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ANALYSE DES GAZ DES FOURS

Appareil Orsat pour V analyse industrielle des gaz. — M. Orsat s'est proposé de modifier les divers systèmes d'analyses rigoureuses des gaz employés dans les laboratoires en leur substituant un appareil capable de fournir des résultats suffisamment approchés, tout en présentant l'avantage d'un fonctionnement rapide. Beaucoup de questions industrielles importantes, notamment celles qui se rattachent à l'application de la chaleur, peuvent être résolues par l'analyse des gaz de la combustion. L'emploi d'un appareil portatif, permettant d'opérer des analyses sans connaissances approfondies en chimie, peut rendre

(I) Voy. le Bulletin de l'Industrie de Belgique.

de véritables services aux ingénieurs et aux industriels. L'appareil a été successivement perfectionné pour rendre plus nombreux et plus certains les dosages des gaz dans certains mélanges complexes.

Dans l'industrie, il est important, lorsqu'il s'agit des appareils chauffés par les combustibles gazeux, de reconnaître si le gaz combustible ne contient pas de proportion élevée d'acide carbonique. Il convient donc de pouvoir contrôler le fait par un moyen simple et peu dispendieux, qu'un contremaître ou un ouvrier intelligent puisse appliquer. D'autre part, pour juger du bon emploi des combustibles solides pour le développement de la chaleur, il importe de pouvoir reconnaître dans l'air brûlé (c'est-à-dire dans les gaz provenant de la combustion opérée dans les foyers), la proportion d'oxyde de carbone, proportion qui sera d'autant plus considérable que la chaleur de combustion aura été moins bien utilisée.

Déterminer dans l'air brûlé les proportions d'oxygène, d'azote, d'oxyde de carbone et d'acide carbonique, et surtout la proportion relative de ces deux derniers gaz, c'est être à même d'apprécier le bon fonctionnement d'un appareil calorifique : fours divers, foyers de chaudières.

L'appareil de M. Orsat, entièrement en verre, muni de robinets appropriés également en verre, permet de porter le gaz, qui doit être mesuré sur l'eau acidulée ou glycérinée, successivement en contact avec divers appareils absorbants de l'acide carbonique, de l'oxygène, de l'oxyde de carbone, de sorte que le résidu, après cette série de mesurages successifs, peut être considéré comme de l'azote, si toutefois l'hydrogène et les carbures d'hydrogène font défaut dans le gaz.

L'appareil peut être facilement mis en communication avec l'intérieur d'une cheminée, avec l'atmosphère des produits de combustion, etc. L'appel se fait en déplaçant un flacon D contenant de l'eau et portant une tubulure inférieure, munie d'un tube de caoutchouc 0, de longueur suffisante, communiquant avec le bas du tube mesureur B ; c'est le flacon du système Sainte-Glaire Devilie. En soulevant ou en abaissant ce flacon on détermine soit l'appel du gaz à analyser dans le tube mesureur, soit le refoulement du gaz mesuré successivement dans chacun des appareils absorbants, suivant que les robinets des cloches d'absorption seront fermés ou ouverts.

Une nouvelle manœuvre du flacon permet de ramener le gaz dans le^lube mesureur après une première, une deuxième absorption, etc. Pour atténuer les effets des variations possibles de température dans les mesures successives, le tube mesureur est entouré d'un manchon en verre rempli d'eau. Ces opérations sont très rapides, en raison des contacts multipliés du gaz avec les liquides absorbants, savoir : la lessive de potasse E pour l'acide carbonique, le pyrogallate de potasse alcalin pour l'oxygène, le sel cuivreux ammoniacal F pour l'oxyde de carbone.

M. Orsat a muni son appareil d'une petite trompe en verre, qui, mise en communication avec la source de gaz à analyser, balaye l'air de l'appareil et le remplace par le gaz même sur lequel doit porter l'analyse. Tous les mesurages sont faits dans le même tube gradué qui termine l'appareil et au contact du même liquide. Le goulot supérieur du flacon tubulé communiquant avecTatmo-

HENRIVAUX. — LE VERRE. 209

sphère, il suffira d'amener la surface du liquide dans le tube mesureur et celle du liquide du flacon dans un même plan horizontal, pour que tous les mesurages

FiG. 115.

se trouvent faits à la pression atmosphérique. Dans Toriiçine, l'appareil de M. Orsat ne se composait que de deux cloches distinctes (fig. 115) pour les

absorptions; dans la première on absorbait lacide carbonique par la potasse, dans la seconde on absorbait simultanément l'oxygène et l'oxyde de carbone au

moyen du réactif cuivreux ammoniacal. Lorsqu'on se proposait de doser dans es gaz brûlés l'oxygène, l'azote, l'acide carbonique et l'oxyde de carbone sans admettre d'autres gaz, on faisait par le calcul le départ de l'oxygène et de l'oxyde de carbone évalués d'abord ensemble par la même absorption. Pour cela on supposait que la proportion d'azote, de la mesure finale, était primitivement mélangée à la proportion normale d'oxygène de l'air atmosphérique; soustrayant alors de l'oxygène ainsi calculé, l'oxygène de l'acide carbonique, le reste, comparé à l'absorption par le réactif cuivreux, permettait de reconnaître s'il y avait de l'oxyde de carbone, en même temps que de l'oxygène libre. En effet, dans ce cas, l'absorption sera plus grande que le complément calculé pour arriver à l'oxygène total corrélatif de l'azote.

Depuis, M. Orsat a perfectionné son appareil par l'addition d'une cloche ou tube complémentaire, destinée à absorber l'oxygène par le pyrogallate de potasse alcalin, de sorte que le sel cuivreux ammoniacal absorbe ensuite l'oxyde de carbone seul; le résidu est de l'azote pur, si toutefois le gaz ne renferme ni hydrogène, ni hydrogène carboné (fig.llô). Enfin, comprenant que, dans plusieurs cas spéciaux, le résidu gazeux de la dernière absorption pouvait contenir de l'hydrogène et même un peu d'hydrogène protocarboné qui seraient comptés comme azote, M. Orsat a ajouté à son appareil, un tube avec une spirale intérieure en platine S, faisant fonction d'eudiomètre et pouvant brûler (lorsqu'elle est amenée à Tincandescence par un courant électrique) les gaz en partie combustibles (provenant de la dernière absorption) en présence d'oxygène ajouté en quantité connue. Il reste alors à faire l'analyse des gaz de cette combustion. Tel est l'objet des appareils figurés à la droite du flacon a (fig. 117). L'appareil de M. Orsat a servi à analyser les gaz des fours Siemens. Beaucoup d'ingénieurs et d'industriels l'emploient d'une manière habituelle dans leurs usines.

Enfin, cet appareil rendu portatif a permis de réaliser sur des trains de chemins de fer en marche l'analyse des gaz de la combustion échappant des foyers des chaudières de locomotives.

Plusieurs expériences de ce genre ont été faites sur le chemin de fer du Nord et ont donné des résultats comparatifs intéressants.

A l'époque de l'Exposition universelle de 1878, plus décent appareils étaient déjà entre les mains des ingénieurs et des directeurs d'usines.

Nous renvoyons au mémoire de M. Orsat, publié dans les Annales des mines de 1785, pour les chiffres qui résultent d'analyses variées de gaz de diverses sources. Voici la description de l'appareil à deux cloches, construit dans le principe par M. Orsat (fig. 115) :

(D, flacon servant d'aspirateur, rempli à moitié d'eau acidulée; il est bouché quand on ne se sert pas de l'appareil ;

B, tube mesureur entouré d'un manchon rempli d'eau froide; il est muni d'une échelle graduée ;

0, tube en caoutchouc mettant en communication le flacon D et le tube B, il doit être assez long pour permettre d'élever ou d'abaisser à volonté d'une quantité suffisante le flacon a;

E, éprouvette renfermant la cloche à potasse. Cette cloche contient plusieurs petits tubes ouverts aux deux bouts destinés à faciliter l'absorption;

llIiNRIVAUX. — LE VERRE. 211

F, éprouvette à pied renfermant la liqueur ammoniacale ainsi qu'un manchon en loile de cuivre rouge;

G, tube presque capillaire, destijié à aspirer les gaz à analyser, et communiquant avec le tube mesureur B ;

G, premier branchement mettant en communication le tube f avec l'éprouvette E;

H, deuxième branchement mettant en communication le tube f avec l'éprouvelteF;

L, petite trompe servant à purger les conduites d'arrivée du gaz;

I, troisième branchement reliant la trompe L au tube f ; G, robinet d'aspiration des gaz k analyser ;

FiG. 117.

I, robinet réglant la communication entre le tube / et la trompe L ;

H, robinet réglant la communication entre le tube f et l'éprouvette F;

G, robinet réglant la communication entre le tube / et l'éprouvette E;

L, tube de communication de l'éprouvette F avec l'atmosphère;

P, robinet de communication de l'éprouvette I avec l'atmosphère ; il doit toujours être fermé quand on ne se sert pas de l'appareil, ainsi que l'indique la figure, les branchements g, h, i sont montés sur des manchons de raccordement qui rendent l'appareil facile à démonter).

(Fig. 117). Vue perspective de l'appareil; complet composé de deux parties séparées par une cloison A et renfermé dans sa boîte, dont les grandes parois antérieures et postérieures ont été enlevées. Les lettres de cette figure n'ont aucun rapport de désignation avec celles de la figure 115^

Première partie de V appareil. — a. Flacon analogue à celui de l'appareil précédent.

b. Tube mesureur gradué avec son manchon d'eau l'roide.

c. Tube en caoutchouc réunissant le flacon a et le tube b.

d. Rampe formée d'un tube de verre capillaire communiquant avec le sommet du tube mesureur b.

Cette rampe porte du côté gauche de la cloison a, quatre tubulures 1, 2, 3, 4, fermées par des robinets de verre.

e. Robinet situé à l'extrémité gauche de la rampe d, et servant à l'admission des gaz à analyser.

f. Robinet de la tubulure 4 servant à expulser les gaz à l'extérieur.

g g'. Tube en U contenant la lessive de potasse, dont la branche g renferme des tubes capillaires en verre ouverts aux deux bouts et communique avec la rampe d, tandis que la branche g' communique avec l'atmosphère. Ce tube est celui qui dose l'acide carbonique contenu dans les gaz.

h h'. Second tube en U, contenant du pyrogallate de potasse, dont la branche k renferme également des tubes en verre et communique avec la rampe d, tandis que la branche h' communique par un coude avec un ballon en caoutchouc flasque, contenant de l'air dépouillé d'oxygène ; ce tube est celui qui dose l'oxygène.

i i. Troisième tube en U, contenant un mélange de chlorhydrate d'ammoniaque saturé à froid et d'ammoniaque, dont la branche i renferme une toile de cuivre rouge enroulée sur elle-même et communique avec la rampe d, tandis que la branche i communique par un coude avec un ballon en caoutchouc flasque, analogue au précédent; ce tube est celui qui dose l'oxyde de carbone.

j j. Ballons en caoutchouc contenant de l'air et avec lesquels communiquent les branches h et i' des tubes en U, h h' et i i'. Ces ballons sont représentés en lignes ponctuées sur la figure parce qu'ils sont placés derrière les planchettes qui supportent les tubes.

k k' k". Robinets de verre des tubulures 1, 2,3, établissant la communication avec les branches g, h, i des tubes en U.

/ Robinets servant à mettre les tubes h h', i i\ en communication avec les ballons j.

m. Tube rempli de coton cardé, relié à la rampe d, près du robinet e; c'est par ce tube qu'arrivent les gaz à analyser dont les fumées et poussières sont retenues par le coton.

n 0 p. Petite pompe permettant l'aspiration des gaz pendant que l'on fait une analyse.

q. Robinet mettant en communication la trompe n o p avec le tube m.

r. Prise de gaz en communication directe avec le tube à coton m .

Voici maintenant comment on opère : on commence par purger la conduite, soit en utilisant la trompe n o py soit en aspirant les gaz au moyen de l'aspirateur a elles rejetant ensuite dans l'air par le robinet f. Lorsque la conduite est suffisamment purgée et le robinet f refermé, on aspire dans le mesureur h un peu plus de 100 divisions, puis on ferme le robinet e : on pose alors le vase a sur son support et l'on ouvre lentement le robinet f. L'équilibre de pression

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s'établit rapidement, et comme au préalable on a eu soin de remplir le vase a d'une quantité d'eau telle qu'étant placé sur son support le niveau correspondant du mesureur affleure exactement au trait 100, on a ainsi mesuré 100 divisions à la pression et à la température ambiantes.

Fermant de nonveau le robinet on ouvre le robinet K et on élève le flacon a, le gaz passe alors dans le tube g g'. On évite que le liquide monte jusque dans les tubes capillaires, en tenant le tube en caoutchouc c de la main 2:auche ; en pressant ce tube on règle de la manière la plus simple l'ascension et la descente des liquides. Du tube g g' on fait repasser le gaz dans le mesureur en abaissant l'aspirateur a et l'on répète deux ou trois fois la même manœuvre. On ramène alors le liquide du tube g g' au repère marqué sur la tige qui forme le zéro, on ferme le robinet K; puis on mesure le gaz restant en ayant la précaution de lever le flacon a de façon que les niveaux du liquide dans le mesureur et dans l'aspirateur soient sur un même plan horizontal. On passe ensuite successivement aux tubes h h', i i' en notant chaque fois les diminutions de volume, la manœuvre est absolument la même que pour les tubes g g'.

Deuxième partie de Vappareil. — Cette deuxième partie de l'appareil à droite de a (fig. 117) est destinée au dosage de l'hydrogène et des hydrocarbures que peut contenir le résidu de la dernière opération faite à l'aide de la première partie de l'appareil.

d. Prolongation de la rampe d conduisant au serpentin vertical s.

s. Petit serpentin formé d'un tube capillaire en platine ou d'un tube en spirale contenant un fil de platine ; ce serpentin doit être, pour l'opération, chauffé au rouge blanc par un bec de gaz, une lampe à alcool ou un courant électrique.

t. Robinet d'admission placé sur une lampe u u', tube en U rempli d'eau analogue à ceux de la première partie de l'appareil dont la branche o communique avec l'atmosphère, et dont la branche v' communique avec l'extrémité inférieure du serpentin s. Ce tube a pour but de servir de récipient aux gaz expulsés du mesureur b et de les renvoyer de nouveau à ce mesureur.

V v'. Second tube en U renfermant une lame de zinc et de l'acide sulfurique étendu dans la branche f, communique au moyen d'une tubulure et d'un robinet avec la rampe d et dont la branche v' communique avec un ballon en caoutchouc analogue à ceux ci-dessus décrits.

Ainsi que l'indique la figure 117, on voit dans les deux parties de l'appareil comment les tubes en s sont disposés sur des planchettes verticales, qui se placent et se déplacent à volonté au moyen de vis.

EUDIOMÈTRE A FILDE PLATINE OU GRISOUMÈTRE DEM. COQUILLION (1)

L'appareil que nous allons décrire sous le nom général d'eudiomètre à fil de platine peut servir à doser les mélanges gazeux dans les cas les plus usuels.

(1) M. Coquillion, Analyse des gaz. Paris, librairie Eug. Lacroix.

214 f:NCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

Il est appliqué principalement à la mesure des gaz des foyers industriels ; à la recherche du grisou dans les mines, d'où le nom de grisoumètre qu'il a reçu dans ce cas; il peut servir enfin au dosage du gaz de l'éclairage et à l'étude de la décomposition des composés carbonés en présence de la vapeur d'eau.

PRINCIPE DE l'appareil

Lorsqu'on veut rechercher dans un mélange gazeux de petites quantités d'hydrogène ou de carbures d'hydrogène, ou est obligé d'avoir recours à un mélange détonant; Veudiomètre à fil de platine permet de supprimer complètement l'emploi de ce mélange, car le fil de platine ou de palladium porté au rouge blanc peut brûleries moindres traces d'hydrogène de l'air.

DESCRIPTION DE l'APPAREIL

Cet eudiomètre se compose d'un tube gradué A (fig. 118), c'est le mesureur: sa partie supérieure est capillaire et en forme de T ; elle porte un robinet percé à angle droit et situé au croisement des deux branches. Les graduations du

riG. 118.

tube portent des divisions en dixièmes. Ce mesureur est entouré d'un manchon plein d'eau qui peut recevoir un thermomètre pour indiquer les variations de température ; à sa base, il est reHé avec un tube en caoutchouc qui vient s'adapter à un flacon que l'on peut soulever ou abaisser à la main.

La seconde pièce est une cloche en verre B, terminée également, à sa partie supérieure, par un tube capillaire en forme de T, reliée au mesureur par un caoutchouc et portant un robinet à trois voies. Cette cloche est entourée d'une

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éprouvette conlenant de la potasse ; elle est munie à son intérieur de tubes en verre destinés à multiplier les contacts du réactif avec les gaz.

La troisième pièce est le brûleur G, formé d'une petite cloche renversée et coudée, qui se raccorde avec la seconde pièce par un tube en caoutchouc. Cette petite cloche est fermée par un bouchon en caoutchouc à trous. Dans deux de ces trous passent des tiges métalliques en laiton ou en platine, munies de visa leurs deux extrémités. Les vis qui sont à l'intérieur doivent serrer un fil de platine enroulé en spirale, celles qui sont à l'extérieur pressent les fils qui se raccordent aux deux pôles de la pile. Dans le troisième trou du bouchon passe la tige d'une cloche analogue à la précédente, et qui est entourée d'une éprouvette. Il faut éviter de rendre cette tige capillaire, car les gaz trouveront un écoulement plus facilement dans le cas d'une détonation qu'il est facile du reste d'éviter avec quelques précautions.

Toutes ces pièces sont fixées à un cadre vertical et consolidées par de petits taquets ; le tout repose sur un support horizontal.

Dans les cas où l'on aura à analyser des mélanges gazeux complexes, il faudra compléter l'appareil par des réactifs appropriés ; on aurait pu faire usage de cloches analogues à la cloche à potasse ; mais comme, dans ce cas, les réactifs agissent lentement et qu'on ne peut agiter, il est préférable de se servir de doubles flacons, d'une capacité double ou triple de celle du mesureur. Ces doubles flacons peuvent être bouchés tous deux, mais le bouchon de l'un d'eux est muni d'un tube en verre, continué par un tube en caoutchouc fermé par une pince de Mohr; ce tube peut s'adapter à la pointe du mesureur et le gaz peut être refoulé dans le flacon. Les deux réactifs dont on fait ordinairement usage sont : le chlorure de cuivre acide ou ammoniacal et le pyrogallate de potasse. Ce dernier devra être complètement à l'abri de l'air ; il suffira de verser un peu de benzine dans le flacon qui ne reçoit pas le gaz.

MISE EN MARCHE DE l'aPPAREIL

Pour nous rendre compte de la manière dont fonctionne cet eudiomètre, il est nécessaire que le mesureur, le brûleur et les tubes capillaires soient pleins d'eau. A cet effet, on remplit aux trois quarts d'eau acidulée le flacon élévateur, on verse également de l'eau ordinaire dans la dernière éprouvette, et de la potasse dans la première.

La manœuvre des robinets va nous permettre, en élevant ou en abaissant le flacon, de remplir tout l'appareil de liquide; il est facile de voir, en efl'et, comment le mesureur peut être mis en communication, soit avec chacune des cloches, soit avec l'extérieur : le robinet de ce mesureur porte deux conduits, percés à l'angle droit ; lorsque l'un d'eux est vertical et dirigé en bas, que l'autre est à gauche du premier, le mesureur est en communication avec l'air extérieur ; lorsqu'il est à droite, il est en communication avec la cloche ou le brûleur. Le robinet de la cloche à potasse étant à trois voies, les conduits de la clef représentent un T ; lorsque le T est couché, la branche verticale en avant, la cloche

peut communiquer avec le mesureur; lorsque le T est renversé, c'est comme si le robinet n'existait pas, le gaz peut être refoulé dans le brûleur et l'eau peut monter dans les capillaires, selon que l'on élève ou que l'on abaisse le flacon. Il y a donc pour chacun des robinets deux positions pour déterminer le mouvement des fluides ; dans toute autre position, ces robinets sont fermés et interceptent les communications.

Si le robinet du mesureur est en communication avec l'atmosphère, il suffit de soulever le flacon pour expulser l'air et faire sortir l'eau de l'appareil; on tourne alors le robinet du côté de la cloche à potasse, ce qui met cette dernière en communication avec le mesureur; en abaissant le flacon, la potasse monte dans la cloche. Avec un peu d'habileté, on peut tourner le robinet juste au moment où la potasse arrive au contact de la clef. En tournant de 90 degrés et continuant à abaisser le flacon, on fait monter l'eau de la dernière cloche dans le brûleur, puis dans les capillaires ; l'air que cette cloche contenait arrive dans le mesureur, on l'expulse, et le liquide sort par la pointe du mesureur. En fermant le robinet, l'eudiomètre est prêta fonctionner, puisque tout est plein d'eau.

MANIÈRE d'opérer

Supposons que le gaz mesureur ait été transvasé dans un cylindre terminé par un tube en caoutchouc et serré par une pince de Mohr; ce petit cylindre plonge, d'une part, dans un verre à pied plein d'eau, et est adapté, d'autre part, à la pointe du mesureur, ce qui doit être fait sans qu'il y ait de l'air introduit par !e bout du tube en caoutchouc. On tourne alors le robinet de façon à établir la communication entre le tube qui contient le gazetle mesureur,on appuie sur la pince de Mohr, on abaisse le flacon, le gaz se rend dans le mesureur et on en prend un volume déterminé. Pour mesurer ce volume, il faut le limiter exactement entre la division zéro qui est en haut du mesureur et l'une des autres divisions ; à cet efl'et, on met en communication le mesureur et la dernière cloche, on abaisse le flacon avec la main, l'eau vient donc s'arrêter à la base du tube capillaire près de la division zéro; on ferme le robinet et on attend, pour faire la lecture, que l'eau qui mouille les parois du verre se soit écoulée ; au bout de deux à trois minutes, on soulève légèrement le flacon, de telle sorte que le niveau de l'eau dans le mesureur et dans le flacon se trouve sur une même ligne horizontale ; on note alors la division en face de laquelle on se trouve : on a le volume gazeux.

Passage du gaz dans la cloche à potasse. — On peut rechercher tout d'abord si le volume gazeux ne contient pas d'acide carbonique;, il faut, pour cela, le faire passer dans la cloche à potasse; à cet effet, on tourne convenablement les robinets, de façon à mettre en relation le mesureur et la cloche à potasse, puis on soulève le flacon : un peu d'eau contenue dans les capillaires tombe dans la potasse; le gaz arrive au contact du réactif, où on le fait aller et venir plusieurs fois ; on le ramène ensuite dans le mesureur, en ayant soin de tourner le robinet à trois voies dès que la potasse est en haut de la cloche ;

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en continuant à abaisser le flacon, l'eau du brûleur arrive à son tour dans les capillaires, jusqu'au zéro ; on ferme le robinet du mesureur, on attend un peu pour que l'eau s'écoule, puis on fait la lecture comme il a été dit précédemment.

Passage des gaz dans le brûleur. — Pour faire passer les gaz dans le brûleur, il suffit de tourner le robinet du mesureur, de façon à le mettre en communication avec ce tube; le robinet de la cloche à potasse restant fermé, c'està-dire ayant sa branche verticale tournée en l'air, on soulève alors le flacon et le gaz arrive sur le fd de platine, puis de là dans la cloche qui suit le brûleur. C'est à ce moment que l'on met les deux tiges en communication avec les éléments Bunsen qui servent à faire rougir le fil. On peut refouler le gaz plusieurs fois, jusqu'à ce que l'on juge que tout soit brûlé. 11 vaut mieux que le gaz ait une vitesse faible, il brûle plus facilement : il convient donc de manœuvrer le flacon avec assez de lenteur. On ramène ensuite le gaz dans le mesureur en remplissant d'eau les capillaires, on fait cesser la communication avec les piles et on fait la lecture, comme il a été expliqué précédemment. On peut ensuite faire passer le gaz dans la potasse, puis faire la lecture dans le mesureur.

Il est important qu'au moment du passage des gaz, le courant soit assez énergique pour rougir à blanc le fil de platine.

Passage des gaz dans les doubles flacons à réactifs. — Avant de faire passer les gaz dans le brûleur, il peut arriver qu'on veuille les faire passer dans un autre réactif, le chlorure de cuivre acide ou ammoniacal, qui absorbe tout à la fois l'oxygène et l'oxyde de carbone; à cet eflet, tandis que le gaz est refoulé dans la cloche à potasse, que l'eau est montée dans les capillaires, on tourne le robinet du mesureur de façon que le liquide sorte par sa pointe, puis on ferme ce robinet ; on enlève la petite cloche qui contenait le gaz à analyser, et on fixe à la pointe du mesureur l'extrémité du tube en caoutchouc qui est relié à un double flacon plein de réactif, et serré par une pince de Mohr; si on a eu soin de refouler ce réactif jusqu'à l'extrémité, on voit qu'il n'y a pas d'air et que le gaz pourra passer directement dans le premier flacon en appuyant sur la pince de Mohr; à cet elTet, ii faut ramener le gaz dans le mesureur et le refouler dans le double flacon, puis agiter celui des deux qui contient le gaz et le réactif; quand on juge l'absorption terminée, on ramène le gaz dans le mesureur et on fait la lecture. On peut, sans grand inconvénient, faire arriver le réactif jusqu'à la division zéro, les quelques gouttes qui peuvent tomber dans le mesureur se dissolvent dans l'eau. Quand on veut commencer par le pyrogallate, il faut se munir d'im double flacon analogue et prendre les mêmes précautions pour refouler le gaz, l'agiter en présence du réactif et le ramener dans le mesureur ; le flacon qui ne reçoit pas de gaz est isolé de l'air extérieur par un peu de benzine.

Dans quelques appareils du même genre qui ont servi à doser les gaz, on avait cru devoir mettre ces réactifs dans des cloches faisant suite à la cloche à potasse ; mais com.me l'absorption est longue, il fallait attendre souvent une demi-heure, et on n'était pas certain qu'elle fût complète; en refoulant le gaz dans des doubles flacons, et agitant, l'absorption se fait aussitôt.

EMPLOI DE l'hydrogène POUR DOSER l'OXYGÈNE

Dès que l'on est familiarisé avec l'appareil, on peut procéder à l'étude des différents cas que l'on rencontre dans la pratique; quand le mélange ne contient pas d'hydrocarbures, qu'il contient de l'oxygène et de l'acide carbonique, on peut ne pas avoir recours au pyrogallate, mais bien plutôt à la combustion par l'hydrogène; d'après Bunsen, c'est le procédé le plus exact, et il est facile d'avoir toujours ce gaz à sa disposition ; il suffit de prendre à cet effet une cloche avec une éprouvette terminée à sa partie supérieure par un bout de tube en caoutchouc serré par une pince de Mohr ; en plaçant quelques morceaux de zinc au fond de cette cloche, la remplissant d'eau légèrement acidulée, l'hydrogène se dégagera à la partie supérieure, refoulera l'eau dans l'éprouvette; en adaptant cette cloche à la pointe du mesureur, avec les précautions que l'on a prises dans le cas des doubles flacons, on pourra prendre un volume d'hydrogène qui permettra de brûler tout l'oxygène. La diminution de volume indiquera la vapeur d'eau formée, et le tiers du volume disparu sera l'oxygène. Si l'on craint une détonation, on prend de l'hydrogène en excès pour l'éviter.

ERREURS QUE l'oN PEUT COMMETTRE

Quand on a opéré avec cet appareil et que l'on s'est assuré que les caoutchoucs ser;rent bien, que les robinets ne fuient pas, on peut se demander quelles sont les erreurs que l'on peut commettre ; ce sont : 1^ les erreurs de lecture ; 2° les erreurs par suite de l'échange des gaz en présence de l'eau. Les premières sont inhérentes à tous les appareils; les secondes peuvent être atténuées considérablement si l'analyse ne dure qu'un temps limité, car en opérant comparativement sous le mercure et sous l'eau, je n'ai trouvé que des différences variant entre deux ou trois des subdivisions du tube gradué; on devra éviter de laisser sous l'eau pendant une demi-heure ou une heure les gaz que l'on veut analyser : leur composition, pendant ce temps, pourrait changer notablement.

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