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LA THERMODYNAMIQUE ET SES APPLICATIONS A L’INDUSTRIE CHIMIQUE

La pensée chimique n’a pas simplement N évolué depuis un quart de siècle; elle a été révolutionnée de fond en comble par la discipline thermodynamique. A l’enregistrement simple des faits et aux ébauches de théories particulières a succédé le règne des doctrines d’ensemble, d’où les faits particuliers se déduisent mathématiquement d’un petit nombre de principes généraux.

Notre époque a vu se réaliser, au moins partiellement et suivant une méthode rigoureuse, le rêve ancien, relatif à ce que le grand Lavoisier appelait la partie transcendante de la chimie, et qui traite de la prévision des réactions chimiques, c’est-à-dire des conditions dans lesquelles elles peuvent se réaliser. *

Avant d’en arriver là, il a fallu THÉORIE franchir les stades divers qui DE L’AFFINITÉ sont ceux de toute évolution de la pensée humaine. La théorie de ^affinité, la première en date, eut un caractère franchement anthropomorphique. Les corps se combinaient parce qu’ils s’aimaient mutuellement.

La combinaison chimique était une idylle.

A cette poésie primitive, tou- INVARIANCE chante par sa naïveté, succéda DES MASSES la doctrine nébuleuse du phlogistique, imaginée par Stahl, et qui porte bien l’empreinte métaphysique de la pensée teutonne. On sait avec quelle belle

clarté française Lavoisier la condamna, en ne faisant intervenir qu’un petit nombre d’expériences cruciales, impeccables, définitives, se rapportant aux phénomènes de combustion.

C est à cette occasion, que Lavoisier, dégageant de toute contradiction un principe qui hantait alors bien des esprits confusément, affirma l’invariance des masses et fit de l’art chimique une science exacte.

Mais l’action chimique elle-même demeurait mystérieuse .

La doctrine de Stahl résista quelque temps parce que, de ce point de vue, elle satisfaisait certaines exigences intellectuelles.

Et compte on ne détruit jamais définitivement que ce qu’on remplace, il fallait bien trouver quelque idée de remplacement.

Berthollet chercha cette ACTION DE MASSE idée dans l’attraction

ÉQUILIBRE CHIMIQUE Newtonienne dont La-

place venait de tirer un si beau parti pour la capillarité. 11 ne trouva pas dans l’atomisme de Laplace ce qu’il y cherchait; mais il formula du moins les grandes règles qui portent son nom; et, dans cette œuvre extraordinaire qu’est son essai de statistique chimique, il exposa deux notions nouvelles que ses contemporains ne comprirent pas : celle d’action de masse et celle d’équilibre chimique.

Il manquait à Bertholet le style précis, élégant et clair de Lavoisier.

(1) Extrait de conférences faites à l’Association des anciens élèves de l’École Centrale des Arts et Manufactures.

Vol. 3. — Nn <i.

Juin t920.

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