PHARES
Les anciens marins, privés du secours de la boussole, sans montres, sans cartes, avaient pour points de repère les phares ou tours éclairées, qui leur permettaient de reconnaître leur position par rapport à la Petite Ourse, leur seul guide à travers leurs voyages. Ces tours leur faisaient distinguer les ports, éviter les écueils, les atterrissements, et leur permettaient de continuer leurs courses au delà de la durée du jour.
Le temps, les éléments, les hommes, ont détruit et effacé les derniers vestiges des tours que la prévoyance des anciens avait élevées sur les bords de plusieurs mers, et les archéologues retrouvent à grand peine sur les promontoires où ils brillaient jadis, la trace des feux qui guidèrent tant de flottes renommées.*
HENRIVAUX. — LE VERRE. 377
Le plus ancien phare dont l'histoire fasse mention est celui du promontoire de Sigée. Le Pirée et la plupart des ports de la Grèce avaient des phares. Le
plus célèbre est celui que construisit Ptolémée Philadelplie (270 avant Jésus-Christ) à l'entrée du port d'Alexandrie; ce phare passe pour avoir donné '
à tous les appareils et constructions du même genre son propre nom, qu'il tirait lui-même de l'île de Pliaros, sur laquelle il s'élevait.
Les Romains ont construit un grand nombre de phares à l'imitation de celui d'Alexandrie ; d'après Suétone, Tibère en fit élever un à Ostie sur le plan de celui d'Alexandrie. Pline cite les phares de Ravenne et de Pouzzoles. Les côtes
FiG. 217.
de France et de la Grande-Bretagne étaient rendues plus facilement abordables aumoyen de phares datant de la domination des Romains dans les Gaules; en on voyait encore les ruines de celui de Boulogne-sur-Mer. Ce phare était nommé par les Boulonnais « Tour d'ordre » (fig.S 16), traduction du latin turris ordens, corruption de ardens qui doit signifier tour enflammée.
Pendant longtemps les phares ont été éclairés par des feux de bois ou de charbon, par des torches de résine, ou bien encore par des lampes grossières
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formées de mèches de coton plongeant dans l'huile ou dans le suif. L'invention des lampes à double courant d'air, par Argand,en 1784, fut le premier progrès réalisé; puis, on augmenta par des réflecteurs le pouvoir de ces lampes. En 178G, Borda fit exécuter, pour le port de Dieppe, un appareil tournant, d'après le
Vu). 217 bis.
projet de l'ingénieur Teulère. Enfin en 1821, Fresnel imagina les phares lenticulaires et le premier appareil de ce genre fut installé en 18:22, sur la tour de Cordouan. Aujourd'hui, non seulement on ne construit plus d'appareils à réflecteurs, mais ceux existants sont partout remplacés par des appareils lenticulaires.
La Grande-Bretagne a donné l'exemple de la création de nombreux phares le long de ses côtes; cet exemple a été suivi et en France on compte actuellement près de trois cents phares de divers ordres, en 1830 il en existait seulement soixante-trois.
Arago et Fresnel, cherchant à augmenter la puissance éclairante des phares, réunirent plusieurs mèches, lesquelles recouvertes constamment d'huile, comme dans la lampe Carcel, se carbonisent très lentement; ils déterminèrent ensuite la distance à laisser entre les mèches concentriques pour obtenir le maximum
de lumière; une disposition ingénieuse leur permit aussi d'allonger à volonté la cheminée de verre. Comme on le voit, Fresnel a non seulement substitué les lentilles de verre aux réflecteurs métalliques, mais il a aussi perfectionné la source lumineuse des lampes de phares.