‹ Le verre d'eau, ou, Les effets et les causes (volume 2)Chapitre 22 sur 85 · L.A REINE serrant la lettre · texte numérisé non relu

L.A REINE serrant la lettre

'*■ C'est inutile... je vous en ai déjà parlé... c'est la petite Abigail.

LA DUCHESSE , à pari.

0 ciel!... (haut) et celui qui vous la recommande .-^i vivement...

LA REINE

■^ Peu importe... j'ai promis de ne pas le nommer... et de ne pasmontrer.<a lettre.

LA DUCHESSE

Acciaseul... je Je devine!... c'est M. de Saict'

Jean.

tA BEINE , iroublée.

I Je ne dis pas que...

LA DUCHESSE, vivement.

C'est lui, madame, j'en suis sûre...

LA nEINE.

Y Eh bien ! oui... c'est la vérité 1

LA DUCHESSE , avec une roUie qu'elle s'efforce <!e coiili'iiir.

Ah ! je comprends que nos enficmisTemporti-nt, puisque notre reine nous livre à eux, au motninl où nuus combattons pour elle... Oui, miuiame, aujourd'hui môme, a été présenté au parletnent le bill qui rappelle en Angleterre le prince Edouard votre frère , et qui le déclare après vous 1 héritier du trône. Ce bill , qui déjà soulève la répugnance de la nation et les murmures du peuple, c'est nous qui le soutenons contre Henri de Saint-Jean cl le parti de l'oiiposiiion , au risque d'y perdre notre po|tularité, et plus lard notre pouvoir. "S'oilà ce que nous faisons pour notie souveraine ; et elle , loin de nous seconder, cnirelicnl pendant ce temps des corre.'^pondanci'S secrètes avec nos adversaires déclarés; ei c'est pour eux enfin , qu'elle nous abandonne cl nous trahit...

LA REINE, ù part, avec impalience.

V Encore une scène de plaintes cl de jaiou<ie... en xoilà pour toute la journée. [Umii ) Kh : non, duchesse... loul cela n'existe que dans votn' imagination , qui dénature et exagère loul. Celte correspondance n'a rien de p'ilili(iue , et ce qu'elle renferme est d'une nature lellc...

LA DICIIESSE.

Que votre majesté craint de me la montrer...

LA REIM, aven Inipaiieiiio.

Par égard pour vous. (La l'il donnant j Car elle contient des faiis que vous ne piu\ez nier. LA niXHF.SSE , parconiunl la lettre.

K'csl-cc que cela? l'ailaque est peu redoutable. lA nEi>i:.

V Ne vous ctcs-vous pas opposée à l'admission d'Abigail?

LA DUCUF.SSE.

Et c'est ce que je ferai encore de tout mon crédit auprès de voire majesté.

LA HEINE

y II n'est donc pas vrai, comme on l'assure, qu'elle est voire cou^ine■?...

LA DUCHESSE

Si madame... j'en con\icns , je l'avoue hautement; ccsl pour cela même que je n'ai point voulu la placer auprès de vous. On m'accuse depuis si long-temps , moi sui intendante de votre maison , de doimer tous les emidois à mes amis , à mcsparcns, a mes créaiurcs; de n'entourer votre majesté ipic de me famille ou de gens à ma dévotion ; nouiiner Abi;:.iil serait donner contre moi un prétexte de plus a la calomnie ; et votre majesté est trop juste et trop généreuse pour le pas me comprendre.

LA HEINE, avec embarras el à moitié coii»uincuo. :- Oui certainement... je comprends bien... mnis j'aur.,is voulu cependant que cette pau\rc Abigud...

LA DUCHESSE

Ah ! soyez tranquille sur son sort., je lui trouverai loin de vous, loin de Londres, une position brillante et honorable. C'eslma cousine , ce>l ma parente.

LA HEINE

,v A la bonne heure...

Et puis d'ailit'urs, l'intérêt que vo'lrc majesté daigne lui porter... Je suis si heureuse quand je puis prévenir ou deviner ses intenlion»... C'est comme ce jeune homme... cel enseigne dans les gardes, que l'autre jour votre majesté avait eu l'air de me rerommandjr.

LA IIEIXE.

'/ 31oi?... qui donc?

LA DUCHESSE

Le petit Masham , dont elle m'avail fait l'éloge. LA UF.INE, avec un peu (i'eniolioii.

V Oui , c'est vrai, un jeune ndliiaire , qui tous les matins me lit le Journal des modes.

LA ducb:;sse.

J'ai trouvé moyen de le faire passer ofiicier aux gardes. Une occasion admirable, dont personne ne se doutait, pas mémo le maréchal... qui a signé presque sans le savoir... et ce malin le nouveau capitaine viendra remercier votre majesté.

LA HEINE, avec jo»e.

; Ah!... il viendra!

LA duchesse.

Je l'ai mis sur la liste d'audience.

LA r.EINE.

y C'est bien ! je le recevrai. .Mais si les journaux de l'opposition crient à linjust ce, à la faveur...

LA DUCHESSE

C'est le maréchal... ça le regarde... ce n'est plus un emploi dans votre maison.

LA HEINE, allant s'asseoir près de la table à gauche. ' C'est juste!

LA DUCHESSE

Vous voyez bien que quand cela est possible, je suis la première a vous seconder.

LA HEINE, assise, et se lournuul vers elle. •/ 'Vous êtes si bonne !

LA nUCHESSF, (Jeliout près du fauteuil.

Mon î)ieu non ! an contraire... je le sens bien... mais j'aime tant votre majesté, je lui suis si dévouée.

LA HEINE, à part.

'( Après tout, c'est vrai !

LA nVCIIESSE.

El les rois ont si peu d'amis vériialdcs!... du uiis qui ne craignent pas de les fâcher... de les hcur- |T, de les contrarier... Ouo voulez-vous, je ne sais ni flaUer... ni tromper... je ne saisqu'airacr...

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