‹ Le verre d'eau; ou, Les effets et les causesChapitre 42 sur 73 · ACTE V, SCENE VII III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VII III

Masham. Lord Bolingbroke m'envoie présenter à Votre Majesté ces papiers qu'il ne pouvait, dit-il, confier qu'à moi, et qui sont de la dernière1 importance !

La Reine, avec bonté et prenant les papiers. C'est bien, je vous remercie. 5

Masham. Je dois2 les lui reporter avec la signature de Votre Majesté.

La Reine. C'est vrai ! ... je l'oubliais ! . . . {Elle passe près de la table à gauche et s assied. — Regardant les papiers.) Ah! mon Dieu! comme en voi- 10 là !3 . . .

Elle ôte ses gants, prend une plume et signe vivement et sans les lire les diverses ordonnances. — Pendant ce temps Masham s est approché d' Abigail qui est de Vautre coté à l'extrémité à droite. *s

Masham. Eh, mon Dieu ! miss Abigail, comme vous voilà pâle !

Abigail, à demi-voix, avec émotion. Écoutez-moi, Arthur . . . j'ai le crédit ... le pouvoir de la duchesse!

Masham, avec joie. Est-il possible? 20

Abigail, de même. La faveur de la reine! Et je suis décidée à repousser tous ces biens4 ... à y renoncer ...

Masham, étonné. Eh! pourquoi?...

Abigail. Pour vous . . . Quelque fortune qui vous 25 puisse arriver, en feriez-vous autant?

Masham, vivement. Pouvez-vous le demander?

Abigail, tremblant. Eh bien! Arthur, vous êtes aimé d'une grande dame ... la première de ce royaume ... 30

Masham. Que dites-vous?

Abigail. Silence! . . . {Lui montrant la reine qui

a achevé de signer et qui s'avance vers lui.) La reine vous parle.

La Reine. Voici les ordonnances que Bolingbroke vous avait chargé d'apporter à notre signature ... 5 Masham. Je remercie Votre Majesté, et vais annoncer à milord qu'il est ministre !

La Reine. C'est généreux à vous, car le premier usage qu'il fera du pouvoir sera sans doute de poursuivre1 l'adversaire de Richard Bolingbroke, son couio sin.

Masham. Je ne crains rien ! ... il sait comment ce duel s'est passé !

La Reine. Et puis, vous avez pour vous de hautes protections ... la nôtre d'abord, et bien mieux encore, 15 celle de la duchesse! {Elle va s'asseoir sur le canapé à gauche du spectateur. — Masham est debout devant elle, et Abigail debout derrière le canapé sur lequel elle s appuie en regardant Masham.) On m'a assuré, Masham, mais vous n'en conviendrez pas,2 car vous 20 êtes discret, on m'a assuré que vous l'aimiez . . .

Masham. Moi, madame? . . . jamais !

La Reine. Et pourquoi donc vous en défendre?3 la duchesse est fort belle, fort aimable, et le rang qu'elle occupe . . .

25 Masham. Ah ! qu'importe le rang et la puissance ... on y songe peu quand on aime. {Regardant Abigail qui est debout derrière la reine.) Et j'aime ailleurs!... {Abigail fait un geste d'effroi.)

La Reine, baissant les yeux. Ah! c'est différent... 30 Et celle que vous aimez est donc bien belle !

Masham, avec amour et regardant Abigail. Plus que je ne peux vous dire... (Se reprenant.) Je

veux dire que je l'aime . . . que je suis heureux et fier de cet amour, et punissez-moi, madame, si même ici, devant vous et à vos pieds, j'ose l'avouer . . .

La Reine, se levant brusquement. Taisez-vous!... N'entendez-vous pas ... ? 5

Abigail, montrant la porte du cabinet à droite. On frappe à cette porte !

Masham, montrant les portes du fond. Ainsi qu'à celles-ci l1

Abigail. Et ce bruit au dehors ! ... les apparte- 10 ments se remplissent, de monde.

La Reine. Comment fuir maintenant?... {A part avec effroi.) Et cette phrase de la duchesse! {Haut.) Et si on le voit ici . . .

Abigail. Là, sur ce balcon ... 15

Masham s'élance sur le balcon à gauche, Abigail referme la fenêtre.

La Reine. C'est bien ... va leur ouvrir.

Abigail. Oui, madame . . . mais du calme ... du sang-froid. 20

La Reine. Oh! j'en mourrai!

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