DU RUSSIE
GRANDE BRETAGNE. Londres, le || Mai 1860.
No. 498.
Le soussigné, gérant du Consulat - Général , est chargé d'inviter Monsieur le Prince Pierre Dolgoroukow de rentrer en Russie sans délais, conformément aux ordres de TEmpereur.
Le soussigné prie Monsieur le Prince Pierre Dolgoroukow de vouloir bien lui flaire l'honneur de lui accuser la réception de la présente.
F. GBOTE.
Note du Prince Pierre Dolgoroukow, en réponse k l'invitation, à lui transmise de la part du Gouvernement Russe, par Monsieur le Gérant du Consulat-Général, d'avoir k rentrer sans délai en Russie.
Londres, Claridge's Hôtel, Brook-street, ce ^ Mai 1860.
En publiant mon livre: la Vérité sur la Rttasie, et en annonçant une série de publications, j'étais mû par un amour sincère de mon pays, mais je ne me dissimulais nullement, à quel point ma franchise et mes opinions libérales devaient m'attirer la haine du parti rétrograde, ainsi que des bureaucrates déguisés en libéraux ; la haine , en un mot , de tous ceux qui
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vivent des abus, de tous ceux qui en profitent. La haine de ces gens-là honore ceux qui en sont l'objet. Néanmoins, mes ennemis les plus acharnés ne m'ayant jamais contesté un certain degré d'intelligence, il était clair qu'un homme de mon âge, et qui n'est point un sot, en se fixant à l'étranger, devait avoir pris, pour s'assurer une existance indépendante, les précautions qu'il avait cru nécessaire de prendre. C'est ce que j'ai fait.
Quel but logique peut donc avoir en vue le gouvernement russe en m'intimant Perdre de rentrer en Rtissiey et cela sans délai'} Croire que j'obtempérerai à cet ordre — c'est me prendre pour un imbécile, et provoquer un éclat de rire retentissant ! Et une fois que je refuse de rentrer, me fera-t-on juger par cette odieuse parodie de la justice que l'on appelle les tribunaux russes ? Me fera-t-on condamner à la privation des droits civiques et à l'exil en Sibérie? Avec la « meilleure volonté du monde, il m'est impossible de garder mon sérieux. Pour ce qui en est des droits civiques et des privilèges de la noblesse russe, pour ce qu'en pensent tous les gens raisonnables, voyez les pages 230, 231 et 232 de mon livre: pour ce qui en est de l'exil en Sibérie, c'est tout comme si Ton me condamnait à l'exil dans la lune. Le gouvernement russe ne se leurre point, certainement, de l'illusion bizarre de croire qu'un arrêt des tribunaux russes puisse modifier, le moins du monde, ma position sociale dans les divers pays de l'Europe où il pourra m'arriver de résider?
J'ai 43 ans; je suis né et j'ai vécu, comme tous les nobles russes, dans la position d'un esclave privilégié dans un pays d'esclavage général ; j'ai le dégoût
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de cette existence; elle me fait mal au cœur, et je me suis décidé à finir mes jours dans des pays libres, dans des pays où les hommes ne sont point invisagés comme des moutons appartenant à telle ou telle famille. Pour tâcher d'être utile, sur le sol étranger, à ma patrie que j'aime passionnément, je livrerai à la publicité le résultat de mes études sur l'état présent de la Russie, ainsi que sur l'histoire de son passé. Je rentrerai dans mon pays, mais ce ne sera que le jour où le régime des lois aura remplacé celui de l'arbitraire. Si S. M. l'Empereur Alexandre apprécie bien les intérêts de sa propre dynastie, s'il veut éviter les immenses dangers d'une révolution, il donnera satisfaction aux vœux raisonnables et aux aspirations légitimes du pays: il promulguera une Constitution. S'il ne le fait point, alors, d'ici à un certain nombre d'années, le courant irrésistible des événements fera table rase de l'ordre de choses actuel en Russie. Que mon pays obtienne une Constitution, ou qu'une' révolution vienne opérer violemment les réformes dont l'accomplissement pacifique dépend encore, à l'heure qu'il est, de: la volonté du gouvernement, dans chacune de ces deux éventualités je compte rentrer en Russie.
Dans le siècle où nous vivons, l'on a vu plus d'une fois des émigrés politiques revenir, au bout d'un certain nombre d'années, dans leur pays natal, et les hommes qui les avaient proscrits partir pour l'exil. Je forme des vœux sincères pour que la dynastie de Holstein-Gottorp , comprenant enfin ses véritables intérêts, parvienne à s'afiranchir de la funeste influence de courtisans avides et incapables (dont le dévouement simulé ne survivra point aux années de
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sa prospérité). Je souhaite la voir accorder à la Russie des institutions politiques sérieuses et solides, et en le faisant, s'épargner à elle-même la fâcheuse éventualité d'échanger un jour Tun des plus beaux trônes du monde contre un éternel exil
Prince Pierre DOLGOROUKOW.
unb niemanb feinen fianbanteil, ber il^m ja nid^t gel^orte, Derïaufen noi) belaften ïonnte, fo ïonnte aud^ niemanb auêioanbern, ol^ne nad^ *35erluft Don gab unb ®ut atë ^roletarier ansufangen.
S)er einstge ÎDeg aber, unt einen grôgeren fianb** anteil 3u beïommen, toar ber, mel^r ^inber su l^aben. S)ag *2Hir»e^ftem toar aifo nid^t nur ein 9inbernti5 fiir jebe Sntenfibierung unb jebe ^b** iDanberung beg 'SebôKerunggûberfd^uffeê aug ber Canbgemeinbe, fonbern gleid^seitig eine ^rdmie fur ïinberretd^e gamilien. S)te goïge beg "^tHr» 6t)ftemg tt)ar in bcn fiibruffifd^en Oebieten eine agrartfd^e îlberbeboïïerung, bte burd^ bcn £anb» l^unger ber 'Sauernfd^aft bel ber rufftfd^en <Ret)o« lutton bon 1917 teine geringe ^Rolïe gefpieit l^at."
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En ce moment, la Russie, grâce aux tendances éclairées de Tempereur Alexandre II, entre dans la voie des réformes indispensables, dans la voie des réformes qui, seules, peuvent la sauver d'un cataclysme politique, et tout naturellement un grand nombre de questions viennent à surgir. La solution régulière et paisible de ces questions ne saurait être amenée qu'à l'aide de la publicité, d'une publicité impartiale et sérieuse, complètement affranchie de tout esprit de courtisanerie, de toutes les influences personnelles, officielles et semi-officielles.
L'empereur Alexandre, si dévoué à son pays, ne saurait se trouver blessé par Taccent de la vérité, lorsqu'elle lui est exprimée avec respect pour lui et avec amour pour la Russie.
Plusieurs de nos compatriotes ont l'habitude de dire : „I1 ne faut jamais révéler aux étrangers la vérité sur le compte de la Russie: il faut leur cacher les plaies du pays." Ce langage, à notre avis, est en contradiction complète avec la saine logique, la dignité et le patriotisme véritablement éclairé. Sans parler déjà du dégoût profond inspiré par le mensonge à tout cœur honnête et loyal, il faudrait se trouver doué
d'une immense dose de présomption pour croire à la. possibilité de tromper tout le monde. Les personnes qui tiennent ce langage nous font Teffet de gens atteints de maladies graves, et préférant souflfrir ou même mourir, plutôt que d'avoir recours à un bon médecin, qui les aurait complètement guéris, et leur aurait rendu les forces et la santé. Pour la Russie, ce médecin, — c'est la publicité.
Les questions politiques et sociales, pour arriver à une solution logique, doivent être élucidées, et elles ne sauraient l'être que par la discussion publique. La publicité est le remède le plus efficace pour extirper les anciens abus et empêcher la formation d'abus nouveaux.
Pour écrire sur la Russie, il faut être Russe; notre pays ne ressemblant à aucun autre, et son développement historique ayant eu lieu dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. Mais avec la censure, et surtout la censure russe, atteinte de deux maladies incurables, la peur et Tidiotisme, c'est dansles pays étrangers seulement que l'on peut imprimer un livre sur la Russie. Il existe en Europe cinq ou. six imprimeries russes, et plusieurs de nos compatriotes manifesteront peut-être leur surprise de nous voir écrire en français, plutôt que dans notre langue nationale. Nous devons expliquer les raisons qui nous ont dicté ce choix. En Russie, le parti rétrograde, lequel, si on lui laissait le champ libre, entraînerait le pays vers un cataclysme politique, et la bureaucratie russe, cet appui zélé, ce conseiller permanent du parti rétrograde, dans leur affection commune pour le mensonge officiel ainsi que pour le mystère protecteur de ce mensonge, ont la haine et la crainte delà
publicité. Mais celle qu'ils abhorent et redoutent surtout, c'est la publicité européenne, et, plus que toute autre, la publicité en langue française, Tidiome le plus connu dans tous les pays du monde. Il s'ensuit que pour attaquer le parti rétrograde et la bureaucratie, il faut nécessairement avoir recours à la publicité enlangue française, l'arme la plus redoutée par ces deux ennemis de la prospérité et de la grandeur de la Russie.
Nous avons beaucoup étudié l'histoire de notre pays; nous avons connu la plupart des hommes qui depuis vingt-cinq ans on été au pouvoir en Russie, et la plupart de ceux qui s'y trouvent aujourd'hui; nous connaissons leurs biographies et leurs relations intimes. Nous avons été à même de connaître les causes secrètes de bien des faits. Nous avons habité et les deux capitales et l'intérieur du pays ; nous avons passé par l'exil ; nous nous sommes trouvé en relations avec des personnes des positions sociales les plus diverses, depuis les plus élevées jusqu'aux plus modestes. Fixé aujourd'hui en pays étranger, nous comptons désormais écrire sur la Russie, dans Tintime conviction de voir la vérité, mise au grand jour de la publicité, même par une plume aussi faible que la nôtre, être utile à notre patrie bien-aimée.
Paris, mars 1860.
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