‹ Le verité sur l'AlgérieChapitre 32 sur 148 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

En suite et sur le même propos.

Les proportions des choses semblent augmenter avec le recul dans le temps. Comme d’ailleurs nous les augmentons avec l’éloignement dans l’espace, dans la distance. Quel est celui d’entre nous quin’a rêvé les choses des pays lointains magnifiques et superbes, immenses, plus belles et plus grandes que celles d’à côté de nous ? C’est le même phénomène dont il serait curieux d'étudier les lois de causalité en nos esprits qui nous fait voir tant de choses ei grandes et si belles dans le passé, alors qu’en réalité il n’y avait que plus petit, plus laid... C’est toute l’histoire des imaginations de l’ignorant, du littérateur (id est

AROMAR AE RE Lun Pen I PAUT EST à MR LÉCRPEN

notre journaliste, notre homme de lettres) sur la poésie du moyen âge et de la chevalerie, sur la délicatesse et la grâce des geñtilles femmes du grand siècle où l’on se gorgeait de viandes, où l’on avait chaise percée dans la chambre à dormir, où l’on cultivait la teigne sous les perruques, la crasse et la gale sous les jupes, et où le fin du fin de l'esprit et de la gaieté, même pour un génie comme celui de Molière, c'était variations sur les clystères.

C'est de ce mécanisme cérébral que vient l’idée de la fertilité chananéenne de l'Afrique romaine. Cette idée ce n’est pas les Romains qui nous l'ont transmise, elle fut créée par nous, suivant la tendance sauvage de notre esprit à vouloir plus beau, plus grand, ce qui est plus éloigné. C’est la tendance au mystère... la même qui des jongleries et des escroqueries d’un charpentier juif sans ouvrage a fait les miracles du fils de Dieu... C’est les commentateurs qui ont fait la divinité du Christ, ce n’est pas le Christ.

Il en est de même pour la fertilité de l'Afrique romaine. Les Romains ne l’exagéraient pas. Lorsque leurs écrivains ont noté les secours envoyés à Rome par Massinissa, ils ont écrit que l’Afrique avait fourni 20.000 boisseaux de blé et 300.000 boisseaux d'orge. Et c'est tout. Le dey d'Alger en envoyait beaucoup plus à la Convention. Pourquoi donc nos auteurs, par exemple M. Robe, dans un « Essai sur le régime administratif » publié en 1896, lorsqu'il reproduit ces chiffres qui feraient sourire de pitié les portefaix de la Cannebière, s’enthousiasme-t-il de ces cinquante mille et de ces trois cent mille boisseaux, et en conclut-il gravement que l'Afrique ancienne avait une splendide fertilité, laquelle doit nous donner confiance en l'avenir... ete. ?...

ose

Le grenier de Rome, il n’était pas nécessaire qu’il fût bien vaste. Rome n’était, somme toute, qu'une petite ville. Et les exportations du grenier africain, si le transport en exigeait des flottes de barques ro= maines, il y suffirait aujourd’hui d'un voyage de quelques bons cargos.

Ïl est également inexplicable que des auteurs comme M. Boissier, qui devrait cependant avoir uñ peu de critique, en son Afrique du Nord, se laissent enlizer dans la légende d'une Afrique romaine et plus riche, et plus fertile, et à climat meilleur. Les anciens n’ont jamais constaté cette merveille. La description de Salluste aujourd’hui encore est exacte.

Ce Romain écrivait ceci !

« La mer y est dangereuse, les rivages ont peu de bons ports, la terre est fertile en céréales, favorable aux troupeaux, contraire aut arbres, la pluie et les sources étant rares, l’eau

ÿ manque...

« Les collines sont couvertes d'oliviers sauvages, de myrtes

et des autres espèces d'arbres qui poussent sur un sol aride

et sablonneux...

«… Dans le Sud, la plaine est unie et sans végétation... »

Tout cela est encore vrai aujourd’hui. La région marine et les cantons à humus de la région montaareuse, les seuls où les Romains éultivaient, laissant les terrains arides aux myrtes... ést toujours fertile en céréales, favorable aux troupeaux et contraire aux arbres...

Quant aux plaines du Sud où nous refoulons Pindigène, ellés sont toujours sans végétation:

N'insistons que sut la phrase « fertile en céréales ». Nous devons observer que le même mot a chez un homme de l'antiquité romaine et chez un homme de notre époque où les agglomérations urbaines atteignent trois et quatre millions d'habitants (la

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