‹ Le verité sur l'AlgérieChapitre 42 sur 148 · TE OR IS PT SP NL I SEL EEE NES PSS · texte numérisé non relu

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bibliothèque municipale d'Alger, Devoulz avait publié un volume d'extraits de ces archives. À sa mort ses copies non publiées furent remises à la mairie,

Donc en sa préface manuscrite j'ai lu :

| « Les deux registres qui ont recu les actes de chancellerie pendant la période comprise entre le 14 mai 1789 et le 5 mars 1811 ne font plus partie des archives du consulat. On ignore leur sort. C’est là une lacune fort regrettable. Cette disparition est d'autant plus surprenante qu’elle ne saurait être fort ancienne. Les deux registres dont il s’agit existaient encore en 1861 lorsque j'ai pris connaissance, sans déplace- - ment des archives du consulat, alors déposées chez Me Martin, ; notaire. » 1

- Cela est regrettable, car les Bacri et les Busnach 5 en discussion dès les premiers jours sur les bénéfices de la célèbre affaire pour établir leurs droits respectifs donnaient à l'enregistrement et « avération » du consulat leurs pièces importantes.

| Il est même, comme le dit Devoulz, curieux que ces registres intéressants aient disparu.

Les disparitions de ce genre ne sont d’ailleurs le

+ fait ni d’une époque ni d’une colonie. Alger en eut sous le gouvernement de M. Revoil. À Paris M, Jonnart m'avait parlé de dossiers caractéristiques sur. l’histoire de l’antisémitisme et qu'il avait consultés lors de son premier passage au gouvernement général. À Alger je lui ai demandé l'an dernier s’il me serait possible de consulter ces dossiers.

— Impossible.

— Cependant... je suis discret... ce qui est confidentiel je ne le publierai point. Mais ils devaient me donner le caractère essentiel du mouvement. |

— Ils n'existent plus. i

M, Jonnart est franc, Ces dossiers qui desservaient

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les chefs de l’antisémitisme ont donc disparu entre ses deux passages au gouvernement général...

En 1861, le gouvernement de l'Algérie préparait la naturalisation des israélites. Or les registres qui ont disparu contenaient des pièces désagréables pour les juifs et sur un sujet peu connu; désagréables aussi pour les associés de Bacri... etc... Je ne tire pas de conclusions. Je rapproche des faits.

Les archives de 1819 contiennent la transcription d’une pièce que Deval envoya en France ; c'était une déclaration du dey affirmant que Jacob Bacri et le consul Deval ayant comparu devant lui, Baeri avait” accepté la transaction avec le gouvernement français. Il y avait dans la transmission de cette « singulière » pièce en France un joli « tour » permettant d’affirmerà Paris que le dey approuvait, qu'on pouvait payer Bacri.. ce qui d’ailleurs fut fait... et remplit de colère le dey ainsi roulé par Deval.

11 faut citer intégralement cette page de chancellerie :

« 24 décembre 1819. Acquiescement de Jacob Cohen Bacri à l'arrangement conclu relativement à ses créances sur le gouvernement français et enregistrement d’une déclaration de Hussein pacha dey à ce sujet.

« Bacri présente une déclaration originale en langue arabe donnée par Son Altesse Hussein, pacha dey de la milice et régence d'Alger, portant que, conformément à la transaction conclue entre MM. les commissaires du roi et le fondé de pouvoirs du comparant et du sieur Michel Busnach, son associé, ledit comparant est content et satisfait. et par ampliation nous aurait requis l'enregistrement de ladite déclaration en langue arabe, de Son Altesse Hussein dey et de sa traduction en langue française qu'il nous aurait demandée...

« Traduction : Louange à Dieu.

« Quiconque aura lu le diplôme saura que notre serviteur et Sujet Jacob Bacri est venu à nous, et avec lui le consul de France qui réside dans notre pays, et qu'eux deux étant en

notre présence, notre dit serviteur Jacob Bacri aurait dit et déclaré qu’il approuve tout ce qu'a fait son procureur qui est en France avec eux (les commissaires du gouvernement) en vertu d’un traité authentique et pour les valeurs et quantités convenues et spécifiées, qu'il est satisfait de la transaction qui a été faite pour tous les objets qui sont mentionnés et que, si on lui paye et remet tout ce qui a été convenu, alors ils seront acquittés de tout ce qui est mentionné dans ladite transaction et il ne restera plus entre eux aucun motif de prétention ni de réclamation... Le présent diplôme a été écrit avec l’assentiment du magnifique Hussein.

« Le chancelier ajoute que Bacri remet cette déclaration au consul Deval pour qu'elle soit transmise au gouvernement français. »

Cela explique la colère d'Hussein qui, écrivant ensuite directement au gouvernement français pour être renseigné, ne recevait pas de réponse et s’entendait dire par Deval l’insulte rapportée par Sidi Hamdan et plus haut citée.

Le lecteur est assez intelligent, j'espère, pour voir maintenant la belle opération Bacri-Deval.

Bacri avait le consul.

Il avait eu mieux. Il avait eu Bonaparte et Talleyrand.

Cela est dit dans des pièces enregistrées le 8 août 1321 à la chancellerie du consulat d'Alger pour l’avération d’un billet de 15.000 piastres fortes dues à son défunt frère Abraham Cohen Bacri par Jacob Cohen Bacri, « chef de la nation hébraïque ».

Au billet fixant la créance et fait à Marseille en 1797 étaient jointes deux lettres de 1803, 12 décembre, Livourne, et de 1804, 5 juillet, Marseille.

L'intérêt de ces lettres, qui nous montre bien vivants les protagonistes des événements auxquels nous devons Alger, me les fait citer in extenso. Rien ne vaut tels documents pour que l’on voie une époque. Tous les commentaires — seraient-ils d’un écrivain

ayant le génie d’un Michelet — pälissent devant la lumière qui sort de telles pièces.

« Livourne, le 12 décembre 1803.

« À mon honorable frère Abraham Cohen Bacri.

« Le motf de ces lignes est pour vous faire savoir que j'ai vu par les léttres que vous m'avez écrites par l'entremise de Simon Cohen, que vous augmentiez mes peines en vous livrant à la crainte au sujet de votre argent, quoique vous ne deviez avoir auCuñ soupçon sous ce rapport, attendu que l'énorme somme que là nation française nous doit est suffisante pour vous satisfaire, vous et bien d’autres, et pour vous laisser un bon solde. Quant à mon compte avec ma maison et Busnacb, leur Capital est rentré dans leurs caisses, et s'il leur reste encore à recevoir, c’est bien peu de chose relativement à tout ce qui nous reste chez la nation (française). Pour ce qui est des intérêts je me rends à Paris, et je leur enverrai de là-bas leur compte arrêté net... Vous pouvez être certain que je ne vous ferai pas perdre votre bien, et vous l'aurez avec intérêt.

« Répondez promptement à cette lettre, afin que je sathe comment je dois me régler.

«Si vous me demandez combien il reste dû par la nation, je vous apprendrai qu'elle nous reste devoir sept millions. Le Boiteux (par Boiteux Jacob Bacri désigne Talleyrand) qui esl intéressé à la chose s’est donné beaucoup de mouvement pour avoir une lettre de notre maître (le dey) pour terminer l'affaire, tandis que la famille l’a abandonnée en nous écrivant de quitter, de laisser toute chose, en disant qu’elle ne demande ren...

« J'ai reconnu maintenant son intention qui est de nous faire quitter pour se présenter et recevoir toute seule. Comment ! moi qui ai éprouvé tout le désagrément pour les recouvrer je les lui abandonnerais pour les lui laisser à elle seule ? C’est ce qu’elle ne verra pas, car je les recevrai moimême, ou bien je m'arrangerai avec elle pour en prendre ce que je pourrai. Voici une lettre que vous remettrez à Nathan et une autre pour mon fils Joseph.

« Quant à votre affaire, vous pouvez être fort tranquille ; écrivez-moi avec soin et longuement, et faites-moi part de tout ce qui arrive ; ayez soin que Ben Salomon m'envoie le solde qu’il doit à Seguin, car Seguin s’en est prévalu sur moi ;

il lui reste dû environ quatre mille cinq cents piastres, si je ne me trompe ; faites-en sorte qu'il les lui envoie en toute célérité ; non seulement je lui ai rendu service, mais il faudra encore que je paie pour lui; si j'étais à mon aise, je lui ferais cette avance.

« Quant à Michel, soyez sûr qu'il ne sortira pas de Paris que je ne m'y sois rendu pour régler nos comptes d'Alger et terminer mon compte avec lui pour alors aller où bon lui semblera si le gouvernement le lui permet.

« Moi je suis venu ici sans passeport. Car, si j'étais allé: pour prendre un passeport, on ne m'aurait pas laissé partir.

«O Abraham, si vous pouvez porter Nephtali à lui faire écrire une lettre par notre maître (le dey) au petit (Bonaparte) où il lui dira que l'argent réclamé par Bacri et Busnach est à lui, et qu’il le prie de le faire payer à cause de lui. et de plus qu'il n’approuve pas le premier à-compte qu'il nous à donné sur l'argent du navire et qu'il ait à nous satisfaire entièrement pour l’amour de lui. Si l’on peut avoir une lettre en ces termes on sera sûr de recevoir, et alors nous pourrons contenter les gens d'Alger sur le reste de leurs intérêts et de leurs bénéfices.

« Vous prendrez, vous et les autres, et malgré cela il restera encore beaucoup.

« Quoi quil ne doive vous en rien coûter, dites-leur que, s'ils attendent de recevoir par eux-mêmes, par l'entremise de notre maître (le dey) ou par celle d'autrui, j'en jure par notre prophète Moïse qu'ils ne retireront pas un sol; car, si le Boiteux n'était pas dans ma main, je ne compterais ni sur la lettre de mon maître, ni sur aucune autre chose, parce que le Petit n'aime pas qu'il lui soit rien demandé avec force, maïs il veut que les demandes soient présentées avec douceur.

«Je vous promets que je ne demeurerai pas deux mois à Paris et que je me rendrai à Marseille, que j'aie reçu l'argent où non.

« Vous pouvez engager Nephtali en mon nom pour quil me fasse cette faveur; que, s'ils prennent d’autres moyens, l'affaire de la nation française ira tout de travers. »

« Marseille, le 5 juillet 180#, par la voie d’Alicante et de Mayorque,

« À mon honorable frère Abraham Cohen Bacri.

« J'ai recu vos deux chères lettres, desquelles j’ai appris

que vous étiez en bonne santé. J'ai reçu également la lettre de Michel et je l’ai remise à son adresse. Par les lettres que j'ai écrites à notre aîné vous serez informé de tout ce que je lui ai mandé. Je suis réconcilié avec Michel, mais nous n'avons pas arrêté nos comptes; cependant je suis occupé à les terminer et j'attends le règlement pour attaquer Gozlan en justice de façon à ne pas lui laisser la chemise qu’il a sur le corps ; mais je m'arrangerai avec Michel comme Dieu en décidera Pour ne pas en venir à de plus longues discussions. Il paraît que Michel a retiré sa confiance de Gozlan qui l’a trompé en le volant indignement. II s’est aperçu de tout.

« O Abraham! Le paiement que l'on m'a fait de la somme de douze cent mille francs, moins les frais de recette qui ne Sont pas déduits, a été accordé moitié par rapport au navire et l’autre moitié à-compte de ce qui m'est dû. De laquelle somme totale Michel a pris le tiers, et les deux tiers me sont restés soit à compte de ce qui m'est dû comme à cause de la valeur du navire. Si vous voyez que ma maison ne veuille pas faciliter ma réclamation auprès de la nation (française) alors tant elle que la maison Busnach seront obligés de nous rembourser à raison de 75 pour 400 l'intérêt que vous avez sur le navire et qui est de quinze mille piastres fortes. Mais si elle veut faciliter les réclamations de la nation, je vous engage à ne faire aucune démarche à ce sujet, car vous serez satisfait entièrement à la première somme que je recevrai. C’est une faveur que je vous prie de me faire et Je vous recommande de ne point vous relâcher sur cela, Je désire que vous me procuriez aussi une lettre de Nephtali et de ma maison, adressée à Michel, où il lui sera recommandé de me laisser terminer avec Gozlan les comptes que nous avons ensemble et de ne point se mêler de nos affaires. Je vous recommande ma famille et celle de Busnach et engagez celle-ci à envoyer de quoi payer toutes les dettes de Michel pour extirper la rapine de Gozlan qui n'était pas content de recevoir six mille francs par mois pour procurer de l'argent à Michel. Ayez Soin de la famille et faites qu’elle termine les affaires de la nation pour qu'elle ne les laisse pas attachées. C'est votre intérêt et le leur. Car autrement, j'en jure par notre prophète Moïse, on n'en retirera pas un sol. Dieu nous -consolera de la perte de cet argent. Écrivez-moi toujours en me faisant savoir ce qu'il y aura de nouveau. Je vous salue. »

Destinées glorieuses de la France civilisatrice !

Hussein, ancien marchand de grains, devient dey d'Alger. Il continue son commerce avec les Bacri, les Busnach pour courtiers, et les correspondants européens de ces juifs d'Alger. Il est en affaires avec la nation française. Ladite nation lui doit de l’argent. Le souple génie de Jacob Bacri durant des années embrouille l'affaire ; créances des deys précédents, créances du dey actuel, créances des maisons Busnach et Bacri, tout cela fait l'affaire internationale, bien dans les mœurs de l’époque; les maisons, les familles d'Alger en sont; le consul en est; les gens de Marseille, de Livourne en sont; Toulon y trempe ; il y a des créances Aguillon; Jacob va d'Alger en Italie, à Paris ; il a Talleyrand dans la main ; il présente à Bonaparte ses demandes en douceur. la confiture de roses de l’'Oriental ; il achète, il donne, il promet, on lui ouvre la Caisse d'escompte ; il a un courtier d'usuriers qu'il paie six mille francs par mois; et quand il faut en cette bouffonne, en cette sinistre aventure montrer le dey, l'homme du dey, on promène Simon Aboucaya dans les bureaux de ministère, à Tivoli. quand il faut des lettres du dey, le consul Deval enregistre les « diplômes » dont j’ai donné l'échantillon.

Et quand, après dès années, la comédie est jouée, que la France a versé quelques millions, que les millions sont partagés, que les préteurs qui ont permis d'acheter Talleyrand, de donner quelques douceurs à Bonaparte, sont remboursés, que le dey réclame, proteste, veut son argent, pour le faire taire, M. Deval l’insulte et M. de Bourmont prend Alger...

Le nom de Jacob Cohen Bacri, j'en atteste les glorieux destins de ma nation de héros, doit être

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