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FABRICATION ACTUELLE DU VERRE A VENISE

Perler. — C'est aux perles et aux verres colorés que Venise doit ses richesses. L'industrie du verre, à Venise, remonte au dixième siècle, et bien qu'elle ait perdu de son ancienne splendeur, elle conserve encore une certaine importance.

D'après M. Lazari, la première mention des perles remonte à l'an 1318 et les labricants, désignés sous le nom de patenolriers et de perliers, établis à Venise et à Murano, étaient assez nombreux pour former une compagnie régie par des statuts particuliers. Celte industrie ne devait pas être à ce moment arrivée à son apogée, puisque le même auteur cite, sans en donner l'explication, un important perfectionnement apporté à cette fabrication par Andréa Vidaore (1528).

Les perles sont faites avec des baguettes ou tubes de verre blanc ou de verre coloré de différentes grosseurs. Ces tubes de verre proviennent de verre étiré à des ilistances plus ou moins grandes afin d'obtenir des diamètres plus ou moins forts. Pour la fabrication des petites perles on emploie des baguettes dont le verre qui a servi à les former, a été étiré à une longueur de 50 mètres environ. Ces tubes sont ensuite coupés à 60 ou 80 centimètres de long, rangés par ordre de grosseurs ou diamètres, puis coupés encore en petits fragments d'égale longueur à l'aide d'une machine spéciale. Les tubes viennent se présenter sur un ciseau fixe, et un autre ciseau frappe régulièrement sur ces tubes et les coupe au fur et à mesure qu'ils se présentent. On a donc, après cette opération, une série de petits cylindres creux dont les bouts sont de vive arête; ces petits cylindres creux sont mêlés à un mélange de chaux et de charbon, le tout humecté, réduit en poudre fine; puis on remue, on brasse ces morceaux de verre avec le mélange qui pénètre à l'intérieur et obstrue momentanément le centre des fragments des tubes primitifs. Cette manière de faire a pour but d'éviter que, par le ramollissement auquel ces verres seront soumis, ces petits vides intérieurs ne soient obstrués par le verre lui-même. On place ensuite ces fragments cylindriques dans un cylindre en fonte, en fer ou en cuivre, on ajoute un peu de sable, et on introduit ce vase, auquel on imprime un mouvement de rotation, dans un four chauffé au rouge cerise; sous l'action de la chaleur et de ce mouvement rotatoire, les arêtes s'émoussent et on produit les perles.

La masse refroidie, on tamise le tout, les perles restent et le sable s'échappe

HENRIVAUX. — LE VERRE. 403

au besoin ; une agitation dans un sac dégage les vides préalablement bouchés des tubes.

Les perles étant arrondies, on les classe par grosseurs, par leur aspect plus ou moins satisfaisant, puis on procède à leur polissage en les secouant d'abord dans un sac avec du sable, puis ensuite avec du son. Pendant cette dernière opération le brillant qui avait été détruit dans l'arrondissage reparaît.

Les perles sont ensuite enfdées et rassemblées en écheveaux appelés masses, de diverses grandeurs, selon la grosseur des perles.

L'enfilage se fait entièrement à la main. Viîifilzatrice met ses perles dans une boîte carrée où elle plonge un faisceau de longues aiguilles, qu'elle tient étalées en éventail ; quelle que soit leur finesse, ces aiguilles sont percées d'un trou à l'extrémité que l'ouvrière lient dans la main; dans ce trou est passé un fil. Quand les aiguilles sont chargées d'un grand nombre de perles, l'ouvrière relève l'aiguille, fait glisser les perles le long du fil, puis les recharge de nouveau dans sa boîte. On se sert de soie pour les produits les plus soignés, et de lin filé en Angleterre pour les perles plus communes, on attache une grande importance à la qualité de ces fils.

On fabrique aussi une grande quantité de perles soufflées au chalumeau, à la lampe d'émailleur; elles proviennent de la transformation de baguettes creuses ou tubes de verre ordinaire pour les perles communes, ou de teinte légèrement irisée ou opale pour les perles de choix ou orientoïdes. Le souffleur étire d'abord le tube qui est préalablement chaufl'é et ramolli ; le tube étiré à la grosseur voulue, il le brise alors en fragments de 10 centimètres environ; puis il en prend un dont il présente l'une des extrémités à la lampe. Dès que le verre commence à se liquéfier, il souffle doucement dans le tube, qui, quoique étiré, a toujours conservé un vide intérieur, et bientôt, l'air dilatant l'extrémité chauffée, il y apparaît une boule. C'est cette boule qui va devenir une perle, mais elle n'est encore qu'à l'état de germe; pour qu'elle devienne perle, trois opérations sont encore indispensables :

1" Le perçage, qui se compose de deux trous, s'il s'agit de perles rondes destinées à former un collier, ou d'un seul si, rondes ou en forme de poires, elles doivent être montées soit en colliers, soit en boucles d'oreilles, en boutons, en épingles, etc. ;

2° La forme à donner, ronde ou en forme de poire ;

3» La coloration intérieure.

Le double perçage, indispensable pour passer le fil de soie qui réunit les perles et forme le collier, s'opère au moment où le verre, de forme sphéroïde, adhérent au tube, est encore ductile. Le premier trou se fait au centre inférieur delà perle par le seul souffle de l'ouvrier; et le second se trouve naturellement formé par le creux du tube au moment où la perle en est séparée au moyen d'un petit coup sec.

Tel est le travail que demande la confection de toutes les perles fausses; mais les perles orientoïdes, qui, ainsi que leur nom l'indique, doivent être l'imitation la plus exacte possible de celles produites par la nature et connues sous le nom de perles fines, exigent une préparation plus compliquée.

Tout en étant fabriquées exactement de la même manière que les perles les

plus ordinaires, les orientoïdes s'en distinguent cependant, non seulement par l'emploi d'un verre opalisé, mais encore par le soin que le souffleur apporte à leur forme, ainsi que par les diverses colorations qu'elles reçoivent à l'intérieur.

Quant à la forme, tout le monde sait combien il est rare de trouver une perle sans défaut; et, par défaut, il ne s'agit pas ici de la matière, mais seulement de la forme et plus encore de la nuance.

Le rôle du souffleur étant, comme nous l'avons dit, d'imiter le plus possible la nature, son talent consiste non seulement à dénaturer, pour ainsi dire, l'exacte régularité obtenue par le soufflage, mais encore à produire sur la perle fausse les défauts qui se trouvent ordinairement sur les perles naturelles. Ce travail demande une très grande habitude, et n'est que le fruit d'une longue observation ; le bon souffleur, l'artiste, doit connaître assez les perles naturelles pour n'exécuter sur les siennes que les défauts qui peuvent faire valoir, par le moyen de reflets habilement préparés, l'œuvre sortie de ses mains. Pour obtenir ce résultat important, le souffleur, profitant du moment où la perle adhère encore au tube, prend une très petite palette en fer, dont il frappe très légèrement sur certaines parties de la perle encore malléable, et ce n'est que par ce dernier travail qui met, ici une saillie, là un méplat, presque imperceptibles, qu'il parvient à produire une perle, qui, perdant sa régularité mathématique, devient l'imitation parfaite de la nature.

Là s'arrêtait à Venise le travail du souffleur de perles, la coloration était donnée par le verre lui-même. A Paris, on fabrique maintenant les perles colorées artificiellement de la façon suivante : pour la coloration des perles de choix, travail qui se fait par des femmes, chaque ouvrière a devant soi une série de compartiments contenant des perles de diverses grosseurs, dans laquelle il s'agit d'introduire d'abord un peu de colle incolore destinée à fixer la matière colorante qui sera introduite ensuite. Cette matière est formée d'écaillés d'ablettes; on mélange ces écailles à de l'eau salée, à de l'ammoniaque, et on obtient une sorte de pâte fluide appelée essence d'Orient. On estime qu'il faut environ vingt mille ablettes pour produire une livre de cette essence qui est ensuite soumise à des purifications successives et qui finalement donne une liqueur nacrée d'un reflet, d'un éclat magnifiques. L'essence dite d'Orient est donc introduite par insufflation dans chaque perle ; les perles de couleur sont obtenues par un même procédé, seulement au lieu de pâte d'ablettes, on insuffle à l'intérieur une pâte de couleur voulue.

Verres filigranes. — M. Bontempsa publié dans les Bulletins de la Société encouragement (t. XLIV), puis dans son excellent ouvrage (1), un exposé

complet de cet art intéressant, à la renaissance et aux progrès duquel il a

puissamment contribué.

On appelle verres filigranes ceux dans lesquels s'enlacent mille filets de verre

blanc, opaque ou coloré, en affectant une foule de formes diverses irrégulières.

(1) Bonteinps, Guide du verrier, loc. cit. Librairie du Dictionnaire des arts et manufactures, a-ue Madame, 44.

IlENJUVAUX. — LE VERKE. 405

Les verres filisfraiiés sont composés d'un certain nombre d'éléments fabriqués à part; ainsi un vase quelconque est formé de vintg-cinq, trente..., baguettes juxtaposées, réunies par la chaleur du four de travail et soufflées ensuite comme une masse unique de verre. Je suppose d'abord ces baguettes à filets fabriquées; on les place contre la paroi intérieure d'un moule cylindrique en métal (fig 2^8 et2i29)ou en terre à creusets, on les fixe au fond du moule au moyen d'une pelite couche déterre molle dans laquelle on fiche leur extrémité; on fait chauffer ce moule auprès du four de verrerie, non pas jusqu'à ramollir les baguettes, mais pour les

Fig. 228. Fig. 22'J.

rendre seulement susceptibles d'être touchées par du verre chaud sans être calcinées; puis, avec une canne à souffler, on prend dans un creuset du verre ou du cristal transparent en petite quantité, et on souffle ce qu'en terme de verrerie on appelle une peiiie paraison, c'est-tà-dire une préparation de pièce ; on souffle, dis-je, une petite paraison cylindrique d'un diamètre un peu moindre que le vide que laissent entre elles les petites baguettes dans le moule; on chaulTe fortement la paraison, on l'introduit dans l'intérieur du moule et on souffle de manière à la presser contre les baguettes : elles ne tardent pas à adhérer à la paraison, de telle sorte que, en élevant la canne et retenant le moule, cette paraison amène avec elle les petites baguettes ; on rechauffe le tout de manière à rendre l'adhérence complète, à amollir les baguettes, puis on marbre, c'est-à-dire qu'on roule le tout sur la plaque de fonte polie ; on réchauffe encore, on souffle un peu et on tranche avec les fers (sorte de pinces), un peu au-dessus du fond, de manière à réunir les baguettes en un point central ; on obtient ainsi une masse que Ton travaille comme une paraison ordinaire, et à laquelle on donne la forme que l'on veut par les moyens ordinaires employés dans le soufflage du verre. Par les opérations de marbrer et de souffler, les baguettes se trouvent aplaties extérieurement et intérieurement, ce qui produit sur les dessins des filigranes les effets que nous remarquerons en parlant en détail des baguettes. Si l'on n'a donné aucun mouvement de torsion à la paraison, les dessins restent longitudinaux comme les baguettes et dans le même plan que l'axe de la pièce ; mais, si, après avoir fait adhérer les baguettes, on imprime un mouvement de rotation sur elle-même à la canne en retenant l'extrémité inférieure des baguettes avec les fers, on produit une torsion qui donne aux baguettes une direction en spirale qu'elles conservent quand on termine la pièce par les moyens ordinaires.

11 est plus difficile de maintenir les baguettes dans leur position primitive, dans le même plan que l'axe de la pièce, car le verre se travaille en quelque sorte sur le tour ; il faut donc que l'ouvrier ait la main très légère pour qu'en modelant sa pièce il n'imprime pas près du pontil, et surtout à l'évasement de la pièce, mi léger mouvement de torsion.

Après avoir montré de quelle manière on fabrique les pièces filigranées quand on a les baguettes qui en forment les éléments, voici les procédés par lesquels on produit ces baguettes. La base de toutes est un filet simple enveloppé de verre transparent : nous supposerons d'abord qu'on n'emploie que des filets blancs opaques, et, pour le dire en passant, les plus jolis ouvrages des Vénitiens ne contenaient guère que des filets de cette couleur. Certes, ils connaissaient bien les colorés, mais ils les employaient rarement dans ces sortes d'ouvrages ; ils pensaient avec raison que le mérite de ces pièces résulte de leur légèreté, de la netteté des filets, de la grâce de la forme, et que l'introduction de la couleur n'était le plus souvent qu'un cachet de mauvais goût.

Pour faire les filets simples (1), le verrier prépare du verre blanc rendu opaque par l'étain ou par l'arsenic (l'étain donne des filets plus nets dont le délié est plus correct que ceux de l'opaque blanc par l'arsenic). Le verrier prend au bout de sa canne dans le creuset, environ 200 grammes de verre opaque; il mahre ce verre de manière à lui donner une forme cylindrique d'environ 6 à 8 centimètres de longueur et laisse un peu refroidir, puis il plonge ce petit cylindre dans du verre blanc transparent, en fusion, de manière à lui former une enveloppe d'environ 5 millimètres d'épaisseur; il mabre de nouveau pour égaliser le verre transparent autour du verre opaque, puis, chauffant fortement et appliquant ensuite à l'extrémité opposée à la canne un pontil garni de verre chaud, il étire cette colonnette comme un tubejusqu'à ce qu'elle ait été réduite au diamètre voulu, environ 4 à 6 millimètres ; enfin il partage cette tirée en fragments égaux : il lui en faut, pour sa provision, plusieurs longueurs suivant les pièces qu'il veut fabriquer ; elles ont ordinairement de 8 à 15 centimètres.

Outre ces baguettes à filets simples, le verrier doit se munir aussi de baguettes semblables en verre transparent, et il est apte alors k préparer toutes les baguettes compliquées.

1° Pour obtenir des baguettes à filets en spirale rapprochés, qui, par leur aplatissement, produisent des réseaux à mailles égales (2), on garnit l'intérieur d'un moule en métal ou en terre, semblable à celui dont nous avons parlé, de baguettes à filets simples alternées avec des baguettes en verre transparent, puis le verrier prend au bout de sa canne du verre transparent dont il forme un cylindre massif qui puisse rentrer dans le moule garni de ces petites baguettes, et chauffé préalablement un peu au-dessous de la chaleur rouge. En chauffant ce cylindre fortement, il l'introduit dans le moule où il le refoule de manière à presser les baguettes qui adhèrent ainsi contre le verre transparent: il enlève la canne en retenant le moule et entraîne ainsi les baguettes avec le cylindre ; il chauffe encore et il mabre pour rendre l'adhérence plus complète ; enfin, chauffant l'extrémité du cylindre, il tranche d'abord cette extrémité avec ses fers, la chauffe de nouveau, la saisit avec une pincette ou avec ses fers, et la tire de longueur avec sa main droite, pendant que de la main gauche il fait tourner rapi-

HENHIVAUX. — Ll<: VERRE. 407

élément la canne sur les bardelles de son banc. Pendant que les extrémités do la colonne s'allongent, les filets s'enroulent en spirale autour d'elle : quand l'ouvrier a amené, àl'extrénnité, une baguette de la dimension voulue, environ 5 millimètres de diamètre, et que les filets sont suffisamment enroulés, il tranche avec la pincette, chauffe de nouveau l'extrémité de la baguette, et, la saisissant et l'étirant pendant qu'il roule rapidement la canne, il procède ainsi à la praduction d'une nouvelle baguette, et ainsi de suite jusqu'à ce que toute la colonne soit étirée.

2° Pour fabriquer des baguettes qui, par leur aplatissement, produisent des filets en quadrilles, on place dans le moule, aux deux extrémités d'un seul

Fie. t>:m.

<liamètre, trois ou quatre baguettes à filets simples alternées avec des b.iguettes en verre transparent ; on garnit ensuite le reste de la capacité intérieure du moule de baguettes transparentes, afin de maintenir les baguettes à filets dans leur position, et on opère comme pour les baguettes précédentes.

3" Pour obtenir des baguettes produisant, par leur aplatissement, des grains de chapelet (4), on fait une paraison soufflée, dont on ouvre l'extrémité opposée à la canne de manière à produire un petit cylindre ouvert; on l'aplatit afin de ne

donner passage qu'à desbnguettes, et on introduit dans ce fourreau quatre, ci\m\ ou six baguettes à filets simples alternées avec ces baguettes de verre transparent; on chauffe, on ferme l'extrémité opposée à la canne, puis l'ouvrier presse sur la paraison plate pendant qu'un aide aspire l'air de la canne de manière à le faire sortir de la paraison et à produire un massif plat, dans lequel sont logés les filets. L'ouvrier rapporle successivement une petite masse de verre chaud transparent sur chacune des parties plates de sa paraison, et il mabre pour cylindrer sa masse : il obtient ainsi une petite colonne dans l'intérieur de laquelle sont rangés, sur un même diamètre, les filets opaques: il procède ensuite comme pour les baguettes précédentes en chauffant et étirant l'extrémité pendant qu'il roule rapidement la canne sur les bardelles. Par ce mouvement de torsion, la ligne des filets se présente alternativement de face et de profil, et produit des grains de chapelet.

4° Il arrive souvent qu'on combine ces grains avec les quadrilles des baguettes précédentes, en se servant, pour introduire le moule préparé pour les baguettes à quadrille, du cylindrique préparé pour les grains de chapelet. Du reste, les combinaisons qu'on vient d'indiquer mettent sur la voie d'une foule d'autres que le verrier peut opérer.

5° Quelquefois on ménage, au centre d'une des baguettes, un filet en zigzag ordinairement coloré : pour cela on prépare un premier cylindrique massif en verre transparent, de moitié du diamètre de celui qu'on veut étirer, et on fait adhérer parallèlement k l'arête de ce cylindre une petite baguette colorée; on recouvre le tout d'une nouvelle couche de verre transparent pour produire le cylindre de la dimension voulue pour entrer dans le moule des baguettes à filets. La petite colonne colorée, n'étant pas au centre du cylindre, tournera en spirale autour de ce centre parle mouvement d'étirage et de torsion, et produira un zigzag par l'aplatissement.

Parmi les pièces de Venise, et ce sont peut-être les plus remarquables, il en est qui présentent un réseau de filets simples à mailles égales dont chacune renferme une bulle d'air : ce genre est le plus difficile à produire. On y parvient, toutefois, en soufflant une première paraison à filets simples tordus, puis une deuxième paraison à filets simples tordus en sens inverse; on ouvre l'une de ces paraisons et on introduit l'autre de manière à les faire adhérer; les filets se croisent alors et produisent des mailles qui sont égales si les paraisons ont été bien préparées. Si le verre opaque est dur, la cannelure produite par les colonnes se maintient à un certain degré quand on souffle la paraison; ces cannelures tordues en sens inverse venant à se croiser quand on engage Tune des paraisons dans l'autre, une bulle d'air restera renfermée dans chaque maille quand les deux paraisons seront réunies ; on termine la pièce, par les moyens ordinaires, suivant la forme qu'on veut lui donner.

Indépendamment des verres filigranés, les Vénitiens ont fait quelques essais de ce que j'ai appelé verres mosaïques, plus connus sous le nom de millefiori ; mais ils sont restés, sous ce rapport, bien loin de l'antiquité. Voici la manière de fabriquer ces verres :

Les éléments au lieu d'être des baguettes, sont des tronçons de baguettes dont la section présente des étoiles ou autres formes symétriques composées de plu-

sieurs couleurs; parexemple, le verrier formera, au bout de sa canne, un petit cylindre massif en verre rouge autour duquel il appliquera cinq ou six cueillages de verre bleu turquoise qu'il façonnera avec sa pincette pour former des ailes prismatiques triangulaires dont la base est sur le cylindre rouge, puis il remplit les intervalles entre ces ailes avec un verre d'une autre couleur blanc opaque ou jaune; il mabre et enveloppe le tout d'une couche d'une couleur transparente, soit violet clair par exemple. Il peut ensuite introduire cette colonne dans un moule garni intérieurement de baguettes d'une autre couleur ou blanc opaque, qui, par leur section, feront un tour de perles blanches; enfin, quand il a composé sa colonne comme il le désire, il la chauffe fortement et l'étiré à la grosseur de 10 k 15 millimètres. On peut varier à l'infini les formes (fig. 231) et les couleurs des sections. On tranche ensuite les colonnettes en tronçons d'environ 1 centimètre de longueur, et c'est avec ces tronçons qu'on compose les pièces mosaïques ou mille fiori. Pour cela on en garnit l'intérieur d'un moule, et l'on fait chauffer au rouge brun, puis on souffle une paraison à laquelle on donne à peu près la forme du moule: on la chauffe et on l'engage dans le moule, de manière à faire adhérer les tronçons contre la paraison; on rechauffe, on souffle, on mabre et on opère enfin par les moyens ordinaires. Une méthode préférable consiste à faire une paraison dont on fait revenir intérieurement le fond vers la canne, de telle sorte que celte paraison.

Fie. 231.

étant détachée de la canne, présente une ouverture circulaire composée de deux parois concentriques ; on la laisse refroidir; on iniroduit entre ces parois des tronçons de baguettes, afin de remplir autant que possible tout le vide; on réchauffe peu à peu cette paraison, on prépare une canne dont l'extrémité sera garnie d'un disque de verre chaud qui n'intercepte pas le trou de la canne ; on adapte ce disque contre le bord supérieur de la paraison; et on aspire par la canne l'air renfermé entre les tronçons et les parois de la paraison; enfin, prenant une autre canne préparée de la même manière, on l'applique contre le côté opposé de la paraison que l'on détache de la première canne: l'intérieur du fond rentré formera alors l'intérieur de la paraison que l'on souffle avec la deuxième canne, et à laquelle on donne la forme voulue par les moyens ordinaires.

Nous avons dit que, dans les fabrications à filigranes et millefiori, les

FiG. 232. — Verre craquelé vénitien.

FiG. 232 bis. — Verre vénitien.

paraisons, étant une fois amenées au point convenable, étaient ensuite achevées

IIENRIVAUX. — LE VERRE.

par les moyens ordinaires. Parmi ces moyens, nous ne devons pas omettre de signaler le procédé du moulage eu bois. Il ne s'agit pas ici du moulage au

FiG. 232 ter.

moyen duquel on obtient des dessins en relief sur la face extérieure des pièces, mais du moulage qui procure la forme. Jusqu'à ces derniers temps, les profils

de la pièce étaient donnés par l'ouvrier au moyen de ses fers à lames de bois, avec lesquels il pressait sur la pièce tenant à l'extrémité de la canne ou du ponlil, que l'ouvrier faisait tourner sur lesbardelles : l'exactitude de la forme dépendait de l'adresse de l'ouvrier.

C'est à la verrerie de Ghoisy-le-Roi, dirigée par M. Bontemps, qu'on a recom-

mencé à fabriquer les verres filigranés et qu'on a reconstitué les procédés, les tours de mains à l'aide desquels on les produit.

On fabrique aussi à Venise des verres craquelés (qu'on imite, et qu'on fabrique même beaucoup mieux dans les cristalleries françaises). Ce verre, obtenu en plongeant rapidement la paraison dans l'eau, se gerce, se fendille à la surface; on continue ensuite le travail ordinaire, et ces craquelures ne disparaissent plus. Le corps de certains verres, de coupes, est ainsi orné et remplace une gravure mate ou un verre opalin.

HENRIVAUX. — LE VERRE. 413

Bien que le verre de Venise contienne une p^'iite proportion de minium, ce n'est pas un cristal. Ce verre pendantle travail conserve une certaine plasticité qui

FiG. 234.

permet aux artistes verriers de lui donner mille formes qui souvent même sont modifiées pendant leur exécution, soit par le caprice de l'ouvrier, soit à cause de l'effet plus ou moins heureux que présente la pièce soufflée.

On trouve dans les collections, les musées, d'anciens verres de Venise dont la perfection a été rarement atteinte par nos fabricants (fig. 232 et 232 bis).

Il n'en est malheureusement pas toujours de même actuellement ; nous préférons de beaucoup les lustres de Bohême, ou même les lustres des cristalleries françaises (fig. 233) à ces œuvres surchargées d'ornements en verre pilé, en verre de toutes couleurs, souvent peu harmonisées qui enlèvent aux pièces montées de Venise tout cachet artistique (fig. 234).

Dans les pièces isolées, les verres, coupes, vases de Venise, ce que l'on doit remarquer principalement, c'est l'imagination de l'artiste donnant à un vase des formes multiples et bien souvent gracieuses, originales.

Qui ne connaît ces boules, ou presse-papiers en verre, au centre desquels on voit une multitude de fleurs de ditTérentes couleurs, souvent même des

FiG. 235. — Serre -papiers avec mille fiori (a).

images, figures, bouquets, fleurs (d'où le nom de millefiori). Des fragments de baguettes de verre filigrané sont posés dans les rainures d'une plaque de fonte, chaufl'és, et recouverts par une paraison de verre chaud dans laquelle ils s'incrustent. On donne ensuite à cette pâte de verre la forme sphérique, semisphérique ou aplatie (fig. 235). Souvent même on incruste dans cette paraison des figurines en argile blanche, des têtes de pipe, etc.; dans ce cas il faut également faire chauffer ces figurines, employer un verre bien affiné, et éviter avec grand soin d'emprisonner des bulles d'air qui dépareraient complètement l'image ainsi enverrée.

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