CHAPITRE VI
Irisation du verre. — Avant de terminer ce qui a trait aux propriétés physiques et chimiques du verre, nous devons citer le phénomène qui se produit sur les verres anciens enfouis, et qui figurent dans beaucoup de collections particulières et de musées, l’irisation en un mot. Ce phénomème se produit naturellement sur des verres exposés à l’air humide, ou même placés à l’abri de l’air dans un milieu humide. Le verre est plus ou moins irisable suivant sa composition, suivant sa dureté. Les anciens verres diffèrent des verres actuels en ce qu’ils contenaient beaucoup moins de chaux que ces derniers.
En examinant des verres anciens, décomposés partiellement, on remarque à la surface une substance spéciale qui se sépare en écailles dont la composition est différente de celle du verre. Les alcalis font presque défaut, dans ces écailles qui consistent en silicate terreux ; la teneur en silice s’élève jusqu’à 78 pour 100, tandis que le verre normal n’en contient que 68. (On a alors un verre dont la surface moins alcaline sert de couverte au verre intérieur.) Cette couverte se détachant, l’eau pénètre par les fissures et l’altération du verre se produit avec plus de rapidité. Ce phénomène semble indiquer l’utilité du trempage des feuilles de verre à vitres dans l’acide chlorhydrique pour tremper en quelque sorte la surface des feuilles et les rendre ainsi moins altérables.
« MM. Frémy et Clémandot ont voulu reproduire, d’une manière régulière, cette irisation du verre qui lui donne l'aspect de la perle ou de la nacre , et surtout la rendre adhérente au verre (1).
» Après des essais nombreux, ces savants sont arrivés à résoudre le problème de la manière la plus complète. Ce procédé consiste à soumettre le verre, sous l’influence de la chaleur et de la pression, à l’action de l’eau contenant 15 pour 100 environ d’acide chlorhydrique.
» Plusieurs espèces de verre conviennent à cette opération; mais d’autres ne s’y prêtent pas; les conditions du recuit et de la trempe exercent de l’influence sur le phénomène. »
L’irisation donne ainsi des indications utiles sur la résistance du verre à l’action des agents qui peuvent se décomposer. Ce mode d’appréciation de sa donne qualité du verre peut guider utilement dans la fabrication des verres d’optique et celle des lentilles destinées aux instruments d’astronomie.
Les magnifiques irisations que l’on remarquait à l’Exposition de 1878 chez M. Lobmayr, de Vienne, sont obtenues en soumettant les pièces de verre à iriser à l’action d’oxydes métalliques vaporisés, tels que les chlorures d’étain, les nitrates de baryte ou de strontiane, lorsque ces pièces sont dans les fours à recuire et sont encore à la température rouge sombre. Certains fabricants ajoutent des sels de bismuth dans la composition même du verre.
(1) Frémy et Clémandot, Comptes rendus de l' Académie des sciences, t. XXXIV, janvier 1877.
HENRIVAUX. — LE VERRE.
On peut donner au verre des irisations de toutes nuances, et ce fait est connu depuis bien longtemps, ainsi qu’on peut le voir par le passage suivant tiré d’un ouvrage sur la verrerie en 1752.
« Manière de donner au cristal de roche sans le fondre une couleur de vipère. — On prend des morceaux de cristal de roche de différentes grandeurs, on choisit ceux qui sont bien purs et sans aucun défaut, on y joint d’antimoine et d’orpiment bien pulvérisés, de chacun deux onces, et de sel ammoniac une once; l’on met ces matières pulvérisées au fond d’un creuset et l’on arrange pardessus les morceaux de cristal dont on vient de parler. L’on couvre le creuset d’un autre creuset renversé, de façon que l’ouverture de l’un soit appliquée à l’ouverture de l’autre ; on les lute bien ; après que le lut est séché, on met le tout au milieu de charbons qu’on laisse allumer petit à petit et d’eux-mêmes ; le creuset, en commençant à sentir l’action du feu, fumera considérablement; il faut pour cette opération une cheminée fort large; lorsque la fumée s’élèvera, le parti le plus sûr sera de sortir du laboratoire, car cette vapeur est mortelle. Lorsqu’il ne viendra plus de fumée, on laissera le feu s’éteindre de lui-même, et le creuset se refroidir : on en ôtera pour lors les morceaux de cristal. Ceux qui seront à la surface du creuset seront de couleur d’or, de rubis balais et marqués de différentes couleurs; ceux qui seront au fond seront pour la plupart de couleur de vipère ou truités : on pourra polir à la roue et brillanter ces cristaux comme on fait d’autres pierres précieuses. Les autres morceaux de cristal, montés en or et garnis d’une feuille, seront fort beaux et feront un bel effet à la vue. Cette opération n’étant ni longue ni coûteuse, on pourra en colorer une bonne quantité : il se trouvera toujours sur le grand nombre quelques morceaux d’une singulière beauté. »