‹ Le verre d'eau, ou, Les effets et les causes (volume 2)Chapitre 49 sur 85 · BOLINGBROKE, LA REINE, LA DUCHESSE · texte numérisé non relu

BOLINGBROKE, LA REINE, LA DUCHESSE

LA DUCHESSE, sortant de la porte i droite, s'avanre fièrement. Elle aperçoit lîoliugbroke près de la reine et reste stupéfaite.

Bolingbrogke!... (Bolingbroke s'incWne et salue.) LA UEI>'E, qui pendant celte scène cherche toujours à cacher sa colère, s'adressant froidement à la duchesse.

>C Qu'est-ce , milady ?... Que voulez-vous? LA DUCUESSE , lui tendant las papiers qu'elle tient à la main.

Les passeports du marquis de Torcy... et la lettre qui les accompagne !

LA REINE, sèchement.

•3^ C'est bien!... (Ellejetie les papiers sur la table.)

LA DL'CUESSE.

Je l'apporte à signer à votre majesté.

LA KEINE , de même et allant s'asseoir h la table i gauche.

\ . Très bien!... Je lirai... j'examinerai. LA DUCUESSE, à part.

O ciel!... (Haut.) Votre majesté avait cepen-

LE TBHRS n'EtC

dant décidé que ce serait aujourd'hui même... «t ce matin...

LA BEINB.

\ Oui , sans doute... Mais d'autres considérations m'obligent à différer...

LA DUCHESSE , avec colére et regardanlBolingbroke. Ah! je devine sans peine!... et il m'est aisé de voir à quelle influence voire majesté cède en ce moment !

LA REINE, cherchant à se contenir.

^Z' Que voulez-vous dire?... et quelle influence? Je n'en connais aucune... je ne cède qu'à la voix de la raison , de la justice et du bien public...

BOLINGBROKE , debout prés de la table et à droite de la reine.

Nous le savons tous!...

LA REINE

- " On peut empêcher la vérité d'arriver jusqu moi... mais dés qu'elle m'est connue... dès qa s'agit des intérêts del'Élat... je n'hésite plus!

BOLINGBROKE

C'est parler en reine...

LA REINE , s'animant.

,^' Il est évident que la prise de Bnuchain coûte

sept millions de livres sterling à l'Angleterre...

LA DUCHESSE

Madame!...

LA REINE, s'animant de plus en plus.

K Tout calculé... il est constant qu'à la bataille de Hochslett, ou de RIalpIaquel, nous avons perdu trente mille combattans.

LA DUCHESSE

Mais , permettez...

LA REINE, se levant.

y Et vous voulez que je signe une lettre pareille , que je prenne une mesure aussi importante, aussi grave... avant de connaître au juste... et de savoir par moi-même?... Non, madame la duchesse... je ne veux pas servir des desseins ambitieux... ou d'autres! et je ne leur sacriûerai pas les intérêts de l'état.

LA DUCUESSE.

Uu mot seulement...

LA REINE

i Je ne puis... Voici l heure de nous rendre à la chapelle... (A Abigaïl qui vient de sortir par la porte à droite.) Viens , parlons !

A8IGAIL.

Comme votre majesté est émue !

LA REINE, à demi-voix et l'ameaanl sur le bord du théâtre.

■ Ce n'est pas sans raison!... Il est un mystère que je veux pénétrer... et cette periîonnc dont nous parlions tanlùl, il faut absolument lavoir, l'interroger...

ABIGAIL, gatmenl.

Qui?... l'inconnu?

* L.i REINE.

' Oui... tu me l'amèneras , cela tt regarde!

ABIGAIL , de même.

Pour cela, il faut le connaître !

LA KEINE, se retournant et apercevant Masham qui vienl d'entrer par la porte du fond et lui présente ses ganls et sa Bible , dit tout bas à Abigaïl.

J( Tiens, le voici!

ABIGAIL, immobile de surprise.

0 ciel !

BOLiNGBitOKE , qui cst passé prés d'elle. La partie est superbe !

ék.

ABIGAIL.

Elle est perdue !...

BOLI>'GBBOKE.

Elle est gagnée !

' La reine, qui a pris des mains de Masham les ganls et la Bible, fait signe à Abigaïl de la suivre. — Toutes deux s'éloignenl. — La durbesse reprend avec colère les papiers qiii-soiil sur la table, et sort; Bolingbroke la regarde d'un air de triomphe.)

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