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ÉMAIL

L'émail est un verre incolore tenant en suspension dans sa masse un corps opaque non dissous.

L'émail peut être coloré par tous les oxydes métalliques colorants.

L'acide stanniquë, l'acide arsénieux, l'antimoniate d'antimoine, le phosphate de chaux, les chlorures de plomb et de zinc produisent un émail, par leur incorporation dans un verre plombeux; l'opacité de l'émail augmente avec la quantité de plomb qu'on y introduit, cela à quantité égale.

Les corps précédents, sauf l'acide stanniquë, ne donnent d'opacité qu'autant que le verre est refroidi; à l'état de fusion il est complètement transparent. Chauffé à une température élevée et suffisamment prolongée, la dissolution devient complète, et ce verre ne prend plus d'opacité.

Employés en quantités minimes, les corps ci-dessus désignés, sauf l'acide stanniquë, donnent un verre moins opaque ayant une teinte orientée, rougeâtre par transparence, analogue à l'opale naturelle, et qu'on désigne sous le nom à'opale.

Le fluor employé à l'état de spath-fluor (fluorure de calcium) ou de cryolithe

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(fluorure double de sodium et d'aluminium), dans un verre sodique ou potassique, donne un émail ou une opale.

L'addition de feldspath augmente cette propriété opalisante.

Cet émail, désigné sous le nom d'albatrine ou d'opale, est employé depuis quelques années pour les objets d'éclairage et a remplacé avec avantage l'opale obtenue avec le phosphate de chaux'; il est d'un prix beaucoup moins élevé et ne se laisse pas traverser par les rayons lumineux directs.

Le fluor, introduit dans un verre à base de zinc, donne un verre peu malléable, ayant l'apparence de la porcelaine; on l'emploie en pièces moulées à la presse.

Les sulfates alcalins, et en particulier le sulfate dépotasse, introduits dans un verre potassique, donnent une opale non orientée, appelée de riz, remarquable par sa finesse de ton et l'éclat des couleurs que donnent les oxydes colorants qu'on y incorpore.

L'alumine et le zinc, incorporés dans les verres et les émaux, donnent des propriétés de coloration et d'opalisation toutes spéciales.

On emploie les émaux aux usages suivants :

1" La mosaïque, où les émaux coulés en plaques ou en pains sont concassés en morceaux plus ou moins réguliers et juxtaposés sur un carton qui porte les dessins à reproduire; ces morceaux sont ensuite réunis par un ciment qui les lie ensemble. Cet art, qu'on cherche à introduire en France, est encore pratiqué en Italie ; il exige une variété do teintes infinies ;

2° Le travail à la lampe d'émailleur, en tubes, pour la fabrication des perles fausses qui sont, une fois terminées, remplies d'écaillés d'ablettes macérées dans l'ammoniaque, qui leur donne l'aspect de la perle fine, en fils ou baguettes pour la fabricati*/! des épingles, boutons, perles, et tous les objets de verroterie. La fabrication des perles à enfiler, dites de Venise, est plus simple et n'exige pas l'emploi de la lampe d'émailleur; elles sont obtenues en roulant dans des tonneaux chauffés au rouge, des tubes concassés de longueur convenable, perpendiculairement à cette longueur et mêlés avec du sable des lagunes qui leur permet de s'arrondir sans que le trou se bouche ou se déforme ;

3° La décoration du verre, soit en pièces façonnées dont les meilleurs modèles nous viennent des Arabes, soit en verres plats, tels que les glaces de Venise, les vitraux d'appartement dits vitraux suisses. Les spécimens qui nous sont conservés sont extrêmement remarquables par l'éclat, la transparence et la variété des couleurs; on s'attache actuellement à les imiter.

Les anciens (les Égyptiens et les Grecs), non contents d'employer les émaux en pleine pâte, les ont employés en couches minces, comme couverte, sur diverses matières, terres cuites, argile, briques, faïence.

Il existe au musée du Louvre un cercueil de momie, du roi Antew, de la onzième dynastie, qui nous montre l'image de ce roi, avec des yeux de verre émaillé (1).

Nous avons vu, du reste, un petit scarabée de terre cuite émaillée, portant le cartouche de Menchères, roi de la quatrième dynastie, c'est-à-dire datant de

(1) Catalogue du musée égyptien du Louvre, par M. de Rougé, p. 61, 62.

quarante siècles. Voici (fig. 227) un flacon jaune-citron sur la panse duquel brillent, incrustés en pâte de verre blanc, les cartouches du huitième roi de la dix-huitième dynastie égyptienne.

Le musée du Louvre possède aussi de curieux cloisonnés égyptiens ;

4" La décoration de la porcelaine (porcelaine cloisonnée chinoise), de la faïence, des grès et de la terre de pipe : cet art a pris depuis quelques années un développement considérable ; des procédés de cloisonnage sur le vase lui-même ont permis de poser les divers émaux sous une grande épaisseur et avec une grande netteté à côté les uns des autres, sans en craindre le mélange ;

5° L'application sur les métaux.

Pour ce dernier cas, la composition des émaux varie beaucoup avec le métal sur lequel on les applique ; elle doit satisfaire aux conditions suivantes :

Adhérer au métal, propriété qu'on appelle le grippage ;

Être plus fusible que le métal et même que la soudure de ce métal ;

Résister à l'action des acides employés pour le décaper au sortir du four de cuisson, ou à ce qu*on appelle la mise en couleur.

Ces qualités, en dehors de celles de «couleur et de glace», doivent être exigées, pour les métaux même les plus fusibles, tels que l'or, l'argent, le cuivre, le bronze ; pour les bijoux à très bas titre dont la fabrication, du reste, n'est pas tolérée en France et pour le laiton (alliage de cuivre et de zinc), il est impossible de les obtenir complètement à cause de leur trop grande fusibilité.

Depuis quelques années, l'application des émaux sur le fer, la tôle ou la fonte a pris un grand développement, dans le but, soit de le protéger contre l'oxydation et de le rendre ainsi propice à l'usage domestique, soit de le décorer.

Les émaux sont de nature différente dans l'un ou l'autre cas, et suivant qu'on les applique sur la tôle ou sur la fonte.

Sur la tôle, quand les objets émaillés doivent servir aux usages culinaires, les émaux doivent être exempts de toute matière toxique ou susceptible de le devenir au contact des aliments.

On pose, sur la pièce décapée dans l'acide sulfurique, une première couche d'un verre fusible, à peu près transparent, à base de silice, soude, borax et kaolin,

et, comme deuxième couche, un émail au borax et au spath fluor ou à la cryolithe, opaque par lui-même, et assez fusible pour prendre un glacé à peu près complet; ces pièces sont cuites au moufle.

Sur fonte, l'émail est une véritable fritte ne donnant d'opacité que par suite de sa fusion incomplète.

Un procédé donnant une bonne qualité d'émaillage consiste à fondre un mélange de :

Sable blanc 18 kil.

Borax 9

Puis on pulvérise ce verre et on fait une deuxième composition de .

Composition précédente 15 kil.

Sable blanc 3 1/2

Kaolin 2 1/4

Gypse 64 gr.

On fond et broie et on en fait une pâte à laquelle on ajoute 128 grammes de borax au moment de l'emploi; on l'étend à la brosse sur la pièce décapée.

On saupoudre, sur cette première couche, un émail que l'on fond, que l'on étonne, broie et sèche; cet émail est formé de :

15 kil. verre pilé, 18 sable blanc, 7 1/2 soude calcinée, 12 borax, 1/2 magnésie.

La pièce est chauffée au rouge vif dans un moufle.

Pour décorer la tôle, pour les enseignes par exemple, on applique une première couche d'un verre dit controxyde, à base de borax et d'alumine, que l'on recouvre d'un émail opaque plombeux à base d'étain ou d'arsenic; ce controxyde attaque le métal et fait corps avec lui.

Pour la fonte et pour le décor seul, on emploie un borate de plomb s'opacifiant facilement et d'une grande fusibilité; il ne bouillonne pas et donne un émail d'un beau glacé très brillant; il est malheureusement facile à rayer et très attaquable aux acides, et en particulier à l'acide sulfhydrique.

Nous avons fait quelques essais de verres opaques en employant la cryolithe et nous avons obtenu d'assez jolis résultats, même en mélangeant simplement la cryolithe au sable.

La cryolithe fond avec une extrême facilité, elle n'est pas décomposée par voie humide par les carbonates alcalins, et même par vo'ie sèche l'action de ces agents alcalins n'est complète que si l'on mélange préalablement le minéral avec une forte proportion de silice. La formule de la cryolithe, d'après l'analyse faite sur un échantillon de ce minéral, serait : APFP,3NaFl (1),

(1) La cryolithe a été importée en France depuis quelques années: il s'en fait une consommation assez importante dans le midi de la France, pour l'extraction de l'aluminium,

Si l'on mélange 1 partie de cryolithe avec 1, 2, 3 parties de sable, on obtient des produits identiques entre eux comme aspect et comme propriétés; avec 4 et 5 parties de sable, les produits obtenus ont la même teinte et le même aspect laiteux, mais l'apparence est plus vitreus^e; en un mot, ces deux séries de produits présentent l'aspect du verre, tandis que les séries 1, 2, 3, ont plutôt l'aspect de marbre parfaitement poli. Quant aux autres propriétés, dureté, ténacité, elles augmentent avec la proportion de sable entrant dans les mélanges; quant à la fusibilité de ces mêmes mélanges, cette propriété diminue proportionnellement à la quantité de sable qui les compose.

La recuisson de ces produits est assez délicate, et exige une assez forte température. Lorsqu'on retire du feu un creuset plein de ces matières en fusion, le verre tapissant les parois supérieures du creuset — où il est déposé en couches minces — présente çà et là quelques rares filets diaphanes; il en est de même si on coule ces mélanges en couches très minces : le même phénomène se présente sur les cassures nouvelles de ces couches. Suivant nous, ce phénomène est dû au refroidissement trop rapide de ces surfaces minces, qui n'ont pas le temps de perdre leur diaphanéité en se dévitrifiant (1).

La combinaison de la silice et de la cryolithe peut être représentée par la formule suivante, en donnant aux produits obtenus la formule 3NaO, AWjSiO^ :

3NaFl,A12F13 + 3810^ =z 2SiFP + 3NaO,A1203,Si03.

L'aspect blanc laiteux et l'opacité des échantillons dont il vient d'être question sont dus à la quantité d'alumine se trouvant apportée par la cryolithe.

Si, partant d'un autre point de vue, — et c'est surtout ce point de vue qui nous occupe, — on ajoute aux compositions vitrifiables ordinaires de la cryolithe en diverses proportions, on obtient des produits identiques au verre à glaces ordinaire, ne dilférant aucunement les uns des autres par leurs propriétés physiques et chimiques. On a seulement obtenu par l'emploi de la cryolithe, ajoutée aux mélanges, une fusion plus rapide des mélanges vitrifiables.

Nous avons employé des compositions vitrifiables ordinaires ; nous y avons ajouté 1, 2, 3, 4, 5 pour 100 de leur poids de cryolithe et, avec ces mélanges, placés à côté de mélanges ordinaires (et servant de témoins), nous avons obtenu une économie de près d'un tiers, pour la durée de fonte de ces mélanges ainsi modifiés.

Vaffinage de ces compositions est beaucoup plus facile qu'avec les compositions ordinaires, et cela s'explique parfaitement. Le fluorure que nous introduisons dans nos mélanges se décompose pendant la fusion de la masse, l'élément volatil de ce composé s'unit en partie à la silice et se dégage à l'état de fluorure de silicium (SiFP). Ce dégagement gazeux, au milieu de la masse en fusion, aide le dégagement des bulles d'acide carbonique, qui restent emprisonnées dans le verre, et que l'affinage a pour but de faire disparaître. L'absence de ces bulles gazeuses est un point capital, puisque de là dépend la qualité du verre.

(1) M. EUis a fait les mêmes observations {Dinglef s polytechnisches Journal, 18G8).

IIENRIVAUX. — LE VERRE. 397

Pour employer industriellement la cryolithe comme fondant dans les compositions vitrifiables, il est nécessaire d'apporter quelques modifications à la composition de ces mélanges.

En effet, par l'élimination d'une certaine quantité de silice (sable) à l'état de fluorure de silicium, il se trouve dans les mélanges un excès de sulfate de soude par rapport aux autres matières, et au moment de l'affmage, ce sulfate surnage à la partie supérieure des creusets et en ronge les parois. Il sera donc indispensable d'augmenter la quantité de sable entrant dans les mélanges. Quant à fixer cette augmenlation, nous ne le pouvons, chaque fabricant ayant des compositions particulières. Nous donnerons seulement ici l'analyse d'un échantillon de verre obtenu avec 2 parties de cryolithe pour 100 de mélange vitrifiable. On pourra, se basant sur ces chiffres, recomposer un mélange, quant aux proportions de sable, de sulfate de soude et de chaux.

La quantité de charbon — ou de réducteur — sera fixée d'après la quantité de sulfate employée.

Voici cette analyse :

Si03 = 69,32 d'où Sable 319

CaO = 15,07 Calcaire 139

NaO = 11,82 Sulfate de soude U O

Al203 + Fe203= 2,79 Charbon 7

Arsenic 2

Ainsi qu'on l'a dit plus haut, pendant la fusion des matières contenant de la cryolithe, une partie de la silice se dégage à l'état de fluorure de silicium. Or ce produit, sans importance jusque dans ces derniers temps, a maintenant une certaine valeur industrielle, grâce aux travaux et aux applications trouvées par M. Tessié du Motay pour ce produit.

Si les produits de décomposition de la cryolithe et du sable se rendent dans un appareil condensateur (ce qui sera facile en opérant la fusion des matières vitrifiables dans des creusets fermés, imitant en cela la fabrication du cristal), le fluorure de silicium, au contact de l'eau, se changera en acide hydrofluosilicique (et en silice qui se précipitera) :

SSiFP 3H0 = (SiFJ)2 (IIFl)^ -f SiO^.

Cet acide ffuosilicique mis en contact avec un sel de potasse, le chlorure de potassium, par exemple, produira un fluosilicat et de potasse qui, séché, pourrait être employé en place de cryolithe si cette matière continuait à être impure, comme celle qui est expédiée du Groenland. Les procédés de M. Tessié du May offriraient un moyen d'en produire artificiellement, d'une pureté parfaite et à des prix peu élevés.

Les émaux sont appliqués sur les métaux de différentes manières: en couches uniformes, recouvertes ou non de peintures destinées à garantir, à orner le métal ; ou bien ils recouvrent certains points du métal, afin de produire un effet décoratif.

On peut classer les émaux en émaux de taille d'épargne et en émaux cloisonnés.

398 ENCYCLOI^ÉDIE CHIMIQUE.

On obtient les émaux en taille d'épargne en décalquant un dessin sur le cuivre et en évidant, au moyen du burin, tout ce qui n*est pas le contour du dessin. Dans le creux on dépose l'émail que l'on fond ensuite et, suivant le goût de l'artiste, le métal domine plus ou moins dans l'effet total.

Dans les émaux cloisonnés, le contour du dessin est obtenu sur le métal uni, au moyen de fils métalliques plats, que l'on contourne suivant les exigences du sujet que l'on soude au fond métallique (1). C'est dans l'intervalle des cloisons que l'on fait fondre l'émail ; l'émail est posé par petites portions que l'on fond au feu, en les ajoutant successivement jusqu'au niveau de la cloison. On use ensuite à la pierre pour unir les surfaces ; ce mode de fabrication des cloisonnés, qui est le plus coûteux, peut être modifié en coulant la pièce à émailler dans un moule, sur les parois duquel sont ménagés des creux, qui servent à obtenir d'un seul jet le relief des cloisons. L'application de ces procédés a reçu depuis quelques années une grande extension.

Un autre genre d'émaux a pour base les émaux de basse taille (basse taille émaillée, émaux translucides). On les obtient de la manière suivante : la plaque d'or ou d'argent étant solidement fixée, on y transporte le calque d'un dessin, et Ton grave ou plutôt on cisèle la composition en relief avec toute la finesse du modelé, puis on étend sur cette sculpture d'un très faible relief, par grandes teintes plates, des émaux translucides nuancés de vert et de rouge pour les vêtements, de bleu pour le ciel, de violacé pour les carnations ; le tout étant fondu au feu, les différentes épaisseurs d'émail font ressortir le sujet en produisant un effet analogue à celui de la lithophanie.

C'est vers le milieu du quinzième siècle qu'on chercha à faire, à Limoges, des émaux à bon marché pouvant remplacer les émaux en taille d'épargne elles émaux basse taille. La première fabrication tentée dans ce but fut la suivante : le dessin et les ombres étaient tracés sur une plaque de cuivre brillante avec un émail brun, puis on étendait sur cette espèce de camaïeu des émaux colorés translucides en ajoutant de l'or pour mieux accuser les lumières. On avait ainsi un émail grossier qui, comme le dit M. de la Borde, joue l'émail de basse taille, comme les images de campagne jouent le tableau qu'elles représentent; puis, plus tard, vers 1520, on fit à Limoges des émaux appelés émaux peints, dans lesquels le dessin et le modelé sont obtenus exclusivement par la main de l'artiste. Pour obtenir ces émaux, on prend une plaque de cuivre légèrement bombée qu'on recouvre au feu d'une couche d'émail noir tirant généralement sur le violet, ou d'émail bleu lapis; sur ce fond noir, on étend une couche d'émail blanc ; puis avec une pointe on trace le dessin, en enlevant l'émail blanc là où le fond doit rester noir, en lui donnant une épaisseur plus grande pour les blancs, et une épaisseur moindre pour les parties qui, laissant voir le fond noir, paraîtront plus ou moins grises* Le modelé est produit par les épaisseurs variables de l'émail. Ensuite le tout est cuit au feu de moufle.

Les émaux peuvent être également employés àla décoration du verre. L'application de certains émaux fusibles sur verre ne présente pas une grande difficulté,

(1) Voy. pour ces émaux le remarquable rapport de M. V. de Luynes sur l'Exposition de Vienne, ,^où nous avons puisé une partie des renseignements qui suivent (Imprimerie Nationale, 1873, t. III).

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mais l'effet obtenu est médiocre et les pièces recouvertes d'émaux fusibles manquent de solidité. 11 n'en est plus de même lorsqu'on opère avec des émaux plus durs. Les produits obtenus sont bien supérieurs, mais leur fabrication présente plus d'obstacles. C'est une fabrication de ce genre que M. Brocard a créée depuis plusieurs années, dans le but de reproduire certains verres orientaux qu'il a vus au musée de Cluny. M. Brocard a composé un verre d'une nature et d'une coloration spéciales, sur lequel il dépose sa dorure et ses émaux. Le tout est ensuite soumis à la cuisson, et l'on comprend la difficulté et les dangers que présente cette opération. Les émaux, en effet, doivent avoir une fusibilité très voisine du verre, sans quoi ils ne s'y fixeraient pas suffisamnjenl, mais aussi on s'expose, en les cuisant, à la déformation des objets. Il y a donc une limite à saisir pour arriver à un bon résultat.

Toutes les pièces sont soufflées et ne présentent pas la régularité des pièces moulées; tous les dessins doivent être faits à la main, selon la surface du verre. Nous avons déjà admiré à diverses Expositions la perfection des coupes, vases, lampes de mosquées, de la fabrication tout artistique dont M. Brocard est le rénovateur.

M. E. Gallé, de Nancy, a aussi la spécialité de produits de ce genre, pour lesquels la recherche de la forme, celle du coloris, l'invention des sujets tiennent une place prépondérante et qui font de ces produits des œuvres d'art plutôt que des produits industriels. Depuis 1878, M. Gallé a accentué ces caractères : il poursuit deux buts :

1" Celui de remettre en faveur, auprès d'un public spécial, et, il faut le dire, très restreint, un art qui a brillé de quelque éclat aux seizième et dix-septième siècles, celui de la gravure sur verre, en lui faisant rendre tout ce qu'elle peut donner, et en l'associant, sur la même pièce, et malgré de grands périls et des pertes fréquentes, aux émaux. Ceux-ci avaient, dans les dernières années, complètement éclipsé, dans la faveur publique, l'art charmant de la gravure. « Je puis, dit M. Gallé, avouer que j'en étais un peu coupable, ma palette d'émaux étant la plus complète, sans contredit, parmi celles, très riches, de nos émailleurs sur verre et sur cristal. » On peut voir aux Beaux-Arts de Nice, au musée des Arts décoratifs, etc., des gravures, des entaillés à figurines ornées d'émaux, sur des verreries imitation de gemmes antiques, sortant des ateliers de M. Gallé.

2° M. Gallé est passé, comme à peu près tous les artistes industriels d'autrefois et ceux de notre temps, par les écoles de l'art oriental, et surtout celle si séduisante et si commode du japonisme. Mais il n'a pas voulu s'y attarder. M. Gallé s'est proposé, ainsi que l'ont fait ses devanciers, orfèvres, céramistes, verriers, des choses qui vivent d'une vie propre et possèdent un style original. En résumé, sa grande préoccupation, comme la grande difficulté qu'il rencontre, ce n'est pas de faire du verre, tantôt plus ou moins blanc, tantôt plus ou moins coloré, c'est de faire du Gallé.

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