‹ Le verre et la cristal (volume 2)Chapitre 85 sur 154 · À AA · texte numérisé non relu

À AA

lUQ

ou

Carbonate de potasse

Carbonate de chaux

Nitrate de soude

On produit les verres colorés en rose avec le pourpre de Cassius, en rouge avec le protoxyde de cuivre et le peroxyde de fer. Avec le pourpre de Cassius on obtient le verre d'or ou verre rubis. En ajoutant de l'argent à des préparations d'antimoine, on peut produire presque toutes les nuances du rouge, du rose au rouge pourpre. On a cru pendant longtemps qu'on ne pouvait préparer le verre rubis avec aucune autre préparation d'or que le pourpre de Cassius. Cependant Fuss a montré il y a environ vingt-cinq ans qu'on obtenait un verre rubis tout aussi bon en humectant le verre ou plutôt la composition employée pour sa préparation avec une dissolution de chlorure d'or. Si le verre d'or obtenu par fusion de la composition précédente est refroidi rapidement, il est incolore tout comme le verre de protoxyde de cuivre. Si ensuite on le chaulîe doucement, mais de manière à ne pas le ramollir, la magnifique couleur rouge- rubis apparaît subitement. On donne à cette opération le nom de recuit du verre, et elle s'effectue aussi bien dans l'oxygène que dans l'hydrogène et l'acide carbonique. Le protoxyde de cuivre employé pour la préparation du verre de protoxyde de cuivre se prépare en chauffant au rouge des copeaux de cuivre ou bien on se sert dans le même but des cendres de cuivre, qui se composent en majeure partie de protoxyde de cuivre. Comme base on se sert d'un verre plombeux auquel on ajoute environ 3 pour 100 de protoxyde de cuivre. Comme ce dernier a une grande tendance à se transformer en bioxyde de cuivre et par suite à colorer le verre en vert, on doit ajouter une petite quantité de corps réducteurs; on emploie donc dans ce but des battitures de fer, de la limaille de fer, de la suie, de la mine de tartre ou bien encore le brassage avec le bois vert. Après ce refroidissement le verre de cuivre est incolore ; ayant parfois une teinte très légèrement verdàtre ; la couleur rouge n'apparaît que sous l'influence du recuit.

Le verre rose, appelé rubis de Bohême, se prépare en fondant le mélange

formé de :

Quartz étonné et pulvérisé 100

Minium 150

Potasse line frittée 30

Borax fondu 20

Sulfure d'antimoine 5

Peroxyde de manganèse 5

Or détonant broyé avec de l'essence

de térébenthine 5

(IV) M. Bontemps, violet doublé fondu en pots couverts.

HENRIVAllX. — LE VERRE. 427

On pense généralement que c'est de l'or très divisé qui colore le verre en rose.

La fabrication du verre rouge à l'or, quoique très ancienne, est difficile et exige des tours de main que chaque fabricant conserve avec soin.

L'or métallique communique également au verre la coloration pourpre; pour obtenir une coloration uniforme il convient d'employer l'or à un très grand état de division ; aussi l'état physique de l'or est-il plus à considérer que son état chimique; on l'emploie à l'étal de chlorure, d'oxyde de pourpre de Cassius, etc. On imbibe le sable, entrant dans la composition du verre, ou le mélange vitrifiable lui-même, avec la dissolution du sel d'or à intercaler dans le mélange.

La température nécessaire à la fusion du verre pourpre est plus élevée que la température de fusion de l'or ; l'or entre en fusion avant de faire partie intégrante du verre, on doit éviter qu'il se rassemble en gouttelettes vers le fond du creuset et par là soit soustrait à toute action dissolvante. En arrosant ainsi le mélange avec la dissolution du sel d'or, il en résulte une sorte de réduction de l'or, de dorure des grains de sable, de telle sorte que l'or est ainsi maintenu plus longtemps en suspension dans la masse subissant la vitrificaiion.

Les verres colorés par l'or, contiennent tellement peu de ce métal, que l'on a songé déjà à englober dans du verre ou dans du cristal des roches porphyrisées contenant des quantités d'or trop faibles pour être décelées par l'analyse chimique, et on a ainsi obtenu des colorations par le réchauffage de cristal contenant moins de un cent-millième d'or.

Le verre rose ne s'emploie guère (jue comme doublage, sa composition doit être à peu près la même que celle des pièces sur lesquelles elle doit être appliquée et on ne l'emploie lui-même que dans une faible proportion de la pièce à doubler. Dans une composition vitrifiable contenant un sel d'or, on devra ajouter un peu de minium pour rendre le verre plus malléable, et on emploiera une partie de tapotasse à l'état de nitrate, on devra aussi s'abstenir d'employer la soude. Les matières étant mélangées sont introduites dans un petit creuset et portées au four dont la température est très élevée ; après la fusion et le recuit, on obtient une masse souvent incolore, quelquefois bleuâtre, qui, divisée en menus fragments, prendra au ramoUissage une belle couleur rouge.

D'après M. Peligot, le verre rose s'obtient également au moyen de la dissolution d'or dans l'eau régale qu'on mélange avec le produit qui résulte de l'action de l'acide azotique sur l'étain. Les deux liqueurs sont versées sur le sable en opérant comme il a été dit ci-dessus. On se sert aussi, pour le même objet, du pourpre de Cassius. On ne se rend pas bien compte du rôle utile que l'oxyde d'étain peut avoir dans cette préparation.

L'addition au mélange d'une quantité infiniment petite d'oxyde de cobalt fournit la teinte un peu violacée des feuilles de roses.

L'intensité de la couleur est en raison de la proportion d'or employée. Pour doubler des verres opales ou pâte de riz, ou bien pour tripler sur émail, on a besoin d'un rose très clair. Dans ce cas, on n'introduit dans la composition que un demi-millième et même un dix-millième d'or.

Lorsque le cristal doré est longtemps chauffé, étant convenablement ramolli, il prend d'abord la couleur rouge, puis il se décolore partiellement, et il pré-

sente, après refroidissement, une teinte bleuâtre avec des paillettes très fines d'or brillant ; oa fait avec ce produit des objets de bijouterie qui ont eu dans ces derniers temps une certaine vogue.

La fabrication des pièces colorées en rose ou en rouge groseille exige des soins particuliers. On fait, d'une part, une paraison de cristal ordinaire, à laquelle on fait adhérer un petit fragment de cristal aurifère ; en ramollissant ce verre à l'ouvreau, la couleur rouge se développe ; on le rabat avec les fers, on l'étend et on l'égalise sur la paraison.

D'autre part, on a cueilli, avec une autre canne, du cristal ordinaire dont on a fait aussi une paraison sur laquelle on fait adhérer celle à deux couches qu'on vient de façonner; après qu'elle. a été convenablement ramollie à l'ouvreau, on l'étend, et on la rabat, comme un champignon, avec les pinces. On a ainsi une pièce composée de trois couches ; celle du milieu est aurifère. La pièce est alors terminée par les procédés ordinaires. Par la taille, on entame plus ou moins la couche aurifère, et on obtient ainsi des cristaux blancs avec des dessins rouges ou roses. En opérant ainsi, la couche d'or se trouve garantie d'une fusion qui amènerait l'or à l'état de petits globules offrant l'aspect métallique. Dans le but d'obtenir le même retrait, on se sert, comme nous l'avons dit, de cristal ayant la même composition.

Pour les autres verres doublés, on procède autrement : on souffle une petite paraison de cristal coloré, qu'on allonge et qu'on étire avec les fers, de manière à lui donner la forme d'un cylindre épais; celui-ci étant ouvert à son extrémité, est évasé, et coupé avec un fer froid ; on en sépare une pièce conique, ouverte des deux bouts, qu'on pose sur un support creux en fer ; on introduit dans l'intérieur de ce cône une paraison de cristal incolore ; l'adhérence étant produite, on réchauffe à l'ouvreau, et le verre coloré est réparti uniformément sur la surface du verre blanc. La pièce, ainsi doublée, est terminée par les moyens ordinaires.

D'après M. Bontemps, voici une composition qui fondue en pots couverts donne un beau verre rose dont on fait souvent usage pour le verre doublé. D'abord on prend du cristal blanc, soit :

Sable 100

Minium 66,6^

Carbonate de potasse 33,34

Puis avec ce cristal on fait la composition suivante :

Cristal blanc (en menus fragments) . 100

Minium 15

Salpêtre 3

Pourpre de Cassius 0,25

Antiraoniate de potasse 3

On mélange ensemble d'abord le minium, le salpêtre, l'antimoniate et le pourpre de Cassius, et on mêle ensuite le tout avec le cuivre en fragments et on enfourne dans un pot couvert. Le verre qui en résulte paraît d'abord blanc ; ce

HENRIVAUX. ~ LK VtRRE. 429

n'est qu'en le réchauffant qu'on lui voit prendre la couleur rouge. Ce verre se travaille en doublé comme le rouge et, comme il est d'un prix élevé, on évite de le cueillir à la canne, on le coule en bâtons. Pour cela le verrier cueille le verre au bout d'un ponlil, puis il le marbre de manière à en faire un cylindre massif de 0'",12 à 0"%15 de long: et de 0'",4à 0™,5 de diamètre ; il tranche ce cylindre près du pontil, et le détache dans le four à recuire, puis il en cueille un second, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le contenu du creuset soit épuisé. En faisant ainsi quelques potées travaillées de cette manière, on peut avoir un approvisionnement pour faire une très grande quantité de verre doublé, pour lequel on procède de la manière suivante : On fait chauffer dans une arche le nombre de bâtons présumés nécessaires pour un travail ; un gamin prend un de ces bâtons au bout d'un pontil sur lequel il y a un peu de verre chaud; il va réchauffer ce bâton à l'ouvreau ; puis, venant à son maître qui a de son côté pris une très petite portion du verre au bout de sa canne et qu'il a commencé à souffler, il ap[)liquc le verre de couleur contre le verre blanc. L'ouvrier tranche alors avec sa pincetle ce qu'il veut de verre de couleur, soit le cinquième, le quart ou le tiers du bâton de couleur; puis il va chauffer de nouveau, et enfin va cueillir le verre blanc nécessaire par-dessus son verre coloré. Au lieu défaire des bâtons cylindriques, on peut encore couler le verre dans une sorte de lingotière; tranchant le verre de distance en distance pendant qu'il est encore chaud, on le divise ainsi en fragments d'une longueur voulue que l'on fait recuire.

Par celte méthode, on évite de mettre du verre coloré sur la canne; tout le verre coloré est employé sans perte dans la pièce fabriquée.

On peut encore obtenir un beau verre rouge en prenant du cristal blanc, attendri par 5 à 6 pour 100 d'oxyde de plomb, et y ajoutant, à l'état de pourpre de Cassius ou de dissolution dans l'eau régale, 50 à 100 grammes d'or fin. Le verre sera d'autant plus beau qu'il n'entrera pas de soude dans la composition et que la température du four de fusion sera plus élevée, et plus rapidement élevée.

Voici encore d'autres compositions :

Sable

Pourpre de Cassius

Oxyde de manganèse

GO

En résumé on peut dire que :

1" Pour préparer un verre coloré en rouge par de l'or, il n'est pas nécessaire d'employer du pourpre de Cassius, ou d'ajouter au chlorure d'or de l'oxyde d'étain ou de l'oxyde d'antimoine.

2" On peut, par l'addition de chlorure d'or ou même d'or métallique très divisé, soit à un verre plombeux très fusible, soit à un verre à base de potasse ne renfermant que très peu de minium (1/128' ), obtenir un verre qui se colore en rouge pendant le travail.

3° Si l'on emploie du pourpre de Gassius, ce dernier est décomposé pendant la fusion du verre, et il s'en sépare de l'or métallique.

4° En porphyrisant de l'or métallique en poudre fine avec des substances dures et pulvérulentes on obtient des mélanges colorés en rouge.

5° La coloration du verre paraît due, suivant toutes les probabilités, à de Tor très divisé.

Plusieurs autres corps métalliques présentent des phénomènes de coloration analogues. Le platine et l'iridium en poudre mélangés avec de l'émail donnent une belle couleur noire non métallique. L'argent colore les verres en jaune transparent, vus par réfraction, et en vert bleu grisâtre, vus par réflexion. Lorsque ces verres sont réchauffés un trop grand nombre de fois, ils deviennent laiteux, et on y distingue des petits grains d'argent, phénomène absolument identique à celui produit par l'or.

Enfin, les changements de couleur produits par les changements d'éiat moléculaire de l'iodnre de mercure, du carbone, du soufre, du sélénium, du phosphore, du mercure, de l'oxyde de fer, etc., et les anneaux colorés, prouvent que rien ne s'oppose à ce que l'or présente les mêmes phénomènes.

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