‹ Le vérité sur la RussieChapitre 17 sur 20 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Les Anglais, nation essentiellement pratique, et à laquelle on n'a jamais adressé le reproche de manquer de patriotisme, ont Thabitude de signaler tout haut — et le plus haut possible — les abus qui vienaent se glisser chez eux. A peine un fait anormal, \in fait nuisible vient-il à se produire, à frapper les yeux, la publicité britannique, la plus large publicité <le Tunivers, fait entendre sa voix sonore et retentissante; Tattention publique est tenue en éveil; Tabus est attaqué, et les forces vives et intelligentes du pays travaillent à le déraciner. Aussi l'Angleterre est-elle grande, prospère et libre.

Nous autres Russes, nous avons pendant longtemps suivi un système diamétralement opposé.. Tout ce que nou« avions de mauvais, au lieu de le signaler pour le détruire, nous voulions le cacher à la publicité, le soustraire aux regards de TEurope. Nous avons caressé nos défauts, conservant avec amour nos abus dans la serre-chaude d'un mystère aussi malentendu que funeste à notre patrie; nous avons offert à

ces abus Toccasion de germer, de mûrir et de s'épanouir à larges feuilles. Notre gouvernement a donné au mensonge une organisation officielle, et Ta élevé à la hauteur d'une institution politique. Dans un aveuglement à peu près général, nous avons confondu le patriotisme avec la servilité, oubliant complètement que ces deux sentiments sont Topposé Pun de Tautre,. et même s'excluent mutuellement.

Chez nous, en Russie, la propriété, la sécruité^ la vie et jusqu'à l'honneur des individus, se trouvent, complètement livrés aux caprices du pouvoir. Un homme seul peut se trouver investi, de droit, d'un pouvoir illimité, mais il lui est matériellement impossible de Texercer de fait; ce sont les fonctionnaires qui s'en emparent, gouvernent au nom d'un souveraia honnête homme, et commettent tous les abus possibles. Et il se trouve des béotiens qui ne demandent qu'une chose: le secret! Ils consentent à se laisser fouler aux pieds, pourvu que l'Europe Tignore!

Il faut en finir; il faut rompre avec ces traditions asiatiques, avec ce mystère qui nous empêche de sortir du bourbier où nous sommes; il faut se décider à entrer franchement et résolument en Europe, à devenir des Européens vrais et sérieux.

Voyons où nous ont amenés cet amour du mystère, cette terreur de la publicité, ce mensonge officiel et organisé. Voyons l'état actuel de la Russie, de ce pays où la nation est, en grande majorité, si intelligente, si perspicace, si bonne, et douée de si admirables qualités d'esprit et de cœur.

Le pouvoir suprême, en Russie, se trouve en ce moment, nominalement, dans les mains d'un prince excellent, animé des meilleures intentions. Si ce prince

était un simple particulier, chaque homme d'honneur aurait tenu à gloire de Tavoir pour ami; comme souverain, il est l'objet du respect non - seulement de& bons E-usses, mais de tous les honnêtes gens de l'univers.

De fait, le pouvoir, en Russie, se trouve entre les mains de la bureaucratie et de la camarilla. La bureaucratie a recouvert le pays entier de son funeste réseau; elle exploite la Russie comme les hordes mongoles l'exploitaient au treizième siècle; elle a érigé toutes les nécessités de la vie sociale et administrative en branches de revenus à son profit personnel; avide et ignoble, elle vole partout, elle pille tout le monde. La camarilla entoure l'empereur, se place entre lui et la nation, isole, le souverain du pays, et apporte le plus grand soin à ne point laisser approcher de l'empereur les hommes intelligents, capables, honnêtes et loyaux. Pour la camarilla, tout homme du mérite, de loyauté, d'énergie, est un ennemi personnel. La bureaucratie et la camarilla se donnent la main, se soutiennent mutuellement; la chute de l'une entraînerait celle de l'autre; placées entre un souverain honnête homme et une nation intelligente et digne d'afifection, la camarilla et la bureaucratie, ces deux forces malfaisantes si unies entre elles, mettent obstacle à toute réforme sérieuse, à toute amélioration réelle, et entraînent le gouvernement russe vers un abîme.

En jetant les yeux sur ce vaste empire de Russie, qui occupe la neuvième partie du globe terrestre que voyons-nous? Point de justice; il faut traverser dix instances successives, le plus souvent la bourse à la main, pour aboutir, en définitive, en onzième ins-

tance, au bon plaisir impérial. Le bon plaisir de rempereur Alexandre II, — c'est le sentiment équitable d'un prince honnête homme; mais Alexandre XI, quelque excellent qu'il soit, est un homme comme nous tous, il n'est point une institution; il est mortel tîomme nous, et nous n'avons nul besoin de remonter loin dans l'histoire de Russie pour nous retrouver à Une époque où le bon plaisir du souverain, cet alpha et oméga de notre gouvernement, n'était que le caprice d'un tyran! L'administration est un bouge de vénalité, de la vénalité la plus infème; tout se vend Bt tout s'achète. Pour ce qui est du clergé russe, nous voyons la plupart des évêques se montrer courtisans obséquieux vis-à-vis du pouvoir, tyrans vis-à-vis de leurs subordonnés, et concussionnaires sans pudeur. Le clergé inférieur, pauvre, humilié, écrasé, verse des larmes en silence, et supplie Dieu de le tirer de l'oppression où il gémit. La liberté de conscience est foulée aux pieds suivant le bon plaisir du pouvoir. La presse est ench^née par une censure qui procède 3)ar bonds et par caprices, et dont le seul résultat favorable à la Russie a été l'établissement de plusieurs imprimeries russes à l'étranger, imprimeries établies hors du pays à la suite des ridicules sévérités de la censure en Russie. La noblesse est en proie au mé- •contentement le plus vif-, tous ceux d'entre les nobles qui ont un cœur d'homme et ne sont point affligés de sentiments de valets — comprennent parfaitement qu'ils ne sont que des esclaves privilégiés ; ils veulent s'élever à la dignité d'hommes libres, et remplacer par des institutions sérieuses ces soi-disant privilèges que le pouvoir foule aux pieds suivant son bon plaisir. La bourgeoisie, constamment humiliée et pillée par

la bureaucratie, soupire avec ardeur après un ordre de choses basé sur la légalité. Les serfs attendent leur émancipation, et quelles que soient à ce sujet les illusions du parti rétrograde, de la bureaucratie et de la camarilla, ils ne laisseront point transformer Icsl promesses impériales en des hattî-houinayoun. Lea paysans de la couronne, à leur tour, frémissent d'impatience de se voir émancipés du joug pillard des tchmovsmks (fonctionnaires). Dans l'armée, les soldats, mal soignés, mal nourris, soumis aux coups de bâton, soupirent après un meilleur sort. Enfin, les finances, grâce à Timpéritie de l'administration, à la haine nourrie par la camarilla contre tout ce qui est talent et capacité, ont été amenées au point de menacer Tétat, d'ici à quelques années, d'une banqueroute, et celSi dans un pays, doué d'une masse de ressources inexploitées. Grâce à cette crise financière qui va toujours en s'aggravant, il serait impossible à la Russie,, à ITieure qu'il est, de tenir cent cinquante mille hommes de troupes hors du pays pendant une seule année entière, par la raison toute simple que, hors du pays, l'on ne saurait payer les dépenses en papier-monnaie; l'or manque, le crédit fait défaut, et ferait surtout défaut pour une dépense aussi improductive que la. guerre. D'ailleurs, l'administration militaire, en Russie, est dans un état de désorganisation complète. Voilà où est tombé notre pays, si fort et si puissant à l'époque de l'avènement au trône de l'empereur Nicolas; il est déchu .de sa puissance par l'impéritie de Nicolas et par celle des hommes qu'il avait choisis, placés au pouvoir et légués à son successeur, ce prince si excellent et si digne d'un meilleur avenir. La Russie, grâce à une guerre de trente années contre la

civilisation et le bon sens, est tombée au niveau des jmissances de second ordre, et compte aujourd'hui pour bien peu en Europe, aux yeux de tous ceux qui connaissent le véritable état des choses. Les béotiens de Saint-Pétersbourg, pour lesquels le mystère et le mensonge officiel sont la panacée universelle, s'imaginent que les hommes d'état de l'Europe ignorent ces détails. Qu'ils se détrompent: ces détails sont connus, et ce n'est point par des mensonges qu'il sera possible de se dégager d'un bourbier pareil. L'on ne saurait en sortir que par le renvoi des nullités et des voleurs, par Téloignement de la camarilla, par l'appel aux hommes capables, par l'appel à la publicité, par des réformes réelles, couronnées d'un système de garanties politiques, lesquelles, tout en permettant au pays l'expression sérieuse de son opinion, lui assurent, dans des limites tracées par la loi, un légitime concours au gouvernement, établissent en même temps sur une base solide le pouvoir impérial, aujourd'hui tout-puissant de nom et réduit presque à rien par l'action envahissante de la bureaucratie et de la camarilla, ces deux lèpres dont il faut se hâter de guérir la Russie.

Il y a dix siècles, en 862, les Slaves du Nord envoyèrent des ambassadeurs à E,urik et à ses frères, pour leur dire: „îrotre pays est vaste et fertile, mais „ranarchie y règne; venez nous délivrer du ce fléau!" Après une existence millénaire, après avoir épuisé toutes les formes du despotisme, la Russie se retrouve sur le bord d'un abîme, et nous disons à l'empereur Alexandre : „Sire, notre pays est vaste et fertile, mais ^jl'arbitraire et la vénalité y régnent; délivrez-nous de

,,ces fléaux; accordez-nous un gouvernement fondé sur ,,le8 lois et conforme aux besoins de l'époque!"

Nous allons résumer maintenant les réformes, proposées par nous dans les divers chapitres de notre -ouvrage:

1) La suppression de tous les châtiments corporels, pour tout le monde sans exception;

2) L'égalité générale devant la loi;

3) L'émancipation des serfs, avec une certaine quantité de terrain en toute propriété, et T abolition immédiate de tous les droits des seigneurs sur les serfs, ainsi que de toutes les prestations et redevances de ces derniers envers les seigneurs.

N. B. Dans les terres à labour (c'est-à-dire où règne la corvée), le plus sage et le plus prudent serait d'abandonner aux serfs tout le terrain aujourd'hui cultivé par deux à leur profit personnel. Dans les terres à redevance (pbrok), où les serfs, jusqu'à ce jour, ont eu la jouissance de toutes les terres compo- Bant le domaine seigneurial, il faudrait préciser, pour <îhaque province séparément, la quantité de terrain à abandonner aux serfs, en raison inverse du chiffre relatif de la population et du prix du terrain.

4) Cliaque serf mâle payerait au gouvernement 5 roubles (20 francs) par an, pendant trente-trois années consécutives, avec le droit de s'acquitter avant ce terme. Une fois la somme acquittée, il devient le propriétaire de î son terrain;

5) Les seigneurs recevraient 100 roubles (400 francs) pour chaque serf mâle. (Les femmes, filles et veuves des serfs serai^iit émancipées gratuitement);

6) Pour arriver à accomplir ce payement, le gouvernement pourrait exonérer les seigneurs de leurs

Jigitized by VjOOQIC

dettes envers les établissements de crédit de l'état (un? demi-milliard de roubles ou deux milliards de francs) ;. le gouvernement pourrait contracter un emprunt de 200,000,000 de roubles (800,000,000 de francs) à 5%; enfin il pourrait émettre pour une somme de 385,000,000 de roubles (1,540,000,000 de francs) des billets fonciers portant intérêt à 3 %, et acceptables par le gouvernement au pair;

7) Le gouvernement pourrait procéder à la vente à Tencan, pendant six ou sept années consécutives, de tout ce qui, dans les domaines de la couronne, constitue des branches de fermage (pbrotchnyia statii), comme aussi des fabriques et des usines de la couronne, d'une partie des forêts de la couronne, le tout jusqu*à concurrence d'une somme de 350,000,000 de roubles (1,400,000,000 de francs), à la condition que le prix d'achat de ces domaines ne pourrait être soldé qu'avec les billets fonciers , dont nous venons de proposer l'émission ;

8) Les paysans de la couronne pourraient continuer à payer à l'état, pendant trente-trois années consécutives, ce qu'ils lui payent aujourd'hui pour les terres qu'ils afferment. Au bout de ce laps de temps, ils se trouveraient propriétaires héréditaires de ces terres;

9) Il faudrait abolir le ministère des domaines de la couronne, si inutile à l'état, si onéreux et si nuisible à ses administés. Il faudrait accorder aux paysans de la couronne, de même qu'aux serfs émancipés, une administration élective, réelle, sérieuse (et non point fictive, comme celle des paysans de la couronne à l'heure qu'il est);

10) Tous les habitants de la commune, sans dis^

tînction d'origine, prendraient part aux assemblées communales, et toutes les autorités communales seraient électives ;

11) L'administration municipale de toutes les villes serait basée sur le principe de Tégalité. Tous les habitants, sans distinction d^origine, possesseurs d'un immeuble d'une certaine valeur, prendraient part aux assemblées et aux élections municipales;

12) Il devrait y avoir dans chaque district, tous les trois ans, une assemblée de district (ouiézdnoié sobramé) composée: 1) de tous les propriétaires, sans distinction d'origine, qui possèdent une certaine étendue de terrain ou bien un immeuble d'une certaine valeur, soit dans les villes, soit dans les campagnes, et 2) d'un certain nombre de députés nommés par les communes ;

13) Cette assemblée élirait tous les administrateurs du district, à commencer par le principal d'entre eux, le maréchal du district (ouiezdnoi predvodùeT) ; elle procéderait aussi à l'élection du chef de la police locale (ùpravnik), et à celle d'un conseil de district (puizdnoié pravUnîé), composé de dix ou douze membres, et destiné à contrôler la gestion du maréchal ainsi que celle de Vùpravnik;

14) Il y aurait, tous les trois ans, dans chaque province, une assemblée provinciale (goubemskoié sabrante), composée de: 1) tous les propriétaires ayant voix virile aux assemblées de districts; 2) d'un tiers des députés des communes siégeant aux assemblées de districts (ce tiers serait élu par ses collègues, les autres députés); 3) de tous les propriétaires ayant voix aux assemblées municipales des villes de la province;

15) L'assemblée provinciale élirait les membres

dô la régence ou du conseil provincial (jgottbemsJcoiS ^ p-avlenié), au nombre de vingt-cinq ou trente. Le président et le vice-président de ce conseil seraient comme aujourd'hui le gouverneur ©t le vice-gouverneur de la jw*ovin<îe, lesquels, tous les deux, continueraient à être nommés par Tempereur;

16) L'on devrait adopter un système de décentralisation. Toutes les affiiires qui ne concernent point la Russie en général, mais une province seulemen^^ pourraient être décidées par rassemblée de cette province, et toutes les assemblées provinciales seraient investies du droit d'initiative, vis-à-vis du gouvernement, sur toutes les questions législatives et administratives. Toutes les affaires qui ne concernent point une province en général, mais un district seulement, pourraient être décidées par l'assemblée de ce district, et toutes les assemblées de district seraient investies du droit d'initiative, envers l'assemblée de leur province, sur toutes les questions législatives et administratives. Ce serait à l'assemblée provinciale à décider, si la requête de celle du district doit être transmise au gouvernement;

17) La chambre des finances (kazënnaia pallata), qui existe dans chaque province, et se trouve chargée de la perception des revenus de l'état, devrait être abolie, ainsi que le comité des perceptions et redevances locales (Jcomitétt zemshih povinnostéi) , et la commission des routes et bâtisses (stroûdnma i dorojwxia hommiasiid). Toutes ces branches de l'administration devraient être concentrées dans les mains du conseil provincial, rendu électif; il en résulterait une grande diminution dans le nombre des employés et une notable économie;

18) La procédure cesserait d'être écrite et secrète,

Jigitized by VjOOQlt

comme elle Test encore, à la honte du gouvernement russe. Elle serait publique et orale, arec des avocats et un jury;

19) Il n'y aurait plus que trois degrés de juridiction: 1) le tribunal de district {pueizdnoi soud); 2) le tribunal civil de la province {grajdanskoÀa paliMd) ou le tribunal criminel de la province {pugolovnaia pallatd), et 3) le département du sénat, duquel relève la province où l'affaire serait jugée. Dans les procès civils, il ne devrai^ y avoir appel, du tribunal de district à celui de province, que pour les îiflfeiires de trois cents roubles et au-dessus, et du tribunal de province au sénat, que pour les affaires de deux mille roubles et au-dessus;

20) Il y aurait, à Moscou, une cour de cassation pour toute la Russie, organisée à Tinstar de la cour de cassation française, et composée de sénateurs, élus à vie par leurs collègues, les autres sénateurs;

21) La dignité de sénateur serait déclarée inamovible, et pour épargner aux plaideurs des provinces éloignées de longs voyages dans les capitales, il serait établi des départements du sénat, outre Moscou, Saint- Pétersbourg et Varsovie, où il en existe maintenant: à Kiew, à Kazan, au Caucase et en Sibérie. Chaque sénateur aurait le choix de la ville où il voudrait siéger \

22) Le nombre des employés {tchmovniks^ cette lèpre de la Russie, serait diminué dans tous les ministères, en prenant pour base Texcellent système, adopté au ministère de la marine par S. A. L le grand amiral de Russie, système dont Tadoption n'a été permise par cet aréopage béotien que Ton appelle le con-

seil de Tempire de Russie, qu'après une longue lutte^ et seulement à titre à'essaz;

23) Le tchîne (voyez pages 68-74) devrait être aboli, au grand désespoir de tous les intrigants, de tous les sots et de tous les fripons qui encombrent. Tadministration russe;

24) La troisième section de la chancellerie inapériale. Tune des créations les plus malheureuses du règne sombre et farouche de Tempereur Nicolas, devrait être abolie, et la police secrète placée dans le ressort du ministère de Tintérieur. Il serait temps^ pour la Russie, de ne plus voir élever à la hauteur d'une institution d'état ce qu'il y a de plus vil dans, l'humanité, — l'espionnage.

25) Le nombre des ministres devrait être réduit à neuf:

Le ministre de la justice;

Le ministre de l'intérieur;

Le ministre de l'instruction publique;

Le ministre des affaires étrangères;

Le ministre de la guerre;

Le ministre de la marine;

Le ministre des finances;

Le ministre des travaux publics (chemins de fer^ ponts et chaussées, etc.)

Le ministre de la maison impériale.

Les postes pourraient redevenir une direction générale, comme elles l'ont été jusqu'en 1823, et pour ce qui est du contrôle, une expérience d'un demi-siècle a démontré que dans son organisation actuelle il n'est bon à rien. Il est indispensable d'instituer une cour des comptes, sur le modèle de celle de France.

26) Le budget devrait être publié, et la liste civile fixée, sans pouvoir être dépassée.

27) Les évêques de l'Eglise orthodoxe orientale devraient être nommés par le gouvernement, sur une liste de trois candidats élus par le clergé du diocèse. Une fois nommés, ils ne pourraient être éloignés de leurs fonctions sans un arrêt solennel, prononcé par le synode après jugement.

28) Le synode devrait être composé: 1) des trois métropolitains de Saint-Pétersbourg, Kiew et Moscou; 2) de six ou sept prélats, élus par les autres prélats au scrutin public, et investis de l'inamovibilité.

29) Le procureur du synode devrait veiller seulement à ce que le synode ne s'immisçât point dans les questions civiles et politiques; mais le procureur :ne doit se mêler en rien de l'administration de l'Église, et encore moins de ce qui concerne le pouvoir spirituel.

30) Il devrait y avoir à Moscou, à des époques déterminées, des conciles de l'Église orthodoxe de toutes les Russies, auxquels le synode rendrait compte de son administration. Ces conciles devraient être composés de tous les métropolitains, archevêques et évêques, de tous les abbés des couvents, et d'un certain nombre de députés, élus par le clergé des villes et par celui des campagnes.

31) 11 faudrait abolir les séminaires, instituer des -cours de théologie aux universités et aux gymnases, «t déclarer aptes à être élevés à Tépiscopat, tous ceux d'entre les moines et les prêtres, qui se trouveraient munis d'un diplôme universitaire.

32) Une liberté de conscience complète devrait >etre accordée à tous les cultes, sauf deux sectes (aux

pratiques desquelles Ton ne saurait même donner lenom de culte): 1) les châtrés (skoptsy) , et 2) lea coureurs (béghouny, ces mormons russes). La secte des Tncdàkany devrait aussi être soumise à certainec^ restrictions civiles.

33) La secte des vieux croyants de TEglise orien^ taie {starovêry) devrait avoir la pleine liberté de Texer^ cice de son culte, avec une hiérarchie ecclésiastique^ librement élue par les membres de cette secte.

34) La censure préventive devrait être abolie, et la liberté de la presse accordée, avec une législation pénale pour en réprimer les excès.

Les réformes que nous venons d'énumérer devraient être opérées par le pouvoir absolu: lui seul peut introduire Tégalité devant la loi, qui froissera, ks individus assez dénués d'intelligence et de sentimients nobles pour préférer la position d'esclave privilégié à celle d'un homme libre. Mais une fois ces réformes décrétées, où est la garantie qu'elles seront exécutées, qu'elles ne subiront point le sort ordinaire des lois russes, — celui de rester des feuilles de papier imprimé ? L'on aurait beau décréter les réformes les plus sages: avec le mode de gouvernement qui régit la Russie, Ton n'arrivera jamais à les faire mettre à exécution; la bureaucratie et la camarilla y sant trop intéressées; leurs intérêts sont en opposition trop directe, trop flagrante, trop irrémédiable avec les intérêts de la E/Ussie. La bureaucratie administre, opprime et pille le pays; la camarilla se trouve placée comme une muraille entre l'empereur et la nation, elle empêche l'empereur de connaître la E-ussie, ne permet point l'approche de la personne impériale aux hommes qui^ connaissant leur pays, auraient pu dcwaner de bons-

conseils. Investi d'une toute-puissance nominale, objet d'une adoration extérieure, flatté et encensé, mais d^e fait, réduit à une impuissance à peu près complète de faire le bien, trompé de tous les cotés, l'empereur de toutes les Eussies, le plus honnête homme de son empire, se trouve dans l'impossibilité de pouvoir empêcher la bureaucratie et la camarilla de commettre en son nom toutes sortes d'infamies, dont il ignore les détails et 1^ particularités. Est-ce une position tolérable? Nous sommes convaincu que si l'empereur Alexandre reliait un jour à connaître sa position réeUe, son cœur honnête et loyal la lui ferait repousser avec indignation, et il s'empresserait d'entourer son nom d'une aaréole immortelle dans l'histoire, en accordant à la Russie un gouvernement représentatif. Aujourd'hui, sous un régime de souveraineté soi-disant absolue, nous voyons la bureaucratie et la camarilla exécuter, constamment et journellement, des razzias sur le domaine du pouvoir impérial, l'envahir et s'arroger la part du lion ; ils enlèvent à l'empereur la plus grande partie de son autorité, et ils lui laissent la responsabilité de leurs propres méfaits devant Dieu et devant l'histoire. A peu près impuissant pour le bien, l'empereur se trouve responsable de tout le mal, de toutes les horreurs commises par la bureaucrate et la camarilla. Avec un gouvernement représentatif, il en serait autrement. L'empereur, après avoir compris qu'un pouvoir illimité est un non-sens, (Ju'il est maténellement impossible à un homme de l'exercer, aurait posé des limites à son autorité, aurait traeé une ligne de démarcation bien nette et bien précise, entre son pouvoir et celui de la représentation nationale, et ne serait, à l'avenir, responsable que de ses propres actes,

en dégageant complètement sa responsabilité pour les faits et gestes des misérables qni, aujourd'hui, oppriment et pillent la Eussie en son nom.

Oui, l'empereur ne saurait que gagner à rétablissement d'un gouvernement représentatif. Ceux qui y perdraient seraient la bureaucratie et surtout la camarilla. La bureaucratie, cette souveraine actuelle et absolue de la Russie, se verrait obligée d'abdiquer. Pour la camarilla, ce serait pis encore: elle qui se fait accorder si souvent des sommes si fortes sur un trésor à peu près vide, ne pourrait plus ni se faire donner de l'argent, ni constituer, comme elle le fait aujourd'hui en Russie, une caste intermédiaire entre la famille impériale et le reste de la nation. Aussi est -il concevable que la camarilla épuisera tous ses efforts, mettra en jeu toute son immense influence, pour empêcher toute modification dans la forme du gouvernement en Russie.

Sans un gouvernement représentatif, sans une constitution, aucune réforme en Russie ne pourra aboutir, ni porter de fruits. Nous avons vu l'absolutisme dans les mains de souverains dont l'intelligence n'était point saine, comme l'empereur Paul et l'empereur Nicolas; l'on pouvait attribuer les funestes effets de l'absolutisme à ceux qui l'exerçaient. Aujourd'hui nous voyons ce même pouvoir dans les mains d'un parfait honnête homme, d'un homme animé des meilleures intentions: pourquoi donc tout va-t-il si mal? C'est que l'absolutisme porte en lui-même un germe de décadence : avec lui, point de publicité; sans publicité, point de contrôle, et sans contrôle, les abus, la vénalité, la corruption, envahissent un pays, le rongent, paralysent ses

dbyGoogk

forces, et le minent comme une fièvre lente parvient â miner Thomme le plus robuste.

Mais si Tempereur Alexandre n'accorde point une constitution, qu'arrivera-t-il ? Sans aborder le domaine de l'imprévu, si fréquent • dans Thistoire de Russie, et jour ne s'en tenir qu'aux chances les plus probables, on peut dire que la désorganisation, aujourd'hui patente, du corps social en Russie marchera à grands pas; la désaffection générale, déjà visible aux moins clairvoyants, ira en augmentant; les relations mutuelles des diverses classes de la société entre elles s'aigriront davantage; la banqueroute, en atteignant plus ou moins les fortunes privées, en atteignant les émoluments des employés, paralysera complètement les ressources de l'état. En même temps, à la première guerre, l'ennemi, en mettant le pied sur le sol russe, proclamera Témancipation réelle des serfs, avec de la terre, et la liberté de conscience pour tous les sectaires. Dans l'éventualité si prochaine d'une crise en Orient, la Russie, paralysée par les vices de son administration, verra la question orientale, si importante pour elle, résolue sous ses yeux, sans elle et malgré elle. Le mécontentement général, l'indignation publique, arrivées à leur apogée, feront explosion et amèneront un changement violent dans la forme du gouvernement. Quel sera ce changement? Nul ne saurait le prévoir. Au lieu de courir dans l'avenir à des dangers certains, il serait prudent, il serait sage de les éviter, de les prévenir, en accordant aujourd'hui une constitution. En donnant, de bonne grâce, à temps, l'on peut mesurer ce que l'on accorde; une fois l'ère des révolutions arrivée, qui pourrait prévoir ce que l'on se verrait obligé de concéder?

Les bureaucrates et les hommes de la camarilla. ont rhabitude de dire que la nî^on russe n'est poini mûre pour une constitution. Mai» les Serbes, le» Valaques, les Moldaves, sont-ils plus mûrs que les Russes? Et pourtant ils ont des gouvernements représentatifs. La Russie, à Theure qu'il est, n'est pas moinscivilisée que TEspagne, le Portugal ou la Grèce moderne, et ces trois pays ont dès constitutions.

Plusieurs personnes voudraient assurer que la. Russie ne saurait avoir de constitution, faute de tiersétat. C'est une grande erreur. Le tiers -état œdete en Russie, et il est même très-nombreux. Nous comprenons sous ce nom la bourgeoisie notable, les marchands, la bourgeoisie ordinaire, enfin tous ceux d'entre les nobles qui n'appartiennent point à de grandes familles, possèdent une fortune très-médiocre, ou même n'en possèdent aucune, et ces nobles forment la majorité de leur caste.

Une constitution octroyée à temps, et loyalement exécutée, rattache un souverain à son peuple par dea liens indissolubles. XJn monarque, en accordant une constitution dans le plein exercice de sa prérogative souveraine, acquiert l'amour de son peuple et rafferndt sa dynastie. Les constitutions octroyées: en Bavière en 1818, en Wurtemberg en 1819, en Espagne en 1833, en Portugal en 1834, en Prusse en 1847 et en Piémont en 1848, n'ont certainement diminué en rien le prestige attaché au pouvoir royal dans ces pays, pourtant si différents entre eux. Elles ont, au contraire, resserré les liens d'affection entre les souverains et leurs sujets; elles ont raffermi ces dynasties, diont les chefs ont eu assez d'intelligence et, assez d» cœur pour s'élever à cette idée, incompréhensible aux

iiatnres vulgaires, que le pouvoir absolu est; au-dessus des forces humaines, et ne sert que d*aliment aux instincts sauvages de ceux qui Texercent, tandis qu'un pouvoir limité et sagement pondéré, en investissant le souverain du droit de faire le bien, Texonère de la responsabilité pour tout le mal qui peut être commia dans son pays.

Si une constitution venait à être octroyé à la Russie, il faudrait nécessairement avoir deux chambres, afin d'éviter les immenses inconvénients que pourrait amener un vote précipité, arrivé à la suite d'une vive émotion ou de l'un de ces entraînements irréfléchis, auxquels les majorités des assemblées se laissent aller parfois* Avec deux chambres, ce danger^ ne serait point à craindre.

De toutes les constitutions, la plus admirable, celle qui a donné les preuves les plus fortes de sa vitalité, c'est la constitution anglaise. Mais en Russie elle est impossible: la constitution anglaise exigeant une pairie héréditaire, appuyée sur des majorats.

Les majorats n'ont jamais pu prendre racine en Russie: ils sont trop antipathiques au caractère et aux tendaces des nations slaves, caractère essentiellement démocratique, tendances à l'égalité générale. Dqm& l'ancienne Russie, l'on ne connaissait même pas ce qu'était un majorât. Pierre I®', en mars 1714, avec cette violence qui formait le fond de son caractère, déclara majorats forcés tous les biens des nobles al^wrs existants, et alla jusqu'à casser et annuler tous- les actes de partage conclus depuis le l®'" de janvier 1714. A cette époque, Pierre I®' songeait déjà à déshériter son fils Alexis; dans le but de préparer la Russie à

cette éventualité, il eut la bizarre et inconcevable idée, au moment de la transformation en majorats de tous les biens nobiliaires, d'ériger en loi qu un père, ayant plusieurs enfants, pouvait choisir à son gré celui d'entre eux auquel il laisserait son majorât ! Si le père mourait sans avoir fait ce choix, le majorât passait au fils aîné. Cette loi sauvage fut la source de nombreuses haines de famille, engendra plusieurs crimes, et acheva de rendre Vidée du majorât odieuse à la noblesse russe. A Tavénement d'Anne, en 1730, la noblesse sollicita et obtint Tabrogation de la loi de 1714, et le partage des biens fut rétabli. En 1845, Tempereur Nicolas publia une loi qui engageait la noblesse à créer des majorats, et réglait les conditions d'érection. On sait que Saint-Pétersbourg est la ville des courtisans par excellence, et malgré cela il n'y eut pas dix majorats de créés! Tant est vive l'antipathie contre cette institution, sans laquelle il ne saurait y avoir de pairie héréditaire sérieuse.

Une autre raison non moins grave s'oppose également à la création d'une pairie héréditaire en Russie. De quels éléments le gouvernement composerait-il une chambre haute héréditaire ? Il y ferait entrer les membres du conseil de l'empire, les généraux en chef, les sénateurs, les conseillers privés, et avant tout les membres de la camarilla. Tout ce monde, sauf un petil nombre d'hommes intelligents et honorables, peut être divisé en deux catégories. Ce sont, ou des hommes que leur naissance appelait à être de grands seigneurs et qui ont préféré tenir pendant toute leur vie une conduite de valets, ou bien des valets parvenus à force d'intrigues et de bassesse, et qui, de bonne foi, s'imaginent être de grands seigneurs. Créer une

pairie héréditaire en la composant d'individus pareils, mais ce serait le comble de la démence! ce serait rendre l'institution elle-même, dès son introduction en Russie, ridicule et odieuse au pays. Il y a en Russie beaucoup d'hommes intelligents et honorables : plusieurs d'entre eux possèdent de grandes fortunes, mais ils sont loin de la cour, et ce ne serait point sur eux que le gouvernement aurait fait tomber son choix. A défaut d'une chambre héréditaire, l'on pourrait avoir une chambre viagère, composée de membres inamovibles nommés par le souverain. Cette institution, sans offrir toutes les éminentes garanties d'une pairie héréditaire, barrière solide contre le despotisme et contre Tanarchie, a du bon, et nous la voyons à l'œuvre dans plusieurs pays constitutionnels. Mais encore une fois, quelle serait la composition de cette chambre, quel serait son personnel? Le gouvernement y ferait entrer les diverses catégories d'individus que nous venons d'énumérer. Avec ces hommes-là, l'on ne saurait même composer une pairie viagère qui puisse jouir de la moindre considération. Il faut à la Russie deux chambres, et non point une antichambre.

Pour les premières années du gouvernement représentatif, nous ne saurions comprendre, en Russie, un autre régime que celui de deux chambres électives. La chambre des communes, à laquelle on pourrait donner le nom de dovma zemskada, pourrait être composée, au nombre de cinq à six cents, de députés élus par les assemblées provinciales (voyez plus haut), et la chambre haute, à laquelle on pourrait donner le nom de chambre des boyards {dovma hoiarskaid)^ pourrait être composée de deux cent cinquante à trois cents membres, élus pour quatre années, d'abord, en-

^ jogle

cuite de nouveau pour quatre années par les mêmes assemblées provinciales. Seulement, pour entrer à la chambre des communes, il ne faudrait exiger aucun cens d'éligibilité; il suffirait d'avoir vingt -cinq ans d'âge, et de n'être frappé d'aucune incapacité légale. Pour entrer à la chambre des boyards, il faudrait avoir quarante ans et posséder des propriétés foncières jusqu'à un chiffre déterminé par la loi. Après huit années de pratique du gouvernement représentatif. Ton Terrait surgir dans les deux chambres des hommes auxquels leur intelligence et leur caractère auraient conquis l'estime générale. Alors, avec ces hommes l'on pourrait organiser une chambre de boyards viagère et inamovible, nommée par le souverain, sans aucune limite d'âge ni de fortune, ce qui permettrait d'y donner accès à toutes les illustrations et à toutes les sommités sociales du pays.

En donnant une constitution à la Russie, il faudrait y placer un article qui en permettrait toujours la révision en l'entourant de certaines garanties, comme, par exemple, une proposition signée de cent membres serait nécessaire pour pouvoir procéder à la ré- Yision d'un chapitre de la constitution, et les changements demandés ne pourraient s'opérer que s'ils étaient votés, non à la majorité absolue, comme toutes les autres mesures législatives, mais aux trois quarts des voix des membres présents ce jour-là.

Enfin, une raison toute spéciale devrait porter l'empereur Alexandre à octroyer, de plein gré, une constitution à son peuple, avant que l'on vienne, d'ici à quelques années, lui en imposer une.

L'origine du pouvoir de la maison de Holstein- Gofctorp ne se perd point dans la nuit des temps. Ce

pouvoir ne tire sa source ni d'un principe de légitilûîté transmis à travers plusieijrs siècles, ni du principe de rélection nationale. La maison Romanow (éteinte en 1730) avait été portée sur le trône par l'élection nationale, avec un pacte libi-ement accepté par son chef, le czar Michel ; ce pacte fut bientôt violé, -et le gouvernement russe devint un gouvernement de fait, ne reposant depuis sur aucun principe. Après la mort du dernier des Ttomanow , l'empereur Pierre IT, décédé le 19 [30] janvier 1730, le trône de Eussie fut occupé pendant dix années par l'impératrice Anne, fille du czar Jean Y, et tante germaine de Pierre II. Anne mourut le 17 [28] octobre 1740, léguant la couronne de Russie, sans avoir consulté la nation et comme s'il s'agissait d'un immeuble, à son petit-neveu le prince Jean de Brunswick-Bevern, arrière-petit-fils du •czar Jean Y. Treize mois après, dans la nuit du 24 novembre [5 décembre] 1741, éclate une insurrection militaire. Si elle avait échoué, elle aurait reçu l'épithète de révolte : ayant réussi, elle devint une révolution, et plaça sur le trône Elisabeth, fille illégitime •de Pierre P'. Elisabeth, sans consulter la nation, et <îomme s'il s'agissait d'un immeuble, légua la couronne •de E-ussie à son neveu le duc de Holstein-Gottorp, •dont la mère, la duchesse Anne, était aussi la fille illégitime de Pierre I®'. Le duc de Holstein monta sur le trône le 25 décembre 1761 [5 janvier 1762], sous le nom de Pierre III. L'arrière- petit-fils de ce prince, l'empereur Alexandre II, animé de si excellentes intentions, pourrait unir sa dynastie à la nation russe par des liens indissolubles: en émancipant les serfs, en créant en Russie une justice qui n'existe que de nom, en s'attaquant sérieusement, non en paroles,

Jigitized by VjOOQIC

mais en actions, à la vénalité de Tadministration; eu transformant un peuple d'esclaves en une nation d'hommes libres, en remplaçant la régime deVarbitraire par le règne de la loi, en accordant enfin à la Russie les garanties indispensables au maintien de ces réformes. Ces garanties ne peuvent consister que dans la publicité et le contrôle et ni Tune ni Tautre ne sauraient être réels et sérieux sans un gouvernement représentatif. Ce qui fait défaut à la Russie, ce qui transforme nos lois en des hatti-houmayoun^ ce qui entraîne, le gouvernement russe vers Tabime, c'est le manque d'institutions politiques. En accordant une constitution, l'empereur Alexandre aura accompli un acte sublime devant Dieu, l'univers et l'histoire. En le faisant, il aura transformé la maison étrangère et allemande de Holstein-Gottorp en une dynastie nationale, une dynastie véritablement russe!

Rempli de respect pour l'empereur Alexandre, rempli d'amour pour notre pays, nous formons les vœux les plus sincères pour la prospérité de la Russie. De nos jours, sans des institutions politiques sérieuses et solides, il ne saurait y avoir pour aucun pays, ni de prospérité durable, ni de sécurité réelle.

dbyGoogk

Page 1