BOLINGBROKE, LA REINE, LA DUCHESSE
LA DUCHESSE, sortant de la porte i droite, s'avanre fièrement. Elle aperçoit lîoliugbroke près de la reine et reste stupéfaite.
Bolingbrogke!... (Bolingbroke s'incWne et salue.) LA UEI>'E, qui pendant celte scène cherche toujours à cacher sa colère, s'adressant froidement à la duchesse.
>C Qu'est-ce , milady ?... Que voulez-vous? LA DUCUESSE , lui tendant las papiers qu'elle tient à la main.
Les passeports du marquis de Torcy... et la lettre qui les accompagne !
LA REINE, sèchement.
•3^ C'est bien!... (Ellejetie les papiers sur la table.)
LA DL'CUESSE.
Je l'apporte à signer à votre majesté.
LA KEINE , de même et allant s'asseoir h la table i gauche.
\ . Très bien!... Je lirai... j'examinerai. LA DUCUESSE, à part.
O ciel!... (Haut.) Votre majesté avait cepen-
LE TBHRS n'EtC
dant décidé que ce serait aujourd'hui même... «t ce matin...
LA BEINB.
\ Oui , sans doute... Mais d'autres considérations m'obligent à différer...
LA DUCHESSE , avec colére et regardanlBolingbroke. Ah! je devine sans peine!... et il m'est aisé de voir à quelle influence voire majesté cède en ce moment !
LA REINE, cherchant à se contenir.
^Z' Que voulez-vous dire?... et quelle influence? Je n'en connais aucune... je ne cède qu'à la voix de la raison , de la justice et du bien public...
BOLINGBROKE , debout prés de la table et à droite de la reine.
Nous le savons tous!...
LA REINE
- " On peut empêcher la vérité d'arriver jusqu moi... mais dés qu'elle m'est connue... dès qa s'agit des intérêts del'Élat... je n'hésite plus!
BOLINGBROKE
C'est parler en reine...
LA REINE , s'animant.
,^' Il est évident que la prise de Bnuchain coûte
sept millions de livres sterling à l'Angleterre...
LA DUCHESSE
Madame!...
LA REINE, s'animant de plus en plus.
K Tout calculé... il est constant qu'à la bataille de Hochslett, ou de RIalpIaquel, nous avons perdu trente mille combattans.
LA DUCHESSE
Mais , permettez...
LA REINE, se levant.
y Et vous voulez que je signe une lettre pareille , que je prenne une mesure aussi importante, aussi grave... avant de connaître au juste... et de savoir par moi-même?... Non, madame la duchesse... je ne veux pas servir des desseins ambitieux... ou d'autres! et je ne leur sacriûerai pas les intérêts de l'état.
LA DUCUESSE.
Uu mot seulement...
LA REINE
i Je ne puis... Voici l heure de nous rendre à la chapelle... (A Abigaïl qui vient de sortir par la porte à droite.) Viens , parlons !
A8IGAIL.
Comme votre majesté est émue !
LA REINE, à demi-voix et l'ameaanl sur le bord du théâtre.
■ Ce n'est pas sans raison!... Il est un mystère que je veux pénétrer... et cette periîonnc dont nous parlions tanlùl, il faut absolument lavoir, l'interroger...
ABIGAIL, gatmenl.
Qui?... l'inconnu?
* L.i REINE.
' Oui... tu me l'amèneras , cela tt regarde!
ABIGAIL , de même.
Pour cela, il faut le connaître !
LA KEINE, se retournant et apercevant Masham qui vienl d'entrer par la porte du fond et lui présente ses ganls et sa Bible , dit tout bas à Abigaïl.
J( Tiens, le voici!
ABIGAIL, immobile de surprise.
0 ciel !
BOLiNGBitOKE , qui cst passé prés d'elle. La partie est superbe !
ék.
ABIGAIL.
Elle est perdue !...
BOLI>'GBBOKE.
Elle est gagnée !
' La reine, qui a pris des mains de Masham les ganls et la Bible, fait signe à Abigaïl de la suivre. — Toutes deux s'éloignenl. — La durbesse reprend avec colère les papiers qiii-soiil sur la table, et sort; Bolingbroke la regarde d'un air de triomphe.)