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VERRE JAUNE

Les anciens coloraient le verre au moyen de compositions d'argent; ces procédés qui datent des premières époques de la peinture sur verre, employée pour les vitraux d'églises, sont encore les mêmes aujourd'hui. Cet art, si utile au peintre verrier et qui a toujours été pratiqué au pinceau, doit son existence à cette particularité que pour la coloration par les préparations d'argent on peut, sans lui faire subir la moindre altération, l'opérer sur du verre déjà formé et même taillé et poli ; et cependant la couleur ne reste pas à la surface du verre comme les couleurs de moufle; elle pénètre au contraire dans sa masse.

Le verre se colore très facilement par l'argent et à des températures assez peu élevées. La coloration des verres à l'argent est un jaune transparent, couleur d'ambre. Le procédé de coloration consiste à triturer du chlorure d'argent avec de l'argile et de l'eau, de manière à en former une bouillie qu'on applique sur le verre à l'aide d'un pinceau. Puis on soumet pendant quelque temps ce verre ainsi préparé à une température un peu inférieure à celle de son ramollissement.

Après refroidissement graduel de la feuille de verre, on enlève l'enduit par un lavage, et cette feuille de verre est colorée uniformément; si l'enduit a été répandu suivant un dessin quelconque, ce dessin se trouve ainsi reproduit.

Les verres jaunes colorés dans leur masse sont obtenus par Taddition au mélange de verre blanc, de soufre ou de charbon.

M. Didierjean, l'habile directeur des cristalleries de Saint-Louis, a été amené à examiner l'action dans le verre, des sulfures d'abord et du soufre ensuite,

HENRIVAUX. — LE VERRE. 437

vers 1850, en faisant des essais sur la substitution, en totalité ou en partie, du carbonate de baryte au minium dans le cristal. Ce carbonate de baryte donnait au \erre, dans certaines circonstances, une teinte très légèrement jaunâtre; et l'analyse a démontré à M. Didierjean qu'il contenait de 3 à 4 pour 100 de sulfure de baryum.

Avec le verre à la potasse, le soufre ajouté dans la proportion de 1 à 1,5 pour 100 de verre blanc donne une belle coloration jaune. Voici une composition qui, d'après M. Peligot, donne une belle teinte jaune :

Sable 150

Carbonate de potasse 75

Chaux éteinte 38

Soufre en fleur 2,100

Le verre à la soude se colore également, mais la coloration est moins belle qu'avec la potasse.

Voici deux compositions qui donnent de belles teintes avec le charbon (il est préférable d'employer le charbon de bouleau ou de peuplier) :

Dans ce chapitre sur les verres de couleur nous avons employé l'expression de verres colorés dans la masse et celle de verres doublés.

Le verre de couleur destiné à doubler le verre blanc doit être d'une teinte très foncée, afin que la couche de couleur soit le plus mince possible pour être plus facilement gravée et pour ne pas occasionner la rupture du manchon par le fait de la superposition de deux ou plusieurs verres de natures différentes.

Pour fabriquer le verre doublé, le verrier fait chauffer sa canne, cueille dans le pot de verre coloré en prenant le moins possible de ce verre afin d'éviter une perte de matière sur le bout de canne. 200 grammes de verre coloré suffisent pour obtenir une feuille de verre de 50 centimètres superficiels à 2 millimètres d'épaisseur. Le cueillage étant arrondi, le verrier souffle légèrement dans la canne afin de faire pénétrer dans le verre, en détachant ainsi la canne, une bulle d'air de 2 centimètres environ de diamètre, puis il laisse refroidir ce cueillage avant de le recouvrir de verre blanc, puis le manchon est soufflé et étendu dans les conditions ordinaires ; de l'habileté de l'ouvrier dépendent l'économie apportée dans son cueillage et l'uniformité de la teinte.

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