MM
Fig. .202.
ivoir été triés, et pour peu qu’il y ait le moindre doute sur la présence de bailles de fer, on devra laver à l’acide sulfurique étendu, le cristal suspect.
Comme nous 1 avons dit ci-dessus, on opère la fusion du cristal dans des »ots couverts et dans des fours chauffés à la houille. En 1865, M Didierjean, lirecteur de la cristallerie de Saint-Louis, est arrivé à une solution complète du jroblème délicat de la fabrication du cristal avec la houille et à pots découverts. ,a fonte et le travail s’opèrent exactement comme dans les anciens fours au bois, t cela sans avoir à craindre aucune altération dans la beauté du cristal.
La houille est d abord transformée en gaz, et le fourchaulfé par le système
3 du four découverts
Coupe ver tic à cristal à pop
Plan et Coupe ideé fours à. cristal de Sî Louis, i :
Conduit allant i te clieimnée
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I1ENRIVAUX. — LE VERRE.
Siemens. On a pu obtenir ainsi : 1° une production de gaz régulière; 2° empêcher dans le four le contact des gaz réducteurs avec les matières placées dans les creusets. Pour ce dernier point, il a suffi à M. Didierjean de faire une application bien raisonnée du système, c’est-à-dire de faire arriver les gaz dans le four par le régénérateur intérieur, comme l’indiquent les figures 202, 203, et Pair
Fig. 204 bis.
Fig. 20i ter.
par le régénérateur extérieur. La cloison qui sépare le’régénérateur du gaz de celui de l’air, ne va pas jusqu’au niveau du siège (environ 0m, 80 en dessous) ; de sorte que la combustion commence déjà dans l’ouverture O et se termine dans le four. L’appel des gaz brûlés par la cheminée se faisant par l’ouverture O, et l’air se trouvant à l’extérieur, les creusets sont enveloppés d’une atmosphère oxydante. En même temps, il est prudent de donner à la voûte une assez grande hauteur au-dessus des creusets, afin de former au-dessus des matières une sorte de coussin d’acide carbonique pour le cas oû il arrive dans le four une trop grande affluence de gaz réducteurs.
On a reproché à cette manière de fondre le cristal de donner des produits un peu moins blancs que ceux obtenus dans les pots couverts ; il nous a été donné, il y a quelques années, de comparer les cristaux de Saint-Louis à ceux de Baccarat et nous avouons n’avoir point constaté de différence de teinte, mais nous avons constaté la forte densité du cristal de Saint-Louis (3,37), densité due à sa richesse en plomb, qui doit augmenter son pouvoir de réfraction.
F.NCYCLOP. CHIM. 23
Les cristalleries de Saint-Louis produisent également des objets de formes gracieuses, cristaux gravés à la roue, à l’acide (fig. 204 bis), cristaux avec ornements à reliefs (fig. 204 ter).
On fabrique également le cristal en Amérique, et les produits de cette branche de l’industrie américaine sont comparables, pour la blancheur et l’éclat, aux cristaux anglais. Cela s’explique facilement quand on songe que le minium et même la potasse raffinée employés en Amérique sont de provenance anglaise. Le sable employé est extrait en Amérique, il est très pur. Les formes et la taille sont les mêmes qu’en Angleterre.
On fabrique généralement trois sortes de cristal. Dans la seconde et la troisième qualité, le minium est en moins forte proportion, et la soude remplace la potasse. Quelques fabricants ajoutent du borax à la première qualité de cristal.
Voici des compositions employées pour les trois qualités de cristal, ces quantités correspondent à la charge d’un creuset :
lro qualité.
2e qualité.
3e qualité.
Sable .
Minium .
Carbonate de potasse .
Carbonate de soude .
Nitrate de soude .
Borax .
Peroxyde de manganèse. . . .
Le cristal anglais contient généralement moins de plomb, et un peu plus de potasse que le cristal français.
Travail du cristal. — Le cristal chaud, de même que le verre, mis en contact avec des corps également chauds, s’y attache d’autant plus fortement que la température est plus ou moins élevée de part et d’autre; par là on parvient à le cueillir dans les creusets avec la canne ou avec les pontils. Grâce à cette propriété on forme des vases de plusieurs pièces rapportées, et on tient ainsi les pièces de verre pour les façonner, les tourner, au bout du pontil.
Le travail de la gobeletterie de cristal ne diffère guère de celui du verre soufflé, de la gobeletterie de verre, de la fabricat ion du verre de Bohême. Dans la gobeletterie de cristal, presque toutes les pièces creuses sont empontces ; leurs bords sont, par suite, ramollis au feu. Le travail est d’ailleurs rendu plus facile, tant par suite de la plus grande fusibilité du cristal qu’à cause de sa résistance à la dévitrification, ce qui permet de réchauffer les pièces un plus grand nombre de fois.
Pour fabriquer un verre à pied de grandeur ordinaire, un verre de table, le cueilleur puise dans le creuset, à l’aide de la canne, la quantité de verre néces-
(I) Livre anglaise = 453 9r, 59 (ces chiffres sont des conversions de quantités exprimées en livres) ; once = 28 flr, 35.
HENRIVAUX. — LE VERRE.
saire pour faire la paraison de la coupe (1, fig. 205) et la passe au carreur qui donne à cette paraison la forme voulue (2) ; celui-ci le remet à l’un des souffleurs chargé d y appliquer la jambe (3). La jambe grossie, la pièce passe entre les mains d’un autre souffleur dont l’office est d’y adapter le pied, en faisant tourner sa canne déposée sur le bave etpressant le verre à l’aide d’une pince à ressort (4). Pendant ce temps le second souffleur a fait, à l’aide d’une autre canne, une boule creuse à parois relativement épaisses ; il la fixe au pied comme l’indique le n° 5 et la sépare de sa canne à l’aide de ciseaux. On réchauffe cette portion de verre destinée à faire le pied, et l’ouvreur introduit une pince à étaler à l’intérieur de la portion creuse et lui donne la forme plane (n° 6), à l’aide de la palette. En tournant rapidement la canne, on coupe les bords du pied aux ciseaux, on les dresse à la pince et on les fond devant l’ouvreau du four (n° 7).
Fig. 204 qunter.
On fixe alors, avec un peu de verre fondu, un pontil au milieu du pied (n° 8), et on coupe le verre attaché à la canne (n° 9) ; l’aide chauffe à l’ouvreau la portion antérieure du verre de façon à le ramollir ; l’ouvreur écarte alors les 'parois à l’aide d’une pince à élargir et de la palette, puis il enlève le bord à l’aide de ciseaux (n° 10), et fait fondre les bords .par le gamin et l’évase (n° 11) ; après cela il y met la dernière main et la pièce est portée à recuire (n° 12). Pour les verres de Bohême les bords sont, en général, usés à la meule au lieu d’être arrondis au feu.
Pour fabriquer un pot à eau, la quantité de verre nécessaire étant cueillie et marbrée, on souffle pour faire la paraison, on introduit la partie dans le moule
et on souffle de manière qu’elle en occupe foule la capacité (fig. 406). Le
Fie. “205.
Il EN RIVAUX.
maître ouvrier, assis sur son banc, reçoit la canne, et, la faisant tourner, pare le bout du cylindre avec ses fers, en étrangle le col, ajoute le cordon de verre (jui forme les nervures de la pièce.
Pendant ce travail, on a cueilli et marbré au bout d’un pontil un morceau de cristal, qu’on aplatit et qu’on soude au cylindre de manière à former le pied du vase (B, C). La pièce étant ainsi empontie, on la refroidit avec les fers dans sa partie supérieure; au moyen d’un coup sec, on la détache de la canne qui a servi à la soufller ; fixée à son nouveau pontil, elle est réchauffée; son col est
d’abord évasé, puis découpé avec des ciseaux (D). Les bords sont arrondis par une nouvelle chaude. Cependant, on a préparé un cylindre plein qu’on a légèrement aplati et courbé avec les pinces. Ce cylindre est posé et ajusté par le maître ouvrier, de manière à former l’anse du pot à eau (E), dont la façon se trouve ainsi terminée.
La pièce est enfin dépontillée et portée sur une fourche à l’arche à recuire.
Fig. £07.
Cette arche (fig. 207) consiste ordinairement en une longue galerie qui reçoit une partie de la chaleur perdue du four de fusion, et qui en est comme un appendice.
L’ouverture par laquelle on introduit les pièces aussitôt qu’elles sont terminées est contiguë à la hotte du four de fusion. Ces pièces sont placées dans des caisses plates en tôle, qui cheminent lentement, une fois pleines, vers l’autre extrémité de l’arche, où elles arrivent froides et recuites.
Quand ces pièces à fabriquer doivent avoir des moulures, des cannelures ou autres ornements à la surface, on se sert de moules en fonte, en fer, en cuivre, en bois portant toutes ces empreintes; voici un des moules que l’on peut
employer pour le moulage d’une carafe (fig. 208). Ces moules sont généralement en fonte, mais d’une fonte spéciale à grains serrés.
Pour que le cristal reçoive une empreinte bien nette, il faut souffler fortement et le piston Robinet est venu remplacer le souffle insuffisant de l’ouvrier. MM. Appert frères, les habiles fabricants de Clichy, se servent depuis 1878 de Pair comprimé : 1° pour le soufflage des pièces moulées de grand volume et de forte épaisseur ; 2° pour le soufflage de manchons de verre à vitres, et pour obtenir du verre en feuilles granulé sur une face (brevet de mai 1879) ; 3° pour
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JUJilK
Fig. m.
le soufflage de sphères minces, de grandes dimensions (lm,30 de diamètre et 1/2 à 1 millimètre d’épaisseur.
MM. Appert estiment qu’un ouvrier de gobeleterie insuffle, par journée de dix heures de travail, au moins 7000 litres d’air, c’est donc une application qui peut être considérée comme un bienfait pour les souffleurs verriers, et pour laquelle MM. Appert ont droit à la récompense créée par M. de Montyon.
Rebrûlage des verres. — Au lieu de rogner les verres au ciseau en les rebrûlant à l’ouvroir, on les coupe à la roue ou au diamant et on les rebrùle ensuite au chalumeau (chalumeau Schloesing). On rend pour ainsi dire mécanique une opération assez difficile faite jusqu’ici par l’ouvrier verrier. Baccarat, Pantin, Sèvres, ont adopté ce procédé de fabrication, qui, bien fait, donne des résultats économiques satisfaisants; nous avons constaté les résultats de ce mode d’opérer à l’Exposition de 1878.
Taille et polissage. — Ne fût-ce que pour effacer la marque du pontil, on peut dire que toutes les pièces sorties des mains des verriers passent à l’atelier de taille.
HENRIVAUX. — LE VERRE.
La taille est donc un perfectionnement, un complément du travail du verrier; un autre usage de la taille est de déterminer sur les pièces de cristal des facettes qui réfléchissent la lumière, des prismes qui la réfractent et qui donnent aux objets une richesse résultant des jeux de la lumière, nous pourrions presque
Fig. 209.
dire des feux. Cette taille, dont le goût semble revenir, a sa raison d’être ; elle est une sorte de brevet de valeur pour la matière employée ; le verre commun, en effet, la supporte mal et en paraît plus laid: le cristal, au contraire, par sa blancheur et sa densité devient encore plus brillant par la taille. Cette opération se décompose en diverses actions et s’exécute au moyen de meules pivotant avec rapidité et sur lesquelles on ajoute des poudres plus ou moins dures et plus ou moins fines. La première meule qui mord la pièce est une roue en fer sur
laquelle un entonnoir laisse tomber une bouillie de grès blanc. L’ouvrier tailleur, assis sur un tabouret devant la roue, tient dans ses mains la pièce à ébaucher qu’il présente à la roue, soit pour enlever les restes du bouton, soit pour déterminer les facettes.
Quand les facettes ont été déterminées par la roue de fer, on présente le vase à une meule de grès rouge, sur laquelle tombe un courant d’eau, et qui égalise le travail ; la surface plane ainsi formée, quoique moins striée, est encore mate et terne. Pour lui rendre le poli, on la soumet à la friction d’une roue de bois couverte de pierre ponce, qui ramène la transparence et donne à la surface un poli passable. Pour terminer le travail, on se sert d’une roue de liège couverte de potée d’étain, et en dernier lieu de brosses circulaires en soies de porc qui pénètrent dans toutes les concavités des parties taillées et ne laissent aucune partie défectueuse. Ces façons se modifient suivant l’objet du travail; les meules sont de grandeur différente, et dans la taillerie comme dans le reste de l’établissement tout est disposé avec la plus intelligente mélhode. Les bouchons qui doivent fermer les carafes, et par conséquent avoir le même diamètre que le goulot, sont travaillés verre sur verre de la manière suivante : le bouchon est fixé sur un bloc de bois et pivote à l’ouverture de la carafe sous un filet d’eau contenant du sable fin, les deux surfaces s’usent mutuellement et le bouchon s’enfonce peu à peu dans le goulot du vase qu’il doit servir à former.
Quand les pièces sortent des mains des tailleurs, elles sont lavées, essuyées et séchées dans une étuve, examinées et portées soit au magasin d’emballage, soit aux ateliers de décoration. Pour la plupart d’entre elles, en effet, la maind’œuvre est loin d’être terminée ; elles doivent être les unes gravées, les autres peintes et dorées, quelques-unes même gravées, peintes et dorées. Il y a deux sortes de gravures : l’une, qui ressemble à la taille, est la gravure chère, artistique; l’autre, obtenue au moyen de l’acide fluorhydrique étendu d’eau, est d’un prix beaucoup moins élevé, et depuis ces derniers temps on y est arrivé à un tel degré de perfection, qu’elle peut rivaliser avec la première. La gravure proprement dite est une sorte de ciselure à la mollette qui se fait en approchant la surface à graver au contact de petites roues, soit de laiton, soit d’acier, sur lesquelles tombe de l’émeri. L’habileté du graveur est extrême; sans décalque pour le guider, et avec une précision absolue, il enlève la surface là où il le veut et à la profondeur qui lui convient, décrivant ainsi des fleurs, des ornements, des lettres avec leurs pleins et leurs déliés, et cela avec une rapidité et une facilité apparentes, qui étonnent d’autant plus que le dessin naît sous les yeux. Certains graveurs sont tellement habiles, que dans un verre un peu épais ils découpent des bas-reliefs en creux qui, vus en transparence, font l’effet de véritables sculptures. La gravure enlève le poli et permet de varier les effets; dans un chiffre, par exemple, on peut laisser une lettre mate et rendre le poli à l’autre au moyen d’une petite roue de plomb ou de bois chargée de potée d’étain; les dessins obtenus parce procédé sont à arêtes vives, à contours nets et arrêtés, et ont une grande valeur.
A 1 Exposition de 1878 (classe 53), nous avons remarqué plusieurs machines
présentées par M. Jaubert et qui paraissaient répondre aux principales conditions exigées par le travail de la taille.
Le travail de la gravure est fondé sur un principe analogue à celui de la taille, seulement ici le travail est plus délicat, la paroi du vase à graver est à peine entamée.
La gravure se fait, comme la taille, sur le tour, seulement les meules sont en cuivre d’un diamètre variant entre 3 millimètres et 8 à 10 centimètres. Dans le travail de la gravure, la roue ou meule est un crayon, ou pour mieux dire, un burin fixe avec lequel on dessine sur la surface du verre; mais au lieu de dessiner ou buriner sur une matière immobile, c’est au contraire le burin qui est fixe, et la matière à graver que l’on présente à ce burin en la contournant de manière à produire le dessin.
La gravure est le travail le plus important pour les verriers de Bohême, qui tracent sur leurs coupes, sur leurs vases à fleurs, sur leurs services de table, des dessins, des portraits, des paysages, des inscriptions, des légendes. Ce sont ces dessins qui font surtout le mérite des verres de Bohème, et les ouvriers de ce pays font sortir de leurs mains de véritables objets d’art. Mais la gravure ajouterait peu à l’éclat du cristal, et la taille est, pour cette substance, mille fois plus précieuse. Aussi la gravure n’a-t-elle jamais été, en France ni en Angleterre, un sujet de bien grande préoccupation pour nos verriers, si ce n’est pour l’usine de Baccarat, où elle joue un certain rôle dans la décoration des cristaux destinés aux lustres et aux appareils d’éclairage. La gravure des vitres a pris seule de nos jours une grande extension. Mais la gravure des vitres s’exécute par d’autres moyens.
Outre la gravure à la roue, nous devons signaler : la gravure à l’acide fluorhydrique, qui attaque le cristal et le grave en clair;
La gravure au moyen de la réaction des bifluorures sur le silicate double de potasse et de plomb, qui grave en mat;
La gravure àd’aide de l’injection d’un jet de sable. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet, ayant déjà entretenu le lecteur de l’action de l’acide (luorhydrique sur le verre (voy. p. 26 à 28).