sous la surveillance du gouvernement, d’approprier aux exigences de la colonisation le chemin de fer, c’est-à-dire l'outil par excellence du progrès économique. Je ne conçois pas pourquoi, dès que vous aurez multiplié là-bas les transports et les échanges, dès que vous aurez donné aux Algériens cette grande satisfaction d’avoir des trains commodes et des tarifs réduits et simplifiés, ils s’empresseront de mordre la main qui les aura comblés. »

Je ne sais pas si les Algériens mordront la main. qui les aura comblés, mais je sais qu'ils ont de suite essayé de mordre celle de M. Jonnart.

À la séance du 28 mars 1904 des Délégations al-

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gériennes réunies en assemblée plénière à laquelle assistait le gouverneur, le président dela commission des finances fit la déclaration suivante :

« Après avoir étudié au point de vue financier la remise des chemins de fer à la colonie,

« La commission des finances

« Estime qu'il est de son devoir de ne pas se montrer par trop optimiste.

« Elle croit indispensable, afin de prévenir toute équivoque et toute déception ultérieure, de signaler à l’attention des Délégations la possible éventualité de nouveaux impôts. »

Il y avait en outre dans lerapport de M. de Soliers sur le budget, pour l'examen des dépenses, après un exposé de la méthode suivie par les Chambres françaises, le joli morceau que voici:

« Les Chambres ont, à de tels agissements, une excuse que vous ne pourriez invoquer. Ce sont des hommes de la majorité, des personnes de leur choix qui occupent les fonctions exécutives; elles peuvent donc à la rigueur avoir confiance en elles et leur délivrer par avance un blanc-seing. Mais, en Algérie, les agents supérieurs de l’exécutif ne sont pas choisis par vous, ils sont nommés par la métropole ou au nom de la métropole, et sans qu'il soit nécessaire de leur manifester a priori une méfiance qu’ils ne méritent certainement pas, vous ne pouvez pas cependant les considérer comme des mandataires sûrs dont les actes doivent être approuvés les yeux fermés. »

Nous verrons tantôt que M. de Soliers va jusqu'à donner de l’autocrate au gouverneur général. ;

Revenons maintenant à M. Jonnart et à ses protestations contre Les blasphèmes de M. Sénac. Il avait raison de dire que la question séparatisme n'avait rien à faire dans la réforme des voies ferrées algériennes. Mais il avait tort de chercher un effet de tribune en disant :

« Combien je déplore l’imprudence de ces écrivains mal informés qui ont peur des mots et qui, bien légèrement, je vous

assure, jettent dans la circulation ces accusations impies, redoutables, de détachement, de particularisme — pourquoi ne pas dire tout de suite de haute trahison ? — qui retentissent douloureusement de l'autre côté de la Méditerranée, que rien, absolument rien ne justifie — je défie qu’on cite un acte ou une parole — et contre lesquelles je suis vraiment très attristé et

-un peu honteux d’être obligé de protester.

« Je me suis souvent demandé, messieurs, en lisant ce qui. s’est écrit depuis quelque temps, comment l'esprit de dénigrement systématique et le pessimisme le plus désolant pouvaient s’acclimater si aisément dans notre pays de France, pays de soleil, pays de lumière et de, clarté! »

J'ai la plus grande affection pour M. Jonnart, surtout depuis que je le vois si maltraité par les Délégations financières, mais on ne saurait accepter qu'il appelle « dénigrement systématique et pessimisme » la constatation du séparatisme algérien qui est une réalité. Nier les questions n'est point les résoudre, Il défie qu’on cite un acte, une parole de séparatisme, c’est imprudent, car ce défi est trop facile à relever.

Tout ce chapitre le montre.

L'idée séparatiste aux Délégations financières algériennes (session de 1904).

Nous venons d’en voir une manifestation dans le regret exprimé par M. de Soliers que les Délégations ne pussent nommer elles-mêmes les « exécuteurs » du budget, c'est-à-dire le gouvernement et les fonctionnaires de l'Algérie. Mais il y en a d’autres. C’est l'esprit séparatiste qui anime les débats de cette assemblée. Certes, pour protester contre l'accusation sacrilège, impie, elle nomme président de la déléga-

tion des non-colons M. Vinci, lequel oubliant ses vœux au conseil général d'Oran, mis en cause dans les polémiques suscitées par M. Sénac, avait juré son loyalisme. Mais il ne suffit pas de jurer. Il faut prouver.

Ils ont « prouvé » dans leurs discussions sur la ‘question des chemins de fer à la date du 14 mars 1904. C’est une question qui, solutionnée par la Chambre, soumise au Sénat, dépendait essentiellement de la souveraineté française.

M. Vinci dit : « Il faut arrêter une attitude dans cette question.

« Certes la souveraineté nationale a le droit de nous imposer ce qu’elle veut, mais encore. »

Le commissaire du gouvernement fait observer que les Délégations financières ne sont pas instituées pour reviser les votes de la Chambre des députés.

M. Vinci en est « extrêmement étonné. Nous sommes résolus à parler assez net et assez clair pour que la métropole sache si nous sommes heureux de la réforme qu'elle prépare ou si, jusqu'à un certain point, nous la déplorons.…

« Ge n'est pas avec une joie complète que l'Algérie accueille le nouveau régime des chemins de fer. »

Certes M. Vinci a le droit de trouver insuffisant le cadeau de la métropole et il a le droit de le dire partout où il voudra. Mais il n’a pas le droit, délégué financier, d'ouvrir aux Délégations financières un débat sur un vote de la Chambre des députés. Cela est non seulement une naïve récrimination, mais c'est une manifestation séparatiste. C’est un fait de séparatisme,

Comme ce qu'a dit M. de Soliers :

« Nous nous étions imaäginés précédemment que l'Algérie étant personne morale avait le droit de contracter avec la France.

« Nous ne pouvons pas en ce moment avoir l'air de nous mettre en rébellion contre les pouvoirs publics et le Parlement...»

Il est regrettable que le leader de l'Algérie libre, car M. de Soliers a publié un volume qui a pour titre cet outrage à la France, ne nous aït point dit à quel moment il pourra avoir l’air de se mettre en rébellion et quand il pourra sy mettre.

Pour maintenant ilavoue qu'il ne peut pas.

« Nous nous trouvons en présence d’un acte de souveraineté. La métropole nous impose de sa volonté telle et telle obligation et nous n'avons pas voix au chapitre. »

Que sont alors les députés et les sénateurs algériens qui participent aux votes du Parlement?

Les idées de M. de Soliers sont quelquefois curieusement exprimées. Je lis dans son rapport de 1904 :

« Le Parlement, pouvoir souverain qui ne trouve de limites que dans sa propre continence, en s’associant à nos attributions entraine dans son orbite les assemblées algériennes qui ne seront bientôt plus que des inutiles satellites. »

Il ya mieux :

«Nous aboutissons à un soi-disant partage entre lé Parlement etles conseils locaux, partage dans lequel, si l’on voit bien ce qu’il ya pour nous à perdre, on ne distingue nullement ce que nous pouvons gagner. On comprend en effet qu'entre les observations présentées par la commission du budget de la métropole et celles émanant des assemblées algériennes le gouvernement n'hésitera pas dans son choix et qu'il ne prendra en considération que celles présentées par la commission du budget de la métropole, puisque c’est devant le Parlement et non devant les Délégations financières qu'il est responsable...

« Dépouiller ainsi les assemblées algériennes du droit d'initiative pour le remettre aux Chambres, des mains desquelles il glisse insensiblement aux mains du gouvernement local, c’est aller manifestement à l'encontre de la volonté du législateur

qui a tenu à ce que les vœux des populations fussent débattus entre les élus et le gouvernement local et non point autocratiquement interprétés par ce dernier tout seul.

«… On ne peut pas dire que le Sénat nous exproprie de notre droit d'initiative en s’y associant; mais en revanche, ce qui est - tout aussi dommageable, il empiète sur notre contrôle financier qu'il annihile, »

Cela ne vous suffit encore pas... Vous ne voyez pas encore assez nettement traduit l'esprit séparatiste des Délégations financières, voici mieux, toujours mieux :

« Le Parlement n'a pas à connaître du budget algérien qui est un acte administratif...

« Le budget algérien se suffit à lui-même sans qu'il ait besoin d'être vivifié par une intervention ÉTRANGÈRE. Vis-à-vis de lui les Chambres n’ont qu'un seul droit qui regarde seulement la recette et non la dépense; ce droit. NE PEUT com- PRENDRE CELUI D'IMPRIMER UNE ORIENTATION A LA POLITIQUE ALGÉ- RIENNE Où de remanier notre budget, c’est là une vérité indiscutable. » (Pages 10 et 11.)

Il n'est pas possible d’affirmer plus clairement l'idée séparatiste qu’en disant : le Parlement n’a pas le droit d'imprimer une orientation à la politique algérienne.

Comme toujours le rebelle ajoute l’insulte à sa révolte, M. de Soliers a subi cette loi, car il a dit :

« Enfin est-il bien sûr que nos successeurs bénéficieront seulement des économies que la métropole nous convie à amasser ? » (Page 29.)

De quel droit cet Algérien met-il ainsi én suspicion l'honnêteté de la métropole ?

N'est-elle pas aussi d’un clair séparatisme, cette déclaration du délégué Pinelli :

« La suppression des préfets s'impose, car ce sont des fonctionnaires de la métropole payés par le budget de la colonie

qui, s'occupant de politique générale, empêchent la plupart du temps l'unité administrative de l'Algérie. » (Dél. financ., Ier vol., 2e partie, p.338)

Et le vœu de remplacer la gendarmerie par une police rurale... aux mains des maires ?

Et le vœu qui montre l'assemblée s’occupant des mesures militaires à prendre dans le Sud oranais ?

Et toute la discussion relative à la Banque de l'Algérie ?

Et ce M. Joly qui pose cette question de principe :

« Une loi métropolitaine, un arrêté ministériel ou un décret sont-ils de plein droit applicables à l'Algérie quand ils ont une répercussion budgétaire ? »

Et ce M. Jourdan qui répond :

« Il est impossible d'établir un budget si à un moment donné la métropole peut le bouleverser. »

Et ce M. Vinci qui corrige :

« Heureusement nous avons un Parlement très sage. »

Et ce M. Bouché qui insiste pour faire affirmer le principe.

Et ce M. Aymes qui veut savoir :

« Il faut que nous soyons certains qu’une loi ou un décret à répercussion budgétaire ne peuvent pas nous être appliqués contre notre gré. »

Si cela n’estpas du séparatisme, que faut-il donc. l’émeute comme sous M. Vuillermoz.. que le drapeau national soit amené comme sous M. Régis ?..

D'ailleurs, je ne suis pas le seul à constater cela et malgré son optimisme de fonction, de commande, lorsque M. Loubet reçut en Algérie la harangue de M. Bertrand, président des Délégations financières, il ne put s'empêcher de lui dire :

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« L'Assemblée que vous présidez est une marque éclatante de la confiance de la métropole envers l'Algérie.

« Par votre sagesse, par votre modération, par l'usage pondéré que vous ferez de vos attributions, vous prouverez que ce que vous espériez était légitime, et j'espère que vous ne ferez jamais regretter à la France de vous l’avoir accordé. Par le bon usage que vous en ferez, vous nous convaincrez que vous êtes dans la bonne voie.

« Vous avez parlé d’un passé irrémédiablement condamné ; vous avez sans doute fait allusion au système des rattachements. Je le crois et je désire comme vous que ce système soit condamné, mais il ne faudrait pas abuser des institutions nouvelles pour les faire regretter.

« Je suis certain que vous n’en abuserez pas, que vous n’en userez*que pour la prospérité du pays et pour la grandeur de la République. »

Eh bien ! ils abusent et il serait grand temps qu’on leur rappelât que l'Algérie, c’est toujours la France, que le Parlement français a le droit d’en orienter la politique et qu’une loi française, quelle qu’elle soit, du moment que c’est une loi, ne saurait plus être soumise à l'approbation d’une assemblée quelconque, provinciale ou coloniale.

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La réalité du Séparatisme. algérien constatée, niée, excusée, expliquée.

La preuve est faite. |

Qu'on donne au séparatisme algérien le nom que l’on voudra, la réalité en est prouvée. Elle est,

M. Leroy-Beaulieu, qui l’a constatée, nous dit que c’est l'autonomie et qu elle est ridicule.

« En vérité le mot autonomie invoqué par nos colons est trop ridicule quand les aspirants autonomes seraient; si on les

abandonnait à eux seuls, 4 contre 15 dans notre possession d'Afrique. »

L'idée qui vient logiquement aux hommes raisonnables quand ils n’ont pas étudié l'esprit algérien, les sentiments algériens traduits parles écrits et les | faits algériens, c’est que leséparatisme n’existe point parce que, incapables de vivre séparés de la métropole, les Algériens ne sauraient avoir le désir de s’en séparer.

C’est ainsi que je lis dans la thèse pour le doctorat en droit de M. Le Doré :

« Il est certain que si l’Algérie pouvait équilibrer son budget | à l’aide de ses seules ressources, que si toute liberté lui était | | laissée dans la gestion de ses finances, des tendances séparatistes

se feraient probablement jour. La colonie arrivée à un état de prospérité semblable à celui de l’Australie serait peut-être tentée de secouer la tutelle de la métropole qui constituerait une charge sans compensation. Mais telle n’est pas la situation de notre grande possession africaine. Elle ne pourra d'ici un long temps se passer de l’aide de la France. »

On ne doit pas se contenter de croire qu’un sentiment n'existe point simplement parce que ce senti- | ment serait ridicule, fou, s’il existait; on doit cher- | cher s'il existe. C’est ce que j'ai fait. Et j'ai trouvé qu'il existait en 1870 et qu’il existe encore en 1904. Mes preuves montrent qu'il ne s’agit point d’une 1 légende, comme le disait il y a quelques mois M. Ber- | trand remerciant M. Jonnart en ces termes:

« Vous avez proclamé bien haut qu’il n’y avait en Algérie Ÿ

que de bons Français. Vous en avez fini avec la légende du sépa- i ratisme. Au nom de mes collègues des Délégations je vous en ‘|

remercié. »

Mes preuves montrent aussi qu’il ne s’agit point d’une chose ancienne, à jamais disparue, comme l’af-

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firmait M. Casteran, écrivant dans un article du Sémaphore : « L'Algérie de 1904 ne ressemble pas à celle de 1898. Elle a opéré une évolution complète. » L'esprit des hommes — fussent-ils Algériens — ne change pas en six ans; même celui du fameux invalide à la tête de bois, car, si mes souvenirs sont exacts, la chanson qui nous en égayait jadis affirmait que le tourneur, à chaque fois, n’en modifiait que la bouche aux fins d’en rajeunir la sensibilité aux liqueurs fortes, mais en respectait le cerveau. Quelques années suffisent peut-être aux Algériens pour qu'ils prennent le goût d’une nouvelle marque d’anisette ou d’absinthe ; mais la mentalité d’un groupe d'hommes ne change pas si vite. Je n'ai pas besoin de dire : ce changement ne saurait être. J’ai montré qu'il n’est pas.

Le sentiment séparatiste existe en Algérie :

1° En vertu des lois quirégissent l’évolution normale des sociétés humaines et rendent les colonies installées au loin de la métropole comparables à des filles établies hors de la maison de leur mère ;

2° En résultat de mobiles particuliers à l'Algérie. Ces mobiles sont que :

— L'élément français qui a dirigé la politique intérieure de l'Algérie était un élément d’origine hostile au gouvernement de la métropole. Seeley a montré le dissentiment religieux de l’origine des colonies anglaises de l'Amérique du Nord agissant dans la sécession. J'ai dit plus haut le dissentiment politique de l’origine du: peuplement français d’Algérie. Il agit dans le séparatisme d’aujourd’hui.

— L'élément qui domine le peuplement européen et influence violemment le peuplement français d’Algérie est étranger. -

Le caractère du séparatisme algérien diffère de

celui des séparatismes que l’on peut étudier dans l'histoire de presque toutes les sécessions.

M. de Lanessan nous dit que :

« L'esprit local est toujours avivé et transformé en tendance révolutionnaire et séparatiste par les maladresses et les abus de pouvoir de la métropole. Préoccupée avant tout de ses intérêts particuliers, celle-ci impose à ses colonies des obligations qui lèsent leurs intérêts, blesse les colons et finit par provoquer leur rébellion et la proclamation de leur indépendance. »

Rien de tout cela en Algérie. Les Français d’Algérie ont payé moins d'impôt que ceux de la métropole. On leur a donné des terres. La métropole les a nourris de la circulation des cinq milliards de francs dépensés, en surplus de ses recettes, pendant 70 ans dans la colonie. Jamais sous l'Empire les intérêts des Algériens ne furent lésés par la métropole ; depuis la République ni leurs droits ni leurs intérêts n’eurent à souffrir.

Les sentiments séparatistes qui mettent généralement en révolte les colons proviennent d’une réaction contre l’oppression, contre la tyrannie, contre l’exploitation des métropoles. On vit cependant les colons des Etats du Sud, lors de la guerre de Sécession, essayer de briser pour une cause immorale le lien qui les unissait aux Etats du Nord. C’est un phénomène de même genre et aussi odieux que les séparatistes algériens offrent à nos études. C’est parce que la

France ne leur donne pas toute liberté dans l’exploitation de l’indigène qu'ils pensent, écrivent et agissent en séparatistes. J’en ai donné plus d’une preuve au cours des chapitres qui précèdent; on en erra d’autres encore dans mon ouvrage sur la question indigène.

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Un phénomène que l’on doit noter également dans cet ordre de faits du séparatisme est celui-ci :

L'influence du pays, du climat, du fractionnement géographique des régions, de la « loi du travail local » a toujours agi sur les habitants de l'Afrique du Nord en « fractionnant » les peuples, en les « particularisant ». Les auteurs en constatant ce phénomène dans le peuplement arabe en ont même tiré cette conclusion que le musulman n'avait pas l’idée de patrie, etc., etc.

Lisez cette coupure du Colon oranaïs, avril 1903:

« L'émotion qui, dit-on, s’est emparée de la population algérienne en apprenant la démission de M. Revoil nous semblerait fort compréhensible. L’ex-gouverneur avait, en effet, pour le département d'Alger des tendresses de père. Il lui aurait sacrifié, sans aucun scrupule et jusqu’à la dernière prérogative, les intérêts les plus sacrés des deux autres départements si ceux-ci n'avaient fait bonne garde et montré les dents. Le défunt gouverneur était — ce n'est un secret pour personne — centralisàteur à outrance.

« On comprendra que, dans ces conditions, nous éprouvions quelques hésitations à mêler nos regrets à ceux des Algérois et à nous associer à la douleur qu'exprime si éloquemment, en leur nom, la Dépéche algérienne. »

‘1J'en pourrais reproduire des milliers qui montrent lé:même esprit particulariste sur tout propos. Quelques semaines en Algérie suffisent à l'observateur pour qu'il sache voir les manifestations de cet esprit particulariste qui ajoute un nouveau ridicule au sentiment séparatiste.

: Les Algériens sont unis comme « race nouvelle » ét contre la métropole et contre l’indigène.

Mais laissés « entre eux » leur union cesse, Il n’y

a plus d’Algériens. Il y a des Algérois, des Oranais, des Constantinois, etc., il y a des quantités de groupes locaux, particularistes à l'excès.

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