CHAPITRE XXII
La part de l'étranger dans le nombre et dans l'esprit des gens de la masse française d'Algérie.
Et, déjà, vous voyez que la masse française d'Algérie n’est plus française de même qualité que les masses françaises de France. Nous en avons observé les transformations physiques et les déformations mentales. J'ai montré quelle est, dans ces transformations et ces déformations, l’in-
fluence de la condition nouvelle des transplantés… Il est un autre élément de transformation et de déformation très important : le mélange de sang étranger, le contact avec l'étranger. La colonisation algérienne, maintenant qu'on n'y meurt plus et qu'il y a autre chose que des coups de fusil à recevoir, que des fièvres à récolter, attire une masse considérable d'étrangers. La descendance arabe, laissée par l'islam en Espagne, en Corse, en Italie, à Malte, revient. Cette descendance est désislamisée, mais pas christianisée, pas européañisée. Voilà le phénomène qui échappe aux sociologues, lorsqu'ils parlent du péril étranger en Algérie. Voilà ce qui donne son caractère baroque à la masse européenne, en laquelle se noie le peuplement français de l'Algérie.
L’explication de la déformation de la mentalité française en Algérie, par l'influence étrangère, est plus satisfaisante pour notre amour-propre national et pour notre ignorance des phénomènes d’adaptation, d’acclimatement, que l'explication par l’influence de ces phénomènes ; aussi, les auteurs l’ont-ils généralement invoquée, lorsqu'ils ont essayé de comprendre les horreurs de l'antisémitisme algérien.
Ce fut la thèse de M. Rouanet, le 19 mai 1899, à la tribune, quand il se demandait le pourquoi des « théories violentes, étranges, implacables, affichées par l'antisémitisme algérien » :
« Ah! ici, j’aborde un terrain très délicat ; je demande à la Chambre toute son attention et je lui demande en même temps de me laisser dire très franchement toute ma pensée.
« Je le ferai modérément, mais je veux dire tout ce que je pense, dans l’ordre d'idées que je vais aborder.
« Si, en 1893, 1894, 1895, l'antisémitisme algérien a pris la forme violente, barbare, que nous lui avons vu prendre à cette tribune, c’est parce que le milieu algérien, où il avait pris naissance, s'était lui-même complètement modifié, c'est