CHAPITRE PREMIER
Historique. — Peu de questions ont été plus discutées que celle de Torigine du verre.
L'art de fabriquer le verre et d'en former des vases remonte à la plus haute antiquité.
Les Romains connaissaient le verre plusieurs siècles avant Jésus-Christ; mais ce ne fut qu'après la conquête de l'Egypte que l'usage du verre devint général en Italie. Lorsque J. César conquit l'Egypte, il lui imposa de payer son tribut annuel en objets de verrerie. Cette circonstance devint pour la fabrication africaine une cause de perfectionnement et de progrès, qui alla en croissant jusqu'au temps de Néron, époque où l'industrie du verre commença à être cultivée en Italie.
Néron établit à Rome la première verrerie. Cette industrie sedéveloppaensuite rapidement en Italie.
L'art de la verrerie s'établit à Venise et y prit un tel développement que l'on dut en 1291 reléguer les verreries à deux lieues de la ville, dans l'île de Murano.
Les Vénitiens ont excellé dans toules les branches de la verrerie ; ils firent les premiers miroirs de verre. Ces miroirs étaient soufflés en cylindres, étendus, aplanis, polis et étamés.
Un échantillon de verre antique remis par M. Peigné de la Cour, en 1862, a donné à l'analyse les quantités suivantes :
Silice 72,2
Soude 18,2
Chaux 8,3
Alumine et peroxyde de fer 1,3
ENGYCLOP. CHLM. l
Dans ce verre la proportion de chaux est plus faible que dans les verres de fabrication moderne.
Voici encore une autre analyse de verre retrouvé à Pompéi :
Verre moderne.
on f o
L'usage du verre se généralisa à Rome de plus en plus. Pline dit que des salles de bains, des bibliothèques, décorées de vitraux, n'étaient pas chose rare à Rome. Scarus se fit même bâtir de nombreuses colonnes en verre dans son habitation (1). L'examen de ces verres que nous avons pu faire nous-même il y a quelques années à Pompéi, nous prouve que ce verre n'a pas été soufflé, mais plutôt moulé. L'inégalité d'épaisseur prouve qu'on n'employait pas un cylindre métallique pour presser le verre. Il est vraisemblable que l'on versait dans un cadre, représentant la grandeur de la vitre que l'on voulait obtenir, le verre pâteux ; ce cadre reposait sur une pierre polie (lig. 1 et 2).
Les Romains étaient donc bien près de Tinvention des glaces coulées, qui ne devait avoir lieu que dix-sept siècles plus tard.
Les Romains connaissaient aussi le polissage des minéraux puisque Pline, dans son Histoire du Monde, dit « qu'on se servait d'obsidienne pour en faire des miroirs, lesquels étaient attachés contre les murs, » et ce ne pouvait être évidemment qu'après avoir poli cette obsidienne.
L'examen des vitres que nous citons a été fait à la maison de Diomède. Nous avons constaté en outre que la maison dite de l'Empereur, était percée d'une fenêtre, sorte de barbacane, ayant conservé sa vitre primitive. Cette vitre,' dont il manquait une partie, brisée par un accident, mesurait 1™,45 X O"",!!, 4 à 4™"',5 d'épaisseur. Ce verre était très blanc, d'une planimétrie très satisfaisante.
Mazois dit dans son ouvrage, les Ruines de Pompéi : « Si la question de l'emploi des vitres chez les anciens était encore douteuse, nous trouverions dans cette salle de bains un témoignage propre à la résoudre : les siècles y ont conservé un châssis vitré, en bronze, qui détermine non seulement la grandeur et l'épaisseur des vitres employées, mais encore la manière de les ajuster (fig. 1). Voici des figures qui donnent l'ensemble et les détails de ces châssis, et font voir que ces vitres étaient posées dans une rainure, et retenues de distance en distance par des boutons tournants qui se rabattaient sur les vitres pour les fixer ; leur largeur est de 0'",54 sur 0™,75 de haut, et leur épaisseur de 5 à 6 millimètres.
(1) Un des spécimens les plus connus, de la miroiterie vénitienne est le miroir offert à Henri III par le doge de Venise, glace qui se trouve actuellement au Musée de Cluny.
HENRIVAUX. — LE VERRE. 3
Bientôt la fabrication du verre prit une extension assez grande pour fournir au public des objets en verre pour divers usages et à bas prix ; les Romains avaient compris que pour qu'une industrie puisse prospérer, il faut que ses produits servent au plus grand nombre.
Le haut degré de perfection qu'obtint l'industrie du verre chez les Romains,