‹ Le verre d'eauChapitre 4 sur 73 · ACTE I, SCÈNE III IJ · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III IJ

c'est le parti Marlborough qui peut seul l'appuyer et !e faire réussir ... La duchesse l'a promis . . . aussi* tout cède à son influence. Surintendante de la reine, elle ordonne, règle, décide, nomme à tous les emplois, et un choix fait sans son aveu* excitera sa défiance, sa 5 jalousie, son refus peut-être. Voilà pourquoi, mes amis, la reine me parait aujourd'hui bien hardie, et la nomination d'Abigaïl bien douteuse encore !

Abigaïl. Ah ! s'il en est ainsi !' . . . si cela dépend seulement de la duchesse, rassurez-vous! ... j'ai quel- 10 que espoir!

Masham. Et lequel?

Abigaïl. Je suis un peu sa parente.

BoLiKGBROKE. Vous, Abigaïl?

Abigaïl. Eh, oui vraiment . . . par mésalliance! un 15 cousin à elle, un Churchill, s'était brouillé avec sa noble famille en épousant ma mère !

M.vsHAM. Est-il possible ?... parente de la duchesse!

Abigaïl, Parente bien éloignée ... et jamais je ne 20 m'étais présentée devant elle, parce qu'elle avait refusé autrefois de recevoir et de reconnaître ma mère . . . mais moi . . . pauvre fille . . . qui ne lui demanderai rien que de ne pas me nuire . . (que de ne pas s'opposer aux bontés de la reine '^ . . 25

Bolingbroke. Ce n'est pas une raison . . . vous ne la connaissez pas . . . Mais cette fois du moins je puis vous servir, et je le ferai. . .dusse- je* m'attirer sa haine!

Abigaïl. Ah! que de bontés!'

Masbam. Comment les reconnaître* jamais! 30

Bolingbroke. Par votre amitié.

Abigaïl. C'est bien peu !

l8 LE VERRE d'eau

BoLiNGBROKE. C'est beaucoup! pour moi, homme d'état . . . qui n'y crois guère^ ... ( Vivement. ) Je crois à la vôtre et j'y compte! . . . (Leur prenant la main. ) Entre nous désormais . . . alliance offensive S et défensive ! ,

Abigaïl, souriant. Alliance redoutable! BoLiNGBROKE. Plus que vous ne croyez peut-être, et grâce au ciel, la journée sera bonne !^ deux succès à emporter ! ... la place d'Abigaïl ... et une autre af- 10 faire qui me tient au cœur' . . . une lettre que je voudrais à tout prix faire arriver ce matin entre les mains de la reine ... j^en attends et j'en cherche les moyens . . . Ah ! si Abigaïl était nommée ! si elle était reçue parmi les femmes de Sa Majesté, tous mes mes- 15 sages parviendraient en dépit de la duchesse.

Masham, vivement. N'est-ce que cela?... je puis vous rendre ce service.

BOLINGBROKE. Est-il possiblc !

Masham. Tous les matins à dix heures, et les voici 20 bientôt,* je porte à Sa Majesté pendant son dé jeûner --;» {prenant le journal sur la table à droite) la Gazette du monde élégant et des gens à la mode, qu'elle parcourt en prenant son thé ; elle regarde les gravures, et parfois me dit de lui lire les articles de bals et de 25 raouts."

BOLINGBROKE. A merveille !* . . . quel bonheur que la royauté lise le journal des modes . . . c'est le seul qu'on lui permette ... ( Glissant une lettre sous la couverture du journal.) La lettre du marquis au 30 milieu des vertugadins et des falbalas.'' Et pendant que nous y sommes ... ( Tirant un journal de sa poche.)

Abicaïl. Que faites-vous?

BoLiNGBROKE. Un numéfo du journal l'Examinateur que je glisse sous la couverture. Sa Majesté verra comment l'on traite le duc et la duchesse de Marlborough . . . elle et toute sa cour en seront in- 5 dignées . . . \o\\k dix heures, allez, Masham . . . allez !

Masham, sortant par la porte à droite. Comptez sur moi !

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