Partie dissoute
La partie dissoute est donc un monosilicate.
Si l’on examine la composition centésimale de la partie dissoute, on reconnaît en outre que, dans le traitement par l’acide chlorhydrique, la quantité de chaux dissoute a été très considérable, tandis qu’il en est autrement pour les autres oxydes métalliques ; on peut donc dire que l’acide chlorhydrique n’a guère dissous que du monosilicate de chaux (CaO. SiO3), lequel constitue la substance cristalline enclavée dans la masse amorphe du verre dévitrifié.
On s’expliquera facilement qu’outre la chaux d’autres oxydes métalliques passent également dans la solution, puisqu’on sait que tous les verres sont légèrement attaqués par les acides lorsqu’ils sont pulvérisés très finement : si, d’ailleurs, le rapport des bases à la silice (1 : 1,053) est un peu plus petit que l’unité, cela peut provenir de ce que, en faisant bouillir l’acide silicique séparé avec la solution de carbonate de soude, une petite quantité de silice provenant de la partie du verre restée insoluble peut être passée dans la solution.
Si l’on soustrait de la partie dissoute la quantité de monosilicate de chaux qu’elle renferme, et si l’on ajoute les petites quantités de bases et de silice qui restent aux quantités correspondantes du résidu insoluble, on trouvera que la composition du verre dévitrifié est la suivante :
Monosilicate de chaux (CaO. SiO3) . 18,32
Masse vitreuse amorphe . 81,68
Cette dernière contient :
Acide silicique . 66,51
Alumine . 9,27
Protoxyde de fer . 2,10
Protoxyde de manganèse . 2,54
Chaux . 5,53
Magnésie . 1,06
Soude . 11,68
Potasse . 1,31
L'examen chimique de l’auteur donne donc des résultats qui concordent avec ceux obtenus par Schott au microscope, ce qui confirme aussi cette opinion, admise par les fabricants de verre, que ce sont surtout les verres contenant beaucoup de chaux qui se dévitrifient le plus aisément.
On comprend facilement que le verre dévitrifié présente la même composition que la masse qui l’entoure, si l’on réfléchit que la cristallisation du silicate de chaux a lieu dans une masse pâteuse peu fluide, de sorte qu’un mélange entre l’eau mère (si l'on peut employer ce mot ici) et la masse de verre fondue non encore dévitrifiée qui l’entoure ne peut avoir lieu ou bien ne se produit que dans une très faible mesure. Cette eau mère adhère donc après la solidification à chacun de cps cristaux microscopiques et l’analyse du verre dévitrifié doit donner la même composition élémentaire qu’avant la dévitrification.
Il semble donc résulter de ces recherches que la dévitrification ne constitue pas seulement, comme l’admet Pelouze, un simple changement moléculaire analogue à la transformation de l’acide arsénieux amorphe en sa modification cristalline, mais qu’elle repose sur une désunion du mélange de la masse du verre, laquelle donne lieu, spécialement dans les verres à la chaux et à la soude, à une cristallisation de monosilicate de chaux. Ceci jette aussi un certain jour sur la nature du verre; car, si le silicate de chaux cristallise par refroidissement lent de la masse de verre fondue, il a dû exister dissous en cet état dans la masse, ce qui donne beaucoup de vraisemblance à celte hypothèse, d’après laquelle les verres seraient non pas des combinaisons chimiques, mais des solutions de silicates cristallisés dans des silicates amorphes ou des alliages.
Le phénomène de la dévitrification n’est d’ailleurs pas isolé et il trouve, par exemple, son analogue dans le pattinsonage que l’on peut appeler la désunion d’un alliage de plomb et d’argent, puisque, si l’on maintient cet alliage à une certaine température, il s’en sépare des cristaux de plomb solides, tandis qu’il reste comme eau mère un alliage de plomb et d’argent fondu.
HENRIVAUX. - LE VERRE.
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