‹ Le verité sur l'AlgérieChapitre 83 sur 148 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Pour que la race vive. La reproduction. Aimer. Les femmes. Les mœurs.

SI

Le cœur au second plan. La chair au premier.

Le dérasement du Coudiat à Constantine a permis de retrouver beaucoup de tombes romaines. L’une porte une inscription qui résume bien la vie sentimentale de lAlgérien,

« Presilius, orfèvre, avait heureux vécu cent cinq ans. Toutefois il avait éprouvé un léger chagrin quand ilavait perdu son épouse. »

L’honnête Presilius, par sa vie sédentaire, à l’ombré l'été, au chaud l’hiver, sans doute aussi par une bonne hygiène d'homme riche, d’orfèvre, avait pu atteindre cet âge respectable de cent cinq années... en donnant à l’amour sentimental le moins possible... un léger chagrin pour la perte de l'épouse.

Cependant elles eurent toujours la réputation du charme, de la grâce et de la beauté les femmes blanches de l'Afrique du Nord.

Et quand nous cherchons idée de leurs amours vient une évocation tout autre que celle du « léger chagrin » de Presilius, À ce mot « femme d’Algérie » correspond dans la série de nos imaginations légendaires un être magnifique et passionné, Un être chéri des potaches et des vieux magistrats, adoré par les poètes de ministère et les clercs d’huissiers qui s'engagent dans les zouaves, un être qui

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fait loucher le touriste... C’est pourquoi l’homme qui passe vite en Algérie emporte de cet être magique une image encore plus fausse que celle de la légende.

Certes, la vision — à distance ou en louchant — est jolie, gracieuse, poétique, passionnante, emballante…

Quand vous êtes placé, à l'Opéra, dans la bonne distance, et que vous n’avez pas de lorgnette, c’est les houris que Dieu réserve à ses élus, dont la beauté vous apparaît sur la scène aux danses... La danseuse... quel être !...

Etudiez-le donc.

Il y a quelque chose de semblable pour la femme d'Algérie. J'ai passé en Alger quand j'avais vingt ans. Si alors j'avais: lu l'inscription de Presilius.… J'ai étudié l’Algérie quand j'avais quarante ans et j'ai lu et j’ai compris l'inscription de Presilius. Hommes et femmes, l'amour, ça existe, mais très peu du côté cœur...

S IT L'animalité sexuelle des femmes d'Algérie.

J'ai montré déja comment dans la crise d'essai d’acelimatement d’une race les fonctions de reproduction se trouvent plus violemment sollicitées et que la physiologie des individus en est modifiée,

Une comparaison, La race agit comme une armée, Avant d'occuper l’armée conquiert, se bat...

Avant de se reproduire normalement Ja race lutte contre le climat.

Et dans cette lutte, pour que l'instinct qui porte

l’homme vers la femme ne s’efface pas devant l’instinct de la conservation personnelle, les phénomènes qui forcent chez la femme la venue de l’homme prennent plus de puissance qu'ils n’en avaient au.pays ancien de la race, plus qu'ils n’en garderont dans le pays nouveau si la race s'y adapte.

Quelques « spécialistes », ignorant cette loi, en connaissent néanmoins les résultats. Je me suis laissé dire en effet que l’Algérienne... comment écrirai-je cela... fait prime sur les marchés où l’on pratique la traite des blanches,

Le sens pratique des proxénètes a sur le propos devancé l'observation des savants.

Je n’ose répéter ici tout ce que j'ai « fait dire » en confidence à d'anciens zouaves et à quelques commis voyageurs... ni beaucoup d’autres choses.

C'est dommage, car ce serait autant de preuves montrant la loi plus haut indiquée.

Les modifications physiologiques — pour dire en même temps et mentales et morales et physiques — dues à cette loi de l’acclimatement biologique humain frappent les observateurs les plus superficiels et s'imposent à l'attention des autres, continuellement, au point d’irriter leur esprit ainsi qu’une obsession désagréable, de mauvais goût, malsaine, inconvenante. J’ai retrouvé dans mes carnets des notes comme celles-ci, en tas :

— Une des impressions les plus vives pour l’étranger, quand il ne sait pas encore, c’est la quantité de femmes qui lui semblent des filles.

— Le climat, le soleil, les vents chauds, les électricités mettent dans tous ces yeux des flammes de désir. L'expression est lascive. Le regard chercheur.

La démarche est provocante. Un balancement

compliqué des hanches. La croupe tangue et roule dans un rythme accentué, souligné par les étoffes plaquées aux cuisses dans le retroussis des jupes.

— X.. dit cela d’un mot pittoresque : « Elles croupionnent, »

— Les fillettes marchent comme les femmes. La gamine a sous les robes souvent trop courtes les jambes rondes et fortes. Elle a toute jeune des hanches. Ses yeux ont l’air de tout savoir.

— Un phénomène curieux : l'œil est vicieux à douze ans ; plein d’innocence à quarante. Sur des corps d'ange les yeux du diable. Sur des ruines

diaboliques, … de diables gras... des yeux d’anges.

— Pour savoir ce qu'il y a de grâce alliciante en l’adolescente venir ici...

— Un coup de siroco sur la ville et les faubourgs.

Quand la bise plaque les jupes mouillées sur les femmes qui passent aux carrefours parisiens, c’est lamentable et grotesque... toutes les misères de la femme... dans les sirocos algériens cette misère apparait presque glorieuse ; des ventres en batailles ; des croupes en forteresses.

— Il y a ici un jeune Anglais et sa mère. L’Augustin et la Monique d’Ary Scheffer. Je les retrouve après trois mois. Ce jour même de siroco. Ils ont tous deux des yeux d'Ouled Naïls.

Si vite. — Méfaits du siroco.

— J'avais noté ceci : « Le climat est sexuel. » Non. Ce n’est pas le climat. C’est la physiologie de la race qui essaie de s’acclimater. C’est par un phénomène similaire qu'apparaissent dans les pays froids les lubricités nègres, alors que sous les tropiques les nègres sont bien tranquilles.

— La femme y prend beauté. Mais rien d'affiné

cérébralement. Ne cherchez point la grâce dans Îla délicatesse ; elle est dans la puissance... Même chez les malades, les anémiées, les expirantes, dans ce combat, l'énergie développée pour la lutte apparaît en illusion de force, de puissance.

Une jeune femme cet hiver en un bal d’ Alger, toute gracieuse, la joliesse parisienne, le bel article de luxe (je parle de l’apparence physique), se montra symbolique en la cohue de la fête. La beauté de son allure, c'était au plein du dos, des épaules, à l’allongement, à l’amincissement du buste, à l'effacement du ventre. La grâce de sa physionomie c'était aux yeux (dont la pureté de regard avait des profondeurs par ailleurs fort étudiées), c'était aux yeux purs sous le front blanc que l'artifice de la coiffure élargissait, remontant ainsi la force du visage autour des ‘parties nobles.

Cette admirable personne attirait d’une force de séduction « cérébrale » ; on ne voyait ni ses hanches ni sa bouche, on ne pouvait regarder que son front, que ses cheveux emperlés de gui.

Je ne la connais point. Je ne sais donc sielle avait voulu le symbole de ce gui diadémant sa grâce francaise au milieu des féminités lourdes, puissantes de la race nouvelle. Cela n’était peut-être qu'en moi? Sans doute. Mais cela m'a fait mieux voir le travail de la nature opérant sur la race des autres.

La bouche qui s’épanouit pour le baiser; les hanches qui s’élargissent; la grâce animalisée pour le rut : la force de séduction concentrée sur le bassin à féconder.

— Quand ce n’est pas l’époque, chez les animaux le mâle dédaigne, méprise la femelle.

— En Algérie l’homme vit beaucoup dehors. Pour des quantités d'hommes le foyer c’est le café.

— Dans les bals j'ai vu que les hommes s’en allaient souper seuls ; les femmes restaient, attendaient.

— En Algérie l’homme méprise, dédaigne la femme.

Cela ne signifie pas qu'il soit déjà retourné en masse au vice des Romains de Carthage qui scandalisait tant le prédicateur Salvinien.

Non. Il ne se prive point de demander à la femme | le plaisir que donne la femelle au mâle : et si nous en croyons un grand sociologue algérien, l’illustre Bodichon, il commence même de très bonne heure.

« Vous rencontrez ici, dit l’'éminent écrivain, une multitude d'enfants des deux sexes fort avancés en libertinage pour leur âge. Quelques-uns montrent une perversité extraordinaire, »

Bodichon, malheureusement, ne donne pas de dé- | tails; nous ne saurons jamais par quoi en Algérie la perversité extraordinaire des galopins et des petites « pisseuses » diffère de l'ordinaire.

ç III

Une remarque d'exception.

Avant d'aller plus loin dans ce que nous avons le

droit de dire les mauvaises mœurs d'Algérie, je prie

| le lecteur de songer que, lorsque le Seigneur con-

damna Sodome et Gomorrhe, il y avait cependant

trouvé une famille de justes méritant le salut : la

famille de Loth.

— Ah!...de Loth.….

— Diable!... mais non. Ne me faites cependant

pas dire ce que je ne veux pas dire;

Il est incontestable, il est certain qu'il y a en Algérie un très grand nombre de très honorables et très vertueuses familles, tant d’origine française que d’origine étrangère. Et que, s'il y a de mauvaises mœurs, il y a aussi de bonnes mœurs.

M. Wahl a écrit :

« Les mœurs ont eu assez longtemps méchante réputation ; une colonie nouvelle n’a jamais la tenue d’une société bien assise... Ayant besoin soi-même de tolérance, chacun fermait les yeux sur les fautes d'autrui. Tout a bien changé depuis... La famille s’est enfin constituée... Avant peu, le niveau moral sera le même qu’en France. »

En effet. Plus de cantinières. Des femmes du monde. Suivant la formule des « five o’clock teas », de la pâtisserie Fille et de l'hôtel Saint-Georges. Il y en a bien qui s’égarent dans les petites maisons de la rue du Cheval. Mais ce n’est qu’une exception.

Des malheureuses dont la mentalité ne supportait sans doute pas les modifications physiologiques de la loi d’acclimatement et dont la chute s’accélère du montant des notes de couturière à payer.

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